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Visite de Jean-Luc Mélenchon : un philosophe à l’université de Ouaga

L'Observateur Paalga est un quotidien d'information du Burkina Faso.

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Le député français Jean-Luc Mélenchon a achevé son séjour de quatre jours au Burkina par une conférence publique à l’université Joseph Ki-Zerbo le 21 juillet 2021. Connu pour ses qualités oratoires hors pair, le président de La France Insoumise a, durant plus d’une heure, évoqué sa vision de la francophonie. Le philosophe de formation a aussi abordé des thématiques qui lui sont chères : l’humanisme, le néolibéralisme et le changement climatique.

Venu en pèlerinage sur la terre de Thomas Sankara dont il se réclame, l’Insoumis en chef ne risquait pas de se faire enfariner comme le 12 juin dernier, lorsqu’un youtubeur lui avait jeté à la figure de la poudre blanche lors d’une manifestation contre l’extrême droite française. En cet après-midi, dans la salle des actes du bâtiment PSUT, il avait face à lui un public à défaut d’être partisan, curieux de découvrir les idées du candidat à la prochaine présidentielle française. Le natif de Tanger au Maroc, philosophe de formation, devenu un grand tribun de la scène politique hexagonale devait disserter sur ce  sujet :  « Y a-t-il un avenir en commun dans la francophonie?»  

C’est avec la promesse de parler à cette jeunesse «aussi franchement qu’il le pourra» que l’illustre conférencier, dans un austère costume cravate rouge,  a donné le ton. «Je viens plaider pour la francophonie, mais je vais le faire dans des termes nouveaux», a indiqué celui qui veut incarner «l’autre France qui n’a jamais accepté impérialisme, le colonialisme» et qui abhorre le paternalisme dont fait souvent preuve Paris  envers ses anciennes colonies.

Maniant l’humour à la perfection tout au long de son intervention, Jean-Luc Mélenchon a reconnu volontiers que cette organisation qui regroupe aujourd’hui plus de 300 millions de locuteurs dans le monde  a été un instrument de l’impérialisme, livré aux mains des politiques et des «prébendiers». Il trouve aberrant que l’actuelle secrétaire générale de l’OIF soit la Rwandaise Louise Mushikiwabo, dont le pays a tourné le dos à la «langue commune» pour rejoindre l’anglais. Tout ça, a -t-il soutenu, au nom des intérêts géostratégiques et des calculs politiciens. L’insoumis milite donc pour que les peuples récupèrent la francophonie qui doit être le lieu où s’opère une créolisation (Ndlr: brassage)  des cultures. «L’avenir du français est en Afrique», a lancé celui qui était arrivé 4e à la présidentielle française de 2017 en ayant recueilli  plus de 7 millions de voix.

Durant ce moment passé avec les étudiants, Jean-Luc  Mélenchon s’est senti obligé à plusieurs reprises de rappeler qu’il ne cautionnait pas la politique de son pays en Afrique, particulièrement au Sahel et par conséquent, il ne saurait être tenu pour responsable au même titre que ceux qui sont aux affaires. Ce sentiment antifrançais qui monte au sein des opinions publiques est pour lui un «crève-cœur», même si, à l’entendre, une partie de la faute incombe à la France. Sans vouloir critiquer l’action des militaires français déployés dans la région, le député de gauche se dit ouvert à leur départ si les populations locales le souhaitent. «Il n’existe aucune solution militaire à un problème politique, ça n’existe nulle part», a martelé l’ancien journaliste, prenant l’exemple de l’Afghanistan qui,  après 20 ans de militarisation, est de nouveau au bord du chaos avec la résurgence des Talibans. Le véritable problème du Sahel, à l’en croire, c’est qu’il est sur la route de tous les trafics : drogues, cigarettes, êtres humains, etc. Pour combattre le mal, Jean-Luc  Mélenchon propose de l’attaquer par la racine en coupant les financements des organisations criminelles qui entretiennent le terrorisme et en tirent une certaine manne.

Interrogé sur deux dossiers judiciaires burkinabè où la France est d’une manière ou d’une autre impliquée, à savoir l’assassinat de Thomas Sankara et celui du journaliste Norbert Zongo dont le présumé commanditaire, François Compaoré, se trouve justement en Hexagone,  il a promis, s’il s’installait à Élysée, de «livrer les criminels». «On n’a aucun intérêt à les protéger», a-t-il poursuivi, affirmant par ailleurs que toutes les archives françaises seront déclassifiées et mises à la disposition des juges burkinabè.

Se disant partisan d’une monnaie commune mondiale, le bientôt septuagénaire trouve légitimes les critiques émises contre le franc  CFA, puisque lui-même reproche la même chose à l’euro. Avec le passage à l’ECO, il estime que la France ne devrait plus avoir un quelconque rôle dans la nouvelle monnaie.

Mélenchon l’humaniste

Le licencié en philosophie qui met l’humain au centre de son discours politique a appelé à un monde plus solidaire. S’adressant tantôt aux Burkinabè, aux Africains et tantôt à ses compatriotes,  il s’en est pris au néolibéralisme, accusé de tous les péchés d’Israël, notamment de mettre le profit devant le bien-être social et d’avoir détruit les systèmes sociaux aussi bien en Afrique qu’en Europe.  Les géants de la technologie regroupés sous l’appellation GAFA (Google, Apple, Facebook et Amazon) et les firmes pharmaceutiques mondiales qui se font du fric avec les vaccins contre la Covid-19 n’échappent pas non plus aux critiques de  l’homme de gauche. 

S’il y a une autre thématique à laquelle le champion de la France Insoumise tient, c’est bien l’écologie. Pour la première fois, il a lancé l’idée de la création d’une «Force de sécurité et d’intervention écologique» mondiale qui pourrait intervenir partout sur le globe en cas de catastrophes naturelles. Et lui-même de se demander si cette bouteille qu’il vient de jeter à la mer va trouver preneur.

Hugues Richard

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