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En temps de coronavirus

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Nous sommes en train de constituer un groupe de volontaires qui se chargeront de traduire l’ensemble des contenus afin de les prĂ©senter dans au moins trois langues (français, anglais, espagnol).

Si vous souhaitez rejoindre le groupe, merci de nous adresser un mail à contact@linternationale.fr 

Sous le masque du Coronavirus

Les Ă©pidĂ©mies sont de vieilles compagnes de l’Histoire humaine. Elles ont toutes Ă©tĂ© le rĂ©sultat de la mondialisation, c’est-Ă -dire du fait que, si loin que l’on remonte dans le temps, les ĂȘtres humains se sont toujours dĂ©placĂ©s et ils ont donc transportĂ© avec eux d’un endroit vers l’autre les microbes auxquels ils avaient eux-mĂȘmes survĂ©cu. On connaĂźt le terrible impact des maladies transportĂ©es par les conquistadors sur le monde des Indiens d’AmĂ©rique. Il explique aussi comment les populations nomades de tous les continents ont pu ĂȘtre exterminĂ©es par les sĂ©dentaires survivants des maladies qu’ils avaient contractĂ©es.

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l'article

💉 Vaccins : cash pour les actionnaires, patience pour les citoyens, abandon pour les pays pauvres ?

Encore inenvisageables il y a quelques semaines, les annonces de dĂ©couverte de vaccins contre la Covid-19 se bousculent. Au moment oĂč certains pays affrontent la troisiĂšme vague de l'Ă©pidĂ©mie (la CorĂ©e du Sud ou le Japon), la compĂ©tition mondiale entre les laboratoires pharmaceutiques rapportent dĂ©jĂ  gros Ă  quelques actionnaires. Au dĂ©triment de la confiance et parfois aussi du sĂ©rieux scientifique. Chine, Russie, Allemagne, Cuba, États-Unis, France...tour d'horizon des annonces.
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Il suffit d’un communiquĂ© de presse, quelques lignes seulement, pour qu’une entreprise pharmaceutique dĂ©clenche des effets mondiaux non pas contre le virus, mais pour le portefeuille des actionnaires. Les taux d’efficacitĂ© (potentielle) d’un vaccin sont annoncĂ©s Ă  la virgule prĂšs : 94,5%, 90%, ou avec des marges Ă©tonnantes : entre 50 et 80%. Moderna, Sanofi, Astrazeneca, voilĂ  quelques noms des laboratoires qui n’hĂ©sitent plus Ă  attendre la fin de la recherche avant de communiquer. Provoquant ainsi des hausses spectaculaires du prix de leurs actions, affolant les gouvernements et organismes internationaux, laissant dubitatifs les citoyens.

L’enjeu n’est pas que financier : derriĂšre cette course, il y a aussi une question de souverainetĂ© nationale et de dĂ©monstration de force entre puissances politiques. La Russie et la Chine bien entendu ne comptent pas s’approvisionner auprĂšs des entreprises Ă©trangĂšres. Cuba, la petite Ăźle socialiste, qui a eu les moyens d’envoyer ses mĂ©decins Ă  la rescousse de l’Europe, y travaille aussi. L’Europe semble agitĂ©e et passe commande de doses de vaccins par millions avant mĂȘme de vĂ©rifier leur efficacitĂ©. La prĂ©sidente de la Commission europĂ©enne, Mme Ursula Von der Leyen, s’est exprimĂ©e en ces termes

« À la suite de l’annonce prometteuse faite lundi par BioNTech et Pfizer sur les perspectives de leur vaccin, j’ai le plaisir d’annoncer l’accord conclu aujourd’hui avec la sociĂ©tĂ© europĂ©enne BioNTech et Pfizer, en vue de l’acquisition de 300 millions de doses de vaccin. Avec ce quatriĂšme contrat, nous consolidons Ă  prĂ©sent un portefeuille de vaccins extrĂȘmement solide, dont la plupart sont en phase d’essais avancĂ©s. Une fois autorisĂ©s, ces vaccins seront rapidement dĂ©ployĂ©s et nous rapprocheront d’une solution durable Ă  la pandĂ©mie »

Extrait du site de la Commission EuropĂ©enne, « Coronavirus : la Commission approuve un contrat avec BioNTech-Pfizer pour garantir l’accĂšs Ă  un vaccin potentiel »

Tour d’horizon par pays

États-Unis 

C’est Pfizer-BioNTech (en collaboration avec l’Allemagne) qui a ouvert le bal des vaccins. Le 20 novembre 2020, ils ont soumis Ă  la Food and Drug Administration leur demande d’autorisation d’un vaccin possible, aprĂšs 10 mois de travaux. Ils annoncent des taux d’efficacitĂ© Ă  90%. L’autre vaccin amĂ©ricain Moderna est quant Ă  lui un peu plus en retard dans les diffĂ©rentes phases de test mais les premiers rĂ©sultats font Ă©tat d’un taux de rĂ©ussite de 94,5%.

