Arnaud Le Gall

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Il y a quelques jours l’Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO) a lancé un nouveau cri d’alarme : l'Afghanistan est au bord d’une famine mettant en danger de mort au moins la moitié de sa population cet hiver. La cause première est le régime de sanctions extra-légales impulsées par le États-Unis.
Le 9 novembre, à l’occasion des 51 ans de la mort du général de Gaulle, pas moins de neuf candidats à l’élection présidentielle se sont rendus sur sa tombe à Colombey-les-Deux-Eglises. Le premier ministre, représentant le président candidat non déclaré, a dit : « Tout le monde, quelque part, est un peu gaulliste. Après, il faut l’incarner dans son comportement quotidien ». Dont acte…
Dimanche, les membres civils du gouvernement soudanais, dont le premier ministre Abdallah Hamdok, ont été arrêtés par l’armée. Le général Abdel Fattah Abdelrahman Al-Bourhane, président du « conseil de souveraineté », a justifié l’usage de la force pour « rectifier le cours de la transition ». Il a déclaré l’état d’urgence, dissous les instances de transition, limogé les gouverneurs régionaux, et annoncé la formation prochaine par l’armée d’un « gouvernement de personnes compétentes », jusqu’à la tenue d’élections en juillet 2023.
Mardi matin, Emmanuel Macron a été interviewé par Léa Salamé sur des questions d’ordre international. C’était à l’occasion d’une journée spéciale de France Inter et Konbini consacrée aux femmes afghanes #AvecLesAfghanes. Mais le Président a aussi parlé d’autres sujets, lors d’un exercice pur d’interview passe-plat pendant laquelle il a tranquillement pu dérouler ses « éléments de langage », sans qu’aucune question un tant soit peu dérangeante ne lui soit posée. L’actualité des dernières semaines soulève pourtant quelques interrogations sur sa politique étrangère…
Les semaines écoulées ont vu une intensification des grandes manœuvres qui marquent la scène internationale depuis que le processus de transformation de la hiérarchie des puissances s’est accéléré au tournant des années 2010. Pendant ce temps, après avoir un peu boudé face à Joe Biden suite à « l’affaire des sous-marins » Emmanuel Macron a capitulé puis est resté invisible, à l’ONU notamment.
La politique unilatérale des USA qui ont mis leurs alliés devant le fait accompli en Afghanistan, puis l’humiliation infligée à la France dans l’affaire des sous-marins australiens ont été l’occasion d’une relance des mantras sur « l’Europe de la défense ». Nous sommes prévenus, l’Europe de La Défense, couplée à celle de l’ « autonomie stratégique » européenne soi-disant recherchée par Emmanuel Macron, sera au cœur de l’agenda de la présidence française de l’Union européenne qui débute en janvier 2022. Mais cette direction n’est en aucun cas une alternative à l’inféodation aux USA. Au contraire, elle révèle surtout le vide de vision stratégique des gouvernements depuis le réalignement occidental et atlantique de notre diplomatie impulsé à partir de la présidence de Nicolas Sarkozy, et jamais démenti depuis. Comme le rappelle cet article de 2019 qui reste profondément d’actualité, l’Europe de la défense est une chimère à laquelle il serait irresponsable d’aliéner tout ou partie de la souveraineté militaire française. A l’opposé de tout enfermement atlantiste dont « l’Europe de la défense » ne serait qu’une variante, la réponse à la transformation des équilibres géopolitiques doit être une action internationale non alignée. Nous republions cet article d'Arnaud Le Gall paru dans la revue papier "L'intérêt Général" en 2019, et plus que jamais d'actualité.
Les discours dominants sur la victoire des talibans restent le plus souvent cantonnés à une posture morale interdisant de comprendre comment on en est arrivé là. Sauf à accepter que les mêmes politiques internationales absurdes continuent à être mises en œuvre, ou qu’aucune leçon de cette déroute ne soit tirée concernant la politique de la France au Sahel, la tragédie que représente pour des milliers de personnes le retour des talibans doit être analysée rationnellement. Chercheur associé à l’IRIS, ex-attaché politique près la Commission européenne au Pakistan (2002-09), Georges Lefeuvre est spécialiste de l’arc de crise Afghanistan-Pakistan-Inde. Anthropologue et linguiste de formation, il totalise six ans de séjour dans les zones tribales à la frontière afghano-pakistanaise, ou se joue une large part du destin de la région.
Les discours dominants sur la victoire des Talibans auront interdit une analyse à grande échelle de ses tenants et aboutissants. Le schème est connu : il ne sera pas dit que les droits humains sont bafoués sans que nous nous indignions ! Les images bouleversantes de femmes, d’hommes, d’enfants tentant de fuir un nouveau régime dont ils savent trop de quoi il est capable font le reste.
Les étudiants, journalistes, membres des mouvements citoyens et politiques présents à la conférence de Jean-Luc Mélenchon à l’université de Ouagadougou nous ont dit avoir ressentis qu’il ne s’agissait pas d’un énième discours sans lendemain « d’un politicien français ». La conférence de Jean-Luc Mélenchon, autre voix de la France en Afrique, a été plus qu’un discours. Elle a aussi été une rencontre, dans la continuité de celles effectuées pendant les 3 jours ayant précédé l’épilogue de ce déplacement. En témoigne l’intense séance de questions auxquelles le président du groupe parlementaire de la France Insoumise a répondu sans langue de bois pendant une heure. L’inverse de la conférence de Macron dans le même lieu en 2017, qui avait vu les étudiants bloqués et gazés à l’extérieur de l’université par des rangées de CRS, et les questions soigneusement sélectionnées à l’avance.

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