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La révolution citoyenne

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l'article

Sur le chemin des révolutions citoyennes

Voici la dernière note de blog de Jean-Luc Mélenchon à propos de son voyage en Amérique latine. Nous vous en proposons également la traduction en espagnol, juste en dessous. Bonne lecture ! Aquí está la última entrada del blog de Jean-Luc Mélenchon sobre su viaje a América Latina. También le ofrecemos la traducción al español, justo debajo. ¡Disfrute de su lectura!

Premier épisode – 12 juillet

Je reprends le chemin aérien vers le continent latino-américain (comment y aller autrement qu’en avion ?). Après cette longue séquence électorale en France de vingt mois, je vais me réhydrater politiquement, me re-imprégner, labourer mon imagination politique. Apprendre.

Je serai pendant 15 jours au Mexique, au Honduras, et enfin en Colombie. Dans chacun de ces pays vient d’avoir lieu un évènement politique majeur pour notre famille politique. Autant de formes ou d’étapes de ce que nous appelons la « révolution citoyenne ». « Encore l’Amérique latine ! » s’écriront les moqueurs qui n’auraient sans doute rien à redire si j’allais aux USA. Oui, encore ! Car encore une fois, après une phase de ressac, les peuples latino-américains sont en train d’orchestrer de nouveaux épisodes de la révolution citoyenne. Ils choisissent, les uns après les autres, des gouvernements d’une gauche en recherche de rupture.

En effet, à présent déferle une deuxième vague générale de gauche sur l’Amérique latine. Elle est plus puissante que la première. Jamais il n’y a eu en même temps autant de gouvernements de la gauche populaire. Il ne s’agit pas d’idéaliser le résultat, et encore moins de vouloir en reproduire les formules. Le sujet n’est pas de juger par rapport à un projet qui devrait nous surplomber. Il s’agit de comprendre et d’apprendre de chaque cas pour notre propre combat. Sans jamais oublier ce que nous avons en commun dans les principes avec ces hommes, ces femmes et ces peuples face aux adversaires qui les affrontent. « L’Avenir en commun » est aussi un résultat de cette source d’inspiration depuis vingt ans .

Les sociétés latinos préfigurent les nôtres. Elles sont socialement en tâches de léopard entre très riches et très pauvres comme le devient notre pays. Là-bas aussi la classe moyenne s’arcboute pour ne pas sombrer. L’économie informelle ronge tout. Comme cela est commencé chez nous avec la « débrouille au black » qui se généralise. L’économie criminelle de la drogue, des armes et de la traite des êtres humains cancérise tous les compartiments de la société de haut en bas comme cela commence à se voir très nettement chez nous aussi pour qui sait observer. Là-bas on voit combien le crime organisé est en fait le poumon de toutes les activités délictueuses « petites » et grandes. Le sommet d’une pyramide qui ruisselle du haut toujours plus profondément et largement vers le bas. Le modèle des bandes tribales qui se sont constituées aux USA s’est exporté au Mexique et après cela un peu partout sur le sous-continent. Le phénomène s’observera bientôt en Europe puisque les causes s’en sont déjà répandues.

Je reviens donc au moment politique latino. Car c’est dans ce contexte qu’il prend son sens. L’impasse des solutions des droites extrêmes qui ne règlent rien mais aggravent tout par leurs politiques accélère le recours à la gauche. Ne perdez pas de vue cette donnée. Nous avons à la traiter nous aussi.

Naturellement, ce qui se réalise à gauche sur ce continent n’est pas exportable tel quel. Le niveau de la rupture qui s’opère n’est pas le même partout, loin s’en faut. Et que de différences ! La compréhension de la centralité des questions liées à l’impact écologique des « rattrapages économiques » dans le modèle productiviste est très inégalement partagée. C’est selon que les pays disposent ou non de ressources pétrolières, gazières ou minérales pour ne rien dire de l’agriculture.