Russie

Le vaccin russe Spoutnik V serait efficace à 95% selon le ministÚre russe de la Santé et le Fonds souverain russe. Une dose du vaccin serait commercialisée 8,5 euros. La vaccination pour les citoyens russes serait quant à elle gratuite.

SuĂšde - Angleterre

Le vaccin d’Astrazeneca prĂ©tendait ĂȘtre efficace Ă  70%. Il s’agit du vaccin dĂ©veloppĂ© en partenariat avec Oxford. Ce pourcentage masque en fait un Ă©cart important entre deux groupes qui ont participĂ© aux Ă©chantillons : pour un des groupes l’efficacitĂ© est de 90%, quand elle n’est que de 62 pour l’autre. Certains participants Ă  l’essai n’ont reçu qu’une dose partielle du vaccin d’AstraZeneca et des experts ont dĂ©clarĂ© que « les divulgations irrĂ©guliĂšres de la sociĂ©tĂ© avaient Ă©rodĂ© la confiance ».

Chine

La Chine enfin a dĂ©jĂ  vaccinĂ© prĂšs d’un million de personnes au 25 novembre 2020 avec le vaccin produit par Sinopharm. Ce vaccin repose sur un virus inactivĂ©, de maniĂšre Ă  protĂ©ger pendant trois ans les personnes vaccinĂ©es.

France

Sanofi, groupe français privĂ© transnational, travaille au dĂ©veloppement d’un vaccin Ă  destination de la France notamment. Les premiers rĂ©sultats des tests sont attendus au dĂ©but du mois de dĂ©cembre 2020. Ce vaccin serait disponible au mois de juin 2021 en France.

La fameux Institut Pasteur, fondation Ă  but non lucratif, et dont l’expĂ©rience pourrait ĂȘtre trĂšs prĂ©cieuse dans la lutte contre la pandĂ©mie et pour mener une campagne de vaccination basĂ©e sur la confiance, a mis ses Ă©quipes au travail comme elle le rappelle dans un communiquĂ© de presse publiĂ© le 8 octobre 2020 :

L’Institut Pasteur travaille depuis le dĂ©but de l’annĂ©e 2020 sur plusieurs projets de vaccin contre le virus SARS-CoV-2, responsable de l’épidĂ©mie de Covid-19, dont trois sont bien avancĂ©s. Deux d’entre eux utilisent des vecteurs viraux : le virus attĂ©nuĂ© utilisĂ© dans le vaccin contre la rougeole et un lentivirus. Le dernier est un vaccin Ă  ADN, basĂ© sur une technologie plus rĂ©cente. Ces trois candidats vaccins ont pour objectif d’induire une rĂ©action immunitaire spĂ©cifique contre le SARS-CoV-2 et notamment la production d’anticorps dirigĂ©s contre une protĂ©ine de surface propre au coronavirus SARS-CoV-2.

Institut pasteur communique de presse

Cuba aussi…

Cuba aussi cherche un vaccin : le 13 novembre 2020, Eulogio Pimentel, directeur du CIGB de La Havane déclarait que le pays travaillait sur un quatriÚme vaccin potentiel cubain.

« Ce candidat vaccin a Ă©tĂ© nommĂ© Mambisa, en hommage aux femmes qui ont combattu dans les guerres d’indĂ©pendance dans la seconde moitiĂ© du XIXe siĂšcle. L’institution travaille Ă©galement sur trois autres molĂ©cules, deux peptides et une protĂ©ine virale recombinante, avec des rĂ©sultats satisfaisants dans la phase prĂ©clinique. Ainsi donc, la communautĂ© scientifique cubaine travaille sur quatre candidats vaccins contre le Covid-19, et les deux premiers, Soberana 01 et 02, progressent positivement dans les essais cliniques chez l’homme, selon Vicente VĂ©rez, directeur de l’Institut Finlay, qui a dĂ©veloppĂ© ces deux candidats vaccins » peut-on lire sur des sites d’information cubains.

Le vaccin Sobrena est quant Ă  lui testĂ© depuis le 24 aoĂ»t 2020 sur 700 personnes jusqu’en fĂ©vrier 2021.

Quand on cherche les termes « vaccin », « covid » et « Cuba » sur Google, on ne trouve que trĂšs peu de rĂ©sultats dans la presse mainstream. L’article le plus dense Ă  ce propos a Ă©tĂ© publiĂ© Ă  la fin du mois d’aoĂ»t 2020, sur le site du Courrier International.

