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Vendredi 19 novembre, un évènement historique a eu lieu en Inde : le mouvement social initié par les paysannes et les paysans indiens en août 2020 a porté ses fruits. Le Premier ministre Narendra Modi, représentant du parti hindouiste Bharatyia Janata Party (BJP, Parti du peuple indien), a retiré les trois lois de « réforme » du secteur agricole que son gouvernement avait fait adopter à la baguette en septembre 2020, par un Parlement où il jouit d’une majorité absolue. Ces « réformes » avaient pour but de déréguler le secteur primaire en supprimant le système de prix garantis par l’Etat. Elles reposaient sur le diptyque privatisation et libéralisation. Dans un pays où plus de 50% de la population travaille dans l’agriculture (pour 18% du PIB), mais où la taille moyenne des exploitations est d’un hectare, les petits paysansscraignaient de perdre leurs moyens de subsistance et leur autonomie en étant absorbé.es par les grands groupes agro-alimentaires – dont le groupe Ambani, très proche du Premier ministre dont il finance activement les campagnes électorales.
A la tête du gouvernement fédéral de l’Inde depuis 2014, le premier ministre nationaliste Narendra Modi a pour la première fois été critiqué jusque dans son propre camp en raison de sa gestion calamiteuse de la pandémie. Il a essuyé ces dernières semaines des revers électoraux locaux. L’écornement de son image d’homme fort au sein de son électorat vient s’ajouter aux mouvements de contestation qui se sont multipliés au long de ses deux mandats. Cet affaiblissement relatif ne doit pas occulter l’hégémonie du discours nationaliste, basé sur l’hindouisme politique, grâce auquel Modi a conquis le pouvoir dans le second pays – et bientôt le premier - le plus peuplé au monde. Loin d’avoir dit son dernier mot avant les élections de 2024, Modi sait pouvoir compter sur une rhétorique identitaire conjuguée à la criminalisation des contestataires. Tout en fracturant l’Inde, elle lui a permis de conserver le pouvoir. Il sait aussi pouvoir compter, par-delà les postures appelant mollement au respect des droits humains, sur le soutien des États-Unis et de leurs alliés, gouvernement français en tête. L’Union Européenne et l’Inde ont relancé début mai leurs négociations commerciales, au moment même où l’accord d’investissement UE-Chine – dont rien n’indique par ailleurs qu’il soit souhaitable en l’état – est au point mort. Sur le plan géopolitique, l’Inde est vue comme un maillon essentiel d’une politique « indo-pacifique » dirigée contre la Chine. Une alliance qui dérange d’autant moins que la rhétorique haineuse dominante actuellement en Inde converge avec certaines dérives observables ici en matière de restriction des liberté publiques et d’imposition d’une grille de lecture ethno-confessionnelle occultant les inégalités sociales produites par le néolibéralisme. Le Monde en Commun a réalisé avec Dominique (le prénom a été changé pour ne pas compromettre l'accès aux sources sur place), spécialiste de l’Inde, un riche entretien en deux parties. La première traite des réalités socio-politiques actuelles de ce pays de 1,4 milliards d’habitants. La seconde aborde les enjeux géopolitiques au nom desquels « les occidentaux », prompts quand cela les arrange à s’afficher en défenseurs des droits humains, ferment les yeux sur les pans les plus graves de la politique de Modi.

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