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La révolution citoyenne

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l'article

Vivre pour la raconter

Nous publions ici les dernières notes de blog de Jean-Luc Mélenchon sur son voyage en Amérique latine, en français, et en espagnol en deuxième partie d’article. Publicamos aquí las últimas notas del blog de Jean-Luc Mélenchon sobre su viaje a América Latina, en francés, y en español en la segunda parte del artículo.

Ce post paraîtra deux jours après la publication du précédent. Mais comme au moment où je commence mes lignes, c’est dimanche, jour de pause en pays catholique où je me trouve, je m’autorise une digression entre deux séances de hamac dominical.

Je viens à mon clavier comme si j’y étais poussé entre les épaules. Voyez pourquoi. Vous êtes nombreux à partager avec moi une relation au monde où l’on sait voir la réalité comme un millefeuille d’univers entremêlés. Et parmi eux, ceux du présent vibrant et ceux du passé qui parlent à l’oreille. À Santa Marta, en Colombie, me voici dans un de ces lieux d’harmonie des ondes du temps. D’aucuns iraient pour cela à Jérusalem, d’autres à Delphes ou bien à Rome ou encore sur le Vieux-Port à Marseille. Et moi aussi. Mais ici, il est question d’autre chose.

Ici est mort Simón Bolívar dans les bras d’un médecin français. Ses mânes glissent dans l’ombre rare des façades à balcons hispaniques. Le premier des Libertador est intimement marqué par les idées de la Révolution française qu’il est venu voir de près chez nous et dont il a incarné à sa façon les principes en Amérique du Sud.

Ici est né García Márquez. Je suis allé chez lui à Aracataca dont je ne retiens pas le nom même après l’avoir mâché dix fois de suite. Ceux qui ont lu le dernier de ses livres « Vivre pour la raconter » connaissent ce lieu de loin. Et c’est de cette façon qu’on ressent le mieux l’auteur. La présence sur les lieux de son existence fouette le pouvoir de rêver, mais elle n’ajoute rien sinon ce qu’on apprend de lui. Peu importe. Compte ce qui reste et qui vous travaille.

Pour ma part, j’ai jugé que rien ne serait jamais plus vrai à propos de ma propre existence que ce que disait García Márquez pensant à la sienne : « la vie n’est pas ce que l’on a vécu mais ce dont on se souvient et comment on s’en souvient pour la raconter ». La mémoire n’est pas un appareil photo. Celui qui la consulte la modifie selon ce qu’il y cherche et aussi ce qu’il en propose aux autres ensuite en le racontant. L’auteur m’a fait entrer dans l’univers de la pensée magique latino avec « Cent ans de solitude » chef d’œuvre de la littérature mondiale du vingtième siècle. J’ai placé une citation des premières lignes de ce roman pour ouvrir mon livre « l’ère du peuple » à propos des choses si nouvelles que pour les nommer, on doit les montrer du doigt pour les désigner. C’est là un concentré de ce que je crois à propos du monde tel qu’il est à l’âge de l’homo Urbanus dans l’ère du peuple.

Ce n’est pas tout à propos de « l’État » de Magdalena, de la ville de Santa Marta et des environs sur une des entrées fluviales sur le continent au bord de la mer Caraïbe. Ici, au bord de cette mer surgit la plus haute montagne. Elle culmine à plus de cinq mille sept cents mètres d’altitude. L’Amazonie est à ses pieds et les Andes en bordure. Du coup, ici se niche la biodiversité la plus intense de la planète du fait de cette convergence de circonstances. Et c’est de première importance. Oui, la biodiversité de nos aïeux s’éteint partout pour la sixième fois. Comme déjà cinq fois auparavant dans l’histoire multimillénaire de la planète. Mais la marmite où cuit la soupe de la vie reste active. Elle est ici. À l’équateur moite des Caraïbes. La Sierra Nevada n’occupe que 0,011% de la surface terrestre de la planète. Mais un nombre incroyable d’animaux et de plantes ont été recensés ici, dont beaucoup sont totalement endémiques. Elle abrite presque tous les écosystèmes de la mer aux plages de corail, en passant par les mangroves, le désert, les forêts sèches et humides, les lagunes et les montagnes enneigées. D’une façon ou d’une autre, ici se trouve la matrice de la biodiversité du futur en même temps que le berceau du présent.

Pourquoi tout cela, la littérature, la politique et le battement des veines de la vie, ne toucherait pas en même temps haut et fort les antennes subtiles qui nous lient aux mondes innombrables que nous contenons ? Tout pour moi se fait écho l’un de l’autre. Ainsi (l’ai-je déjà dit ?), quand avant de quitter Bogota et la vice-présidente Francia (sic) Marquez que j’y rencontrai, j’ai découvert avec stupeur une statue de Giordano Bruno au milieu de la place. Découvreur au seizième siècle de la théorie de l’univers infini contenant une quantité innombrable de mondes… « Martyr de l’humanisme » dit l’inscription. En effet, l’église le fit brûler pour cela.