Cuba est victime du blocus amĂ©ricain qui l’empĂȘche d’ĂȘtre reliĂ©e aux grands rĂ©seaux scientifiques mondiaux. PrivĂ©e de financements, Cuba Ɠuvre avec ses petits moyens face aux États-Unis ou Ă  l’Union europĂ©enne qui ont dĂ©boursĂ© beaucoup d’argent pour accompagner les laboratoires dans leur recherche, de mĂȘme que la fondation Bill et Melinda Gates ou encore l’entreprise NestlĂ©. Moderna a par exemple reçu 500 millions de dollars de la part des États-Unis pour financer ses essais cliniques. En dĂ©boursant de l’argent, ce sont Ă©galement des doses que les États se rĂ©servent.

Qui va vacciner les pays pauvres ?

Alors que le vaccin contre le coronavirus devrait ĂȘtre un bien commun de l’humanitĂ©, toutes ces informations donnent plutĂŽt l’impression qu’il s’agit de jeux de gains et d’accaparement. Les États-Unis financent et sont particuliĂšrement intĂ©ressĂ©s, de mĂȘme que l’Union europĂ©enne. Cependant personne ou presque ne prĂȘte attention aux hypothĂšses cubaines et peu de personnes semblent se prĂ©occuper de la vaccination dans les pays pauvres. La dĂ©couverte d’un remĂšde est un enjeu majeur mais l’accĂšs aux doses sera une autre course, bien plus cruelle et injuste encore.

Pour l’heure, les pays riches prĂ©emptent les doses comme la 1Ăšre classe prĂ©emptait les canots de sauvetage sur le Titanic ! L’analogie est choquante, pourtant, une autre façon de faire, moins Ă©goĂŻste aurait mĂ©ritĂ©e d’ĂȘtre envisagĂ©e : pourquoi pas donner la prioritĂ© aux groupes de populations fragiles quel que soit le pays ?

l’Union europĂ©enne est bien positionnĂ©e puisqu’elle s’est dĂ©jĂ  arrogĂ©e deux milliards de doses.
Graphique de Launch and Scale qui montre la répartition des doses dans le monde

Mutualiser les brevets au nom de l’humanitĂ©

Une des solutions pour produire davantage de doses est celle de la mutualisation des brevets puisque aucun laboratoire ne peut aujourd’hui faire face Ă  une demande mondiale. Cette hypothĂšse, qui est celle d’un horizon de sortie de crise par le collectif est rejetĂ© par plusieurs acteurs notamment l’Union europĂ©enne ou l’OMC au nom de la propriĂ©tĂ© intellectuelle. Encore une fois, ce sont les pays riches qui se sont accaparĂ©s les doses qui refusent de rĂ©flĂ©chir Ă  comment vacciner les populations les plus fragiles.

Si la crise du coronavirus a dĂ©clenchĂ© une Ă©pidĂ©mie de pauvretĂ©, si elle a montrĂ© de maniĂšre particuliĂšrement vive les consĂ©quences d’un mauvais accĂšs Ă  un systĂšme de soin performant ou encore les inĂ©galitĂ©s Ă©conomiques et sociales, la question du vaccin donne une dimension particuliĂšre Ă  ces inĂ©galitĂ©s. En effet, il s’agit du moment oĂč les laboratoires et les fondations privĂ©es entrent dans la danse, oĂč chaque pays essaye de tirer le premier son Ă©pingle du jeu.

En plus des personnes qui entrevoient peut-ĂȘtre le retour Ă  une vie normale, ce sont les cours des bourses dans le monde qui se sont rĂ©jouies de la dĂ©couverte d’un vaccin efficace Ă  prĂšs de 90% : « A Wall Street, le Dow Jones a connu sa plus forte hausse depuis juin, en gagnant 2,95%, et l’indice S&P 500 a pris 1,17%. L’action Pfizer a grimpĂ© de 7,69%. Les marchĂ©s europĂ©ens se sont eux envolĂ©s, Paris prenant 7,57%, Francfort 4,94%, Londres 4,67%, Milan 5,43% et Madrid 8,57%. Paris, Londres et Milan ont affichĂ© leur meilleure performance en une sĂ©ance depuis mars, et Francfort depuis mai. Cette derniĂšre a mĂȘme briĂšvement effacĂ© l’ensemble de ses pertes annuelles, une premiĂšre depuis le dĂ©but de la crise sanitaire parmi les grandes places boursiĂšres europĂ©ennes » indique Boursorama.

Alors oui, pour la premiĂšre fois depuis de nombreux mois maintenant, c’est peut-ĂȘtre un horizon de sortie de crise qui se dessine mais ce sont toujours les marchĂ©s qui font la loi. Et le monde d’aprĂšs restera celui des profiteurs.

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