découvrir

Les textes de référence

Qu’entend-on par « révolution citoyenne », « la paix », « l’écologie populaire »… ? Les textes de référence proposent une approche de chacun des dossiers. Ensemble, ils constituent la base de la théorie de l’Ere du Peuple. Nous espérons les rendre rapidement accessibles en anglais et en espagnol.

le texte de référence

Construire des coopérations internationalistes : le modèle du syndicalisme international

Pour qu’une société humaine puisse perdurer elle doit avoir pour projet la coopération entre ses membres. Pourtant la mondialisation de la production et des échanges s’est largement développée sur la mise en concurrence des travailleurs et les normes qui les protègent. Elle transforme les équilibres sociaux-économiques et les modes de régulations en affaiblissant considérablement les États.
Partager sur facebook
Partager sur twitter
Partager sur linkedin
Partager sur email
Partager sur telegram

La nouvelle division internationale du travail, visant à segmenter la production, permet aux grandes entreprises de disposer d’une large marge de manœuvre quant à la localisation de leurs activités en fonction des conditions les plus favorables que les pays ont à offrir.

Le bilan social de cette mondialisation libérale est accablant.

Selon l’Organisation internationale du travail, on estime à 40 millions le nombre d’esclaves dans le monde, 150 millions d’enfants au travail, 4 milliards de personnes sans protection sociale et 2,4 millions de travailleurs qui meurent chaque année des suites d’un accident du travail ou d’une maladie professionnelle.

Face à l’internationalisation des entreprises, le syndicalisme a dû s’adapter et redéfinir de nouveaux espaces d’action. Selon Hyman « la tâche des syndicats a toujours été d’établir les espaces de solidarité les plus larges possibles» car ces nouveaux espaces sont vecteurs d’innovation pour les champs d’action. Ainsi, après plus d’un siècle d’antagonismes et de conflits internes liés à des divergences et querelles d’ordre essentiellement politique, le mouvement syndical international s’est construit en réseau dans le but de pallier aux carences des Etats en devenant un acteur important de la régulation sociale internationale. La perception par les syndicats d’intérêts communs a favorisé leur collaboration et ont été favorables à l’émergence d’une solidarité active au-delà des frontières et des continents.

Les coopérations internationales du mouvement syndical prennent plusieurs formes : Conseils mondiaux, Comités d’entreprise européens, accords-cadres internationaux, campagnes communes jusqu’à la grève mondiale. En 2013, par exemple les syndicats ont mené une campagne mondiale contre les pratiques antisociales d’IKEA. Ils ont, sur tous les continents, bloqué la production et les clients à l’entrée des magasins, expliquant à travers des dépliants et des assemblées générales improvisées sur le parvis de l’enseigne, les conditions de travail déplorables des travailleurs. En France, au Portugal, en Italie, en Pologne, en Irlande, en Turquie, en Russie, au Canada et aux États-Unis, des travailleurs ont protesté pendant plusieurs semaines contre des licenciements abusifs, la dégradation des conditions de travail,  les bas salaires ne permettant pas de vivre dignement, les heures de travail insoutenables. En bref, tout ce qui se cachait dernière le succès éclatant de la marque de meubles la plus connue au monde. Face aux répercussions négatives aussi bien sur les cotations boursières que sur les ventes, IKEA a négocié de nouvelles conventions collectives sur les sites afin d’améliorer les conditions de travail des salariés. 

Autre exemple intéressant, l’entreprise Carrefour implantée en Amérique Latine depuis plus de 20 ans mais refusant catégoriquement la syndicalisation dans ses supermarchés en Colombie. Après la signature d’un accord-cadre international débute une campagne régionale d’envergure contre les pratiques antisyndicales de la société qui a conduit des syndicalistes argentins de Carrefour à aller aider les salariés de Carrefour en Colombie pour la campagne syndicale. Quelques mois plus tard, le premier syndicat colombien de Carrefour est installé et lors de la première négociation d’une convention collective, les syndicats brésiliens de Carrefour qui devaient entamer un mouvement de grève ont décidé d’attendre la fin de la négociation colombienne. Depuis les échanges sont réguliers entre les syndicats et la solidarité régionale a permis de déjouer à plusieurs reprises des mises en concurrence de sites.