On nous brûle sur le bûcher des convenances bien fort en France pendant ce temps. La crème des fainéants médiatiques consacre de longues colonnes à commenter le bruit dans l’hémicycle et les tenues vestimentaires insoumises. Le contenu réel des débats, le bilan de la bataille comme de ses raisons d’être ne sont hélas traités que par si peu. Sans le suivi des boucles insoumises sur « Telegram », je ne saurai rien de ce qui se passe vraiment au fil des votes. Et plus généralement où sont passés les doctes qui nous ont tympanisés sur la nécessité d’être « raisonnables » et de composer « pour être positifs » avec le gouvernement ? Et les bons esprits qui ont fait du zèle pour angler leurs questions « avez-vous l’intention de pratiquer l’opposition systématique » à qui refusait comme eux d’acclamer par avance le gouvernement ? Font-ils un bilan de leurs conseils ? Muets. Muets après des dizaines d’amendements tous repoussés soit dès la commission soit en séance. Et quand pas un n’aura été adopté autrement que contre le gouvernement et sa soi-disant « majorité relative » ? Tel est « le compromis », « l’écoute », « l’enrichissement » comme l’aura pratiqué leur cher gouvernement selon la propagande qu’ils ont rabâché.

Cependant, reconnaissons que plusieurs observateurs et analystes dignes de ce nom ont cependant bien pointé le fond de ce qui se passe. Le désarroi de la macronie dans l’hémicycle, le niveau de mobilisation et de pointage des effectifs qu’il lui faut sans cesse organiser est trop visible. Aussi, la recherche d’une alliance stable entre macronistes et Républicains fait de montagnes russes dans l’hémicycle. Car nombre de « Républicains » renâclent au suicide qui leur est proposé. On peine alors à comprendre ces reculades humiliantes qu’on les voit accepter parfois au fil du débat. Par exemple, qu’est-ce qui s’est négocié en secret contre un deuxième vote favorable sur les retraites par exemple ? Par certains aspects bien odorants, la macronie a rétabli la Quatrième République des combines politiciennes là où nous voulions injecter de la Sixième.

Mais si longue que soit la rivière elle conduit nécessairement à la mer. La déroute macroniste de même.

Traducción al español

VIVIR PARA CONTARLA

Este post aparecerá dos días después de la publicación del anterior. Pero como en el momento en que empiezo mis líneas es domingo, día de descanso en el país católico donde estoy, me permito una digresión entre dos sesiones de hamacas dominicales.

Llego a mi teclado como si me empujaran entre los hombros. Vea por qué. Muchos de ustedes comparten conmigo un regreso al mundo donde sabemos ver la realidad como un milhojas de universos entrelazados. Y entre ellos, los del presente vibrante y los del pasado que hablan al oído. En Santa Marta en Colombia, aquí se está en uno de esos lugares de armonía de las olas del tiempo. Algunos irían por esto a Jerusalén, otros a Delfos o Roma o al puerto viejo de Marsella. Y yo también. Pero aquí estamos hablando de otra cosa.

Aquí, Simón Bolívar murió en los brazos de un médico francés. Su hálito se desliza en la rara sombra de fachadas con balcones hispanos. El primero entre los Libertadores está íntimamente marcado por las ideas de la Revolución Francesa que llegó a ver de cerca en nuestra patria y cuyos principios encarnó a su manera en América del Sur.

Aquí nació García Márquez. Fui a su casa en Aracatapa cuyo nombre no recuerdo ni siquiera después de haberlo rumiado diez veces seguidas. Quienes han leído el último de sus libros  » Vivir para contarla » conocen este lugar desde lejos. Y así es como mejor sentimos al autor. La presencia en el lugar de su existencia atiza el poder de soñar, pero no agrega nada más que lo que aprendemos de él. No importa. Lo que cuenta es lo que queda y nos trabaja.

Por mi parte, sentí que nada sería más cierto sobre mi propia existencia que lo que dijo García Márquez pensando en la suya: « La vida no es la que uno vivió, sino la que recuerda y cómo la recuerda para contarla ». La memoria no es una cámara. El que la consulta la modifica según lo que busca y también según lo que propone luego a los demás al contarla. El autor me hizo entrar en el mundo del pensamiento mágico latino con « Cien años de soledad », una obra maestra de la literatura mundial del siglo XX. Una de las primeras líneas de esta novela la puse en el prefacio de mi libro « La Era del Pueblo », a propósito de las cosas tan nuevas que en vez de nombrarlas hay que señalarlas con el dedo para designarlas. Eso es un concentrado de lo que creo sobre el mundo tal como es en la era del Homo Urbanus en la Era del Pueblo.