Les personnages politiques aussi sont si différents. Le président Andrés Manuel López Obrador, (Amlo) au Mexique est un nationaliste au sens progressiste et social sud-américain. Il dirige un pays qui a 3 500 kilomètres de frontière avec les États-Unis, voisin agressif et dominateur s’il en est . Un pays perclus par le narco trafique qui a tué 250 000 personnes depuis 2016. Amlo a mené une lutte méthodique et frontale qui commence à payer. Nous, à quoi arrivons-nous chez nous ? Son œuvre sociale est déjà considérable. Dans un pays où la moitié de la population est encore sous le seuil de pauvreté, il a augmenté le salaire minimum de 85% et présenté un projet a l’ONU de mécanisme mondial de redistribution de la richesse.

Je regarde avec attention son réalisme réformateur tout en sachant qu’il n’est pas anticapitaliste comme moi-même quand nous sommes ensemble profondément anti impérialiste. Sur ce plan aussi, son courage force l’admiration. Son refus de participer à la conférence des Amériques après que les USA en aient exclues Cuba et Venezuela n’est pas une chose facile à mener avec un tel voisin !

Boric au Chili est certes élu hors des partis de gauche traditionnels. Il se positionne sur une ligne réformiste assumée. Il dirige un pays en état de semi-insurrection sociale et politique pendant des mois et tenaillé par une droite dont la barbarie n’est plus à décrire après la dictature de Pinochet. Gustavo Petro en Colombie a un programme qui comporte de nombreux points communs avec le nôtre. Mais il n’a de majorité ni à la chambre des députés ni au Sénat. Même situation au Pérou où le président passe en temps considérable à déjouer des complots de la droite. Au Honduras, la présidente est une démocrate révulsée par la barbarie de la droite qui a réalisé le putsch contre le précédent président constitutionnel Zelaya et a assassiné ensuite des centaines de militants et de jeunes. Et ainsi de suite. Tous affrontent des ennemis puissants, ultra violents et plein d’une morgue de classe dont on commence à avoir une idée avec la LREM en France.

Voilà aussi pourquoi je vais en Amérique latine, encore. Pour observer encore, et apprendre encore. Dans les trois pays je serai reçu par les hommes et la femme qui président leur République. C’est un grand honneur cela va de soi. Et c’est une occasion unique d’en savoir davantage encore sur l’art et la manière de diriger en état de surtension régionale . Une leçon précieuse à partager avec les miens.

Les étapes de mon voyage n’ont pas été fixées au hasard. Chacune est dédiée à un aspect des phénomènes politiques qui nous importent. Chaque fois il s’agit d’une situation que je veux voir de près, comprendre et dont je veux m’imprégner.

Au Mexique, il s’agit de l’organisation d’un référendum révocatoire contre le Président de la République, gagné par AMLO. Il s’agit d’un élément clé de notre programme. Je veux voir sa mise en œuvre concrète et en détails. Au Honduras, le nouveau pouvoir veut convoquer une Assemblée Constituante, l’élément central de la révolution citoyenne pour moi et pour notre programme « l’Avenir en commun ». La Colombie m’intéresse par la forte sensibilité écologique de l’exécutif élu. Gustavo Petro le nouveau Président a présenté un programme dont je sais qu’il partage beaucoup avec le nôtre. Je souhaite en parler avec lui et ses camarades.

Je pense ainsi affûter l’observation de ces détails que j’ai appris à connaître avec le temps et qui m’en disent long souvent sur la situation profonde d’une société. Inclus la nôtre.

Deuxième épisode – 13 juillet

Cette nuit, j’ai suivi la bataille à l’Assemblée nationale française. J’y tenais. Je veux me rendre compte, en observant les débats, de nos forces et des dispositions de nos adversaires macronistes. Je vois leur désarroi en limite de la panique.

Les votes gagnés par notre opposition et diverses autres attestent combien l’ère des votes en béton des Playmobils du premier quinquennat est bien finie. On doit s’attendre au genre de riposte sauvage et brutale dont les macronistes sont capables surtout sur un sujet comme la santé. En 2020 ils nous accusaient de vouloir faire mourir les gens et même de provoquer leur mort du Covid parce que la discussion retardait la promulgation de la loi censée sauver tout le monde. Ils essaieront de faire oublier leur refus des épurateurs d’air et des autres mesures concrètes que nous avons proposées pendant qu’eux en restent à leurs pauvres mesures de privation des libertés individuelles.

Me voici donc à Mexico dans une chaleur raisonnable. La ville est bien propre, la circulation plutôt fluide et cela retient l’attention quand on vient de Paris comme moi.