Donc si le syndicalisme international suscite encore aujourd’hui le scepticisme de certains – qui annoncent sa mort prématuré – il est aussi la source d’optimisme pour d’autres qui soulignent les effets bénéfiques pour les travailleurs et la société de ses actions et ses réseaux. Ses revendications ont par ailleurs connu un processus d’élargissement de leur champ.

De nos jours, il n’est pas rare de voir le mouvement syndical se substituer à des États, aussi bien pour procurer des besoins alimentaires de premières nécessités au Malawi, pour reconstruire des écoles après un séisme au Népal, pour mener des campagnes contre le Sida en Afrique sub-saharienne.

Il suffit de se rendre sur les sites internet des syndicats mondiaux pour constater cette évolution des revendications. On retrouve notamment dans les principales priorités :

  • La fiscalité comme remède contre l’austérité et comme moyen de financer les services publics et de meilleures conditions de travail.
  • Les règles commerciales internationales subordonnées au processus démocratique et qui font primer l’intérêt général.
  • La lutte contre le changement climatique et la nécessité de s’engager dans le financement de programmes de transition justes et équitables
  • La lutte contre les privatisations notamment des services publics (santé, logement, eau potable, transport, éducation, accès à la justice)
  • La protection des lanceurs d’alerte qui se battent pour mettre en lumière des activités illégales comme l’évasion fiscale, la collusion d’intérêts et la corruption.
  • Promouvoir les droits des femmes et la non-discrimination
  • Contester l’influence des multinationales sur nos politiques et nos institutions.

Il ne nous reste plus qu’à franchir une nouvelle étape et à passer des principes qui sous-tendent le syndicalisme international à la création d’un espace commun de discussions et d’actions. D’un point de vue théorique, l’« insertion dans des réseaux » est un terme récurrent de la littérature comme garant de succès des mouvements collectifs. Des réseaux qui garantissent l’efficacité d’un système tant que chacun se reconnaît dans les objectifs et participe à parts égales à la définition de ces objectifs. Toutes les forces héritières de l’internationalisme d’hier doivent donc se coordonner et se rassembler au sein d’une agora mondiale engagée dans la bataille pour une transition écologique et sociale de la mondialisation libérale et productiviste.

De nouveaux horizons s’ouvrent à nous pour faire converger nos luttes aux quatre coins du monde.

Le syndicalisme international a su tracer un chemin et nous montrer que la construction de réseaux mondiaux et solidaires est nécessaire pour s’attaquer aux injustices historiques d’exploitation des peuples.

Construir cooperaciones internacionalistas: el modelo del sindicalismo internacional

Para que una sociedad humana pueda perdurar, esta debe tener como proyecto la cooperación entre sus miembros. Sin embargo, la mundialización de la producción y de los intercambios se ha desarrollado ampliamente hacia la puesta en competencia de los trabajadores y las normas que los protegen. Esta transforma los equilibrios socioeconómicos y los modos de regulación, debilitando considerablemente a los Estados.

La nueva división internacional del trabajo, que apunta a segmentar la producción, permite a las grandes empresas que dispongan de un amplio margen de maniobra en cuanto a la localización de sus actividades en función de las condiciones más favorables que los países tienen para ofrecer.

El balance social de esa mundialización liberal es abrumador.

Según la Organización Internacional del Trabajo, el número de escalvos se calcula en 40 millones; el número de los niños al trabajo, 150 millones; las perosonas sin protección social son 4 mil millones, y 2,4 millones de trabajadores mueren cada año como consecuencia de un accidente de trabajo o de una enfermedad profesional.

Frente a la internacionalización de las empresas, el sindicalismo ha tenido que adaptarse y redefinir nuevos espacios de acción. Según Hyman, «la tarea de los sindicatos siempre ha sido la de establecer espacios de solidaridad que puedan ser lo más amplios» porque esos nuevos espacios son los vectores de una innovación para los ámbitos de acción. Así, después de más de un siglo de antagonismos y conflictos internos vinculados a divergencias y querellas de índole esencialmente política, el movimiento sindical internacional se ha construido en una red con el objetivo de paliar la carencias de los Estados, convertiéndose en un actor importante de la regulación social internacional. La percepción de los intereses comunes por parte de los sindicatos ha favorecido la colaboración y ha sido propicia para la emergencia de una solidaridad activa más allá de las fronteras y de los continentes.