Y esto no es todo a propósito del « Estado » de Magdalena, de la ciudad de Santa Marta y de sus alrededores, en una de las embocaduras fluviales al continente por el Mar Caribe. Aquí, al borde de este mar, se eleva una de las montañas más altas del continente. Se eleva a más de cinco mil setecientos metros sobre el nivel del mar. El Amazonas está a sus pies y los Andes al borde. Como resultado, aquí anida la biodiversidad más intensa del planeta debido a esta convergencia de circunstancias. Y eso es de suma importancia. Sí, la biodiversidad que vieron nuestros antepasados se está extinguiendo en todas partes por sexta vez. Ya sucedió cinco veces antes en la historia multi-milenaria del planeta. Pero la olla donde se cocina la sopa de la vida permanece activa. Ella está aquí. En el sudoroso ecuador del Caribe. La Sierra Nevada ocupa solo el 0,011% de la superficie terrestre del planeta, pero aquí se han registrado un sinnúmero increíble de animales y plantas, muchos de los cuales son totalmente endémicos. Es el hogar de casi todos los ecosistemas, desde el mar hasta las playas de coral, los manglares, el desierto, los bosques secos y húmedos, las lagunas y las montañas nevadas. De una forma u otra, aquí está la matriz de biodiversidad del futuro al mismo tiempo que la cuna del presente.

¿Por qué todo esto, la literatura, la política y el latido de las venas de la vida, no deberían al mismo tiempo hacer vibrar alto y claro las antenas sutiles que nos unen a los innumerables mundos que tenemos? Todo para mí se hace eco el uno en el otro. Entonces, (¿lo he dicho ya antes?) cuando antes de salir de Bogotá y despedirme de la vicepresidenta Francia (sic) Márquez a quien conocí allí, descubrí con asombro una estatua de Giordano Bruno en medio de la plaza. Descubridor en el siglo XVI de la teoría del universo infinito que contiene una innumerable cantidad de mundos… « Mártir del humanismo » dice la inscripción. De hecho, la iglesia lo quemó por su audacia.

En Francia, en estos tiempos, también nos queman en las hogueras de las conveniencias. La flor y nata de los haraganes mediáticos dedican largas columnas a comentar el ruido en el hemiciclo y la vestimenta de insumisas e insumisos. Lamentablemente, el contenido real de los debates, el balance de la batalla y de sus razones de ser, son apenas tratados. Sin el seguimiento de las reacciones insumisas en « Telegram », no sabría nada de lo que realmente sucede en las votaciones. Y más en general, ¿adónde han pasado los sabihondos que nos sacudían los tímpanos con la cantinela sobre la necesidad de ser « razonables » y de tratar de « ser positivos » con el gobierno? ¿Y las buenas almas que se afanaban por bien dirigir sus preguntas, al estilo de « ¿tiene usted la intención de practicar una oposición sistemática? » a quienes se negaron a aclamar, como ellos, al gobierno de antemano? ¿Hacen un balance de los consejos que dan? Mudos. Permanecen mudos después de las decenas de enmiendas, rechazadas todas en el momento mismo que la Comisión entra en sesión. ¿Y cuándo ninguno ha sido adoptado de otra forma que no fuera contra el gobierno y su llamada « mayoría relativa »? Esto es « el pacto cocinado », la « escucha », el « enriquecimiento », como el querido gobierno lo ha practicado de acuerdo con la propaganda que han repetido.

Entretanto, reconozcamos que muchos observadores y analistas dignos de ese nombre han señalado la sustancia de lo que está sucediendo. El desorden de la Macronie en el hemiciclo, el nivel de movilización y de recuento de sus efectivos que deben organizar a cada rato es demasiado visible. Además, la búsqueda de una alianza estable entre macronistas y republicanos es una montaña rusa en el hemiciclo. Pues a muchos de los « Républicains » les molesta el suicidio que se les propone. Entonces, apenas logramos comprender esos reveses humillantes que vemos que a veces aceptan a lo largo del debate. Por ejemplo, ¿qué se negoció en secreto contra un segundo voto a favor de una rebaja del nivel de las pensiones? Mediante algunos aspectos bien odorantes la Macronie ha restablecido la cuarta república de los trucos políticos, ahí donde nosotros queremos inyectar la sexta.

Pero, sea cuán largo sea el río, éste conduce necesariamente al mar. La derrota macronista también.

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