Las cooperaciones internacionales del movimiento sindical toman varias formas: Consejos mundiales, Comités de empresa europeos, acuerdos marco internacionales, campañas comunes hasta la huelga mundial. En 2013, por ejemplo, lo sindicatos han llevado a cabo una campaña mundial contra las prácticas antisociales de IKEA. En todos los continentes han bloqueado la producción y los clientes en las entradas de las tiendas, explicando, con folletos y asambleas generales improvisadas en la explanada delante del letrero, las condiciones lamentables de los trabajadores. En Francia, en Portugal, en Italia, en Poloña, en Irlanda, en Turquía, en Rusia, en Canadá y en Estados Unidos, los trabajadores han protestado durante varias semanas contra los despidos indebidos, la degradación de las condiciones laborales, los sueldos bajos que no permiten una vida digna, las horas laborales insostenibles. En resumen, todo lo que se escondía detrás del éxito luminoso de la marca de muebles más conocida en el mundo. Frente a las repercusiones negativas, tanto en las cotizaciones en Bolsa como en las ventas, IKEA ha negociado nuevos contratos colectivos en los sitios para mejorar las condiciones laborales de los empleados.

Otro ejemplo interesante: la empresa Carrefour, implantada en América Latina desde hace más de 20 años, pero que rechaza categóricamente la sindicalización en sus supermercados en Colombia. Después de la firma de un acuerdo marco internacional empieza una campaña regional de gran envergadura contra las prácticas antisindicales de la firma que ha llevado a sindicalistas argentinos de Carrefour a ayudar los empleados de Carrefour en Colombia para la campaña sindical. Algunos meses depués, el primer sindicato colombiano de Carrefour está instalado y en la primera negociación de un contrato colectivo, los sindicatos brasileños de Carrefour, que debían iniciar un movimiento de huelga, han decidido esperar el fin de la negociación colombiana. Desde aquel entonces, los intercambios son regulares entre los sindicatos y la solidaridad regional ha permitido evitar varias veces la recuperación de las puestas en competencia entre los sitios.

Por lo tanto, si por una parte el sindicalismo internacional todavía provoca hoy el escepticismo de algunos, que anuncian su muerte prematura, por otra parte, es una fuente de optimismo para otros que subrayan los efectos beneficiosos de sus actiones y sus redes para los trabajadores y la sociedad. Por otra parte, sus reivindicaciones han conocido un proceso de ampliación de su ámbito.

Hoy en día, no es raro ver que el movimiento sindical se sustituya a los Estados, tanto para satisfacer necesidades alimentarias en Malawi, como para reconstruir escuelas después de un seísmo en Nepal, o para llevar a cabo campañas contra el sida en África subsahariana.

Basta ir a los sitios web de los sindicatos mundiales para constatar esta evolución de las reivindicaciones. Se nota, entre las principales prioridades:

  • La fiscalía como remedio contra la austeridad y como medio para financiar los servicios públicos y mejores condiciones laborales.
  • Las reglas comerciales internacionales subordinadas al proceso democrático y que hacen primar el interés general.
  • La lucha contra el cambio climático y la necesidad de comprometerse en la financiación de programas de transición justos y equitativos.
  • La lucha contra las privatizaciones, en particular de los servicios públicos (sanidad, alojamiento, agua potable, transporte, educación, acceso a la justicia).
  • La protección de los denunciantes [whistleblowers] que luchan para sacar a la luz las actividades ilegales como la evasión fiscal, la colusión de interés y la corrupción.
  • Promover los derechos de las mujeres y la no discriminación.
  • Impugnar la influencia de las multinacionales sobre nuestras políticas y nuestras instituciones.

Ahora la única solución es alcanzar una nueva etapa y pasar de los principios que sostienen el sindicalismo internacional a la creación de un espacio común de discusiones y acciones. Desde una perspectiva teórica, la «inserción en las redes» es un término recurrente de la literatura como garante de un éxito de los movimientos colectivos. Redes que garantizan la eficacia de un sistema, solamente en la medida en que cada uno se reconoce en los objetivos y participa, en tramos iguales, en la definición de estos objetivos. Todas las fuerzas herederas del internacionalismo de ayer deben por lo tanto coordinarse y juntarse dentro del ágora mundial comprometido en la batalla para una transición ecológica y social de la mundialización liberal y productivista.

Nuevos horizontes se abren ante nosotros para hacer converger nuestras luchas en todo el mundo.

El sindicalismo internacional ha sabido trazar una vía y nos ha enseñado que la construcción de redes mundiales y solidarias es necesaria para enfrentarse a las injusticias históricas de la explotación de los pueblos.

Building internationalist cooperation: the model of international trade unionism

For any human society to endure, it must have as its project the cooperation between its members. Yet globalization of production and trade has largely developed on the back of competition between workers and between regulatory standards that protect them. It is transforming the balance of social and economic forces and existing modes of regulation by considerably weakening States.

The new international division of labour, aimed at segmenting production, gives large companies ample freedom to locate their activities according to the most favourable conditions that countries have to offer.

The social consequences of such liberal globalisation are devastating.

According to the International Labour Organization, there are an estimated 40 million slaves in the world, 150 million working children, 4 billion people without social protection and 2.4 million workers who die every year as a result of an occupational accident or disease.

Faced with the internationalisation of companies, trade unionism has had to adapt and redefine new areas of action. According to Hyman, « the task of trade unions has always been to establish the widest possible spaces of solidarity » because these new spaces are vectors of innovation for future action. Thus, after more than a century of antagonisms and internal conflicts arising from divergences and quarrels of an essentially political nature, the international trade union movement has built itself into a network with the aim of overcoming the shortcomings of States by becoming an important player in international social regulation. The perception by trade unions of common interests has driven their collaboration and has been conducive to the emergence of active solidarity across borders and continents.

The international cooperation of trade union movements takes several forms: World Councils, European Work Councils, international framework agreements, joint campaigns up to world strikes. In 2013, for example, trade unions led a global campaign against IKEA’s anti-social practices. They blocked production and customers at store entrances on every continent, using leaflets and improvised general assemblies in front of the stores to explain the deplorable working conditions of the workers. In France, Portugal, Italy, Poland, Ireland, Turkey, Russia, Canada and the United States, workers protested for several weeks against unfair dismissals, worsening working conditions, low wages that do not allow them to live with dignity, and unbearable working hours. In short, everything that was behind the resounding success of the world’s most famous furniture brand. Faced with the negative impact on both stock exchange listings and sales, IKEA negotiated new collective agreements at the sites to improve working conditions for employees.

Another interesting example is Carrefour, which has been operating in Latin America for more than 20 years but categorically refuses that workers unionize at its supermarkets in Colombia. After the signing of an international framework agreement, a major regional campaign against the company’s anti-union practices began, which led Argentinean trade unionists from Carrefour to go and help Carrefour employees in Colombia with the union campaign. A few months later, the first Colombian Carrefour union was put in place and during the first collective agreement negotiations, the Brazilian Carrefour unions, which had been planning to go on strike, decided to wait until the Colombian negotiations were over. Ever since then, there have been regular exchanges between the unions, and regional solidarity has made it possible to thwart several attempts to make sites compete with each other.

So while international trade unionism still arouses scepticism among some – who announce its premature death – it is also a cause for optimism to others, who stress the beneficial impact for workers and society of its actions and networks. Besides, its demands have undergone a process of broadening their scope.

Nowadays, it is not uncommon for the trade union movement to take action in the place of States, whether it is providing basic food needs in Malawi, rebuilding schools after an earthquake in Nepal, or campaigning against AIDS in sub-Saharan Africa.

You only have to visit the global unions websites to see the evolution of their demands. Among the main priorities are the following:

  • Taxation as a remedy against austerity and as a means of financing public services and better working conditions.
  • International trade rules which are subordinate to the democratic process and which put the public interest first.
  • The fight against climate change and the need to commit funds to fair and equitable transition programmes
  • The fight against privatization, particularly of public services (health, housing, drinking water, transport, education, access to justice).
  • The protection of whistle-blowers who fight to expose illegal activities such as tax evasion, collusion of interests and corruption
  • Promoting women’s rights and non-discrimination
  • Disputing the influence of multinationals on our policies and institutions.

All we need to do now is to take the next step and move from the principles that underpin international trade unionism to the creation of a common space for discussion and action. From a theoretical point of view, « networking » is a recurrent term in literature as a guarantee of success for collective movements. Networks that guarantee the effectiveness of a system, as long as everyone recognises themselves in its goals and participates equally in the definition of these goals. All the forces inherited from yesterday’s internationalism must therefore link up and come together in a global agora engaged in the battle for an ecological and social transition, away from liberal and productivist globalisation.

New horizons are opening up for our struggles to converge in every corner of the world. International trade unionism has been able to chart a path and show us that the construction of global solidarity networks is necessary to tackle historical injustices and the exploitation of people.