J’entame mes rencontres. J’aime tant cette ville. Soirée avec le romancier anarchiste Paco Taïbo et quelques femmes et hommes de la longue baston commune contre l’Empire. La classe !

Avant d’aller plus loin dans ces deux semaines qui arrivent, pour le confort de mes lecteurs je vais d’abord rembobiner le film de l’histoire politique récente en Amérique du Sud. Au début des années 2000, plusieurs pays du sous-continent américain rompent la chaîne du néolibéralisme par la voie des urnes. Cela débute avec l’élection de Chavez au Venezuela en 1999. Puis c’est le coup de tonnerre avec la victoire de Lula au Brésil en 2001 à sa quatrième tentative présidentielle, fruit d’une longue activité de reconstruction d’une gauche populaire indépendante des partis locaux corrompus jusqu’à l’os. Puis cette première vague se prolonge bientôt en Argentine, en Bolivie, en Équateur, en Uruguay. Elle a commencé à refluer au mitan des années 2010.

Déjà, en 2009, le président élu du Honduras, Manuel Zelaya, fut déposé par un coup d’État. Ce fut l’occasion pour la Réaction d’expérimenter des méthodes, mélangeant pour la première fois coup d’État militaire et coup d’État institutionnel. Les militaires tordaient les bras de l’élu et la Cour Suprême le destituait avec son consentement (comme le président Lugo au Paraguay) ou sans. C’est en effet cette Cour, appuyée par la presse, qui a déclenché la crise en déclarant interdite une consultation populaire que Zelaya voulait organiser pour convoquer une assemblée Constituante. Ce faisant, la Cour a donné un prétexte et un vernis légitime au coup de force de l’armée.

Dans les années suivantes, l’arme judiciaire et la méthode des coups d’État institutionnels furent souvent utilisées par les libéraux pour gagner des élections ou s’en passer. En 2015, Cristina Kirchner perd les élections en Argentine alors qu’elle se trouve harcelée sans aucune preuve par des accusations de corruption (relayée par certains journalistes dans la presse bien pensante française). Au Brésil la même chose arrive à Lula, qui finira par se retrouver dans cette prison de Curitiba où je suis allé lui rendre visite.

Depuis, il a été lavé de toutes les accusations. Par contre son juge fait l’objet de nombreuses poursuites judiciaires à présent depuis qu’il a été prouvé comment avec l’aide de la presse, de barbouzes et d’autres juges il avait inventé toutes les accusations pieusement rapportées par de prestigieux médias européens que je ne nomme pas. Sa successeur, Dilma Roussef, a été destituée en 2016 de son poste par la droite. En Équateur, en 2017, le président élu, installé par son prédécesseur Rafael Correa, trahit la révolution citoyenne et utilise les pires méthodes de répression et de harcèlement judiciaire contre la gauche. Correa est contraint à l’exil sous cent vingt-huit chef d’inculpation. Ses proches sont pour beaucoup en exil aussi poursuivi sous les motifs les plus absurdes.

Ce cycle de défaites, parfois très douloureuses, a largement été commenté par la presse en Europe, claironnant avec joie la fin de la vague de gauche en Amérique latine. Et le retour de leurs gorilles au pouvoir. Comme pour désespérer et accabler ceux qui les avaient soutenus sur le vieux continent. C’est néolibéralisme ou rien. « Il n’y a pas d’alternative et d’ailleurs il n’en existe nulle part dans le monde ». Ces bavards de malheur sont plus discrets aujourd’hui. Ils ont moins commenté ce qui se passe depuis 4 ans. Car un nouveau cycle est engagé.

Il est caractérisé par une combinaison de mouvements populaires de révolution citoyenne par la rue et d’élections donnant des reconquêtes et des victoires électorales inédites. Tel est le destin promis quand rien n’avance plus qu’à coup de corruption, de débat refusé comme aux présidentielles du Brésil, ou de la Colombie, de mensonges et calomnies méthodiquement médiatisées, de judiciarisation du combat politique, de diabolisation de toute opposition. Pas un pays sud-américain n’y aura échappé. Et la déferlante de l’inflation mondiale ne va rien ralentir dans ce domaine où que ce soit.

Le nouveau cycle débute en 2018, au Mexique, par la victoire historique d’AMLO et de son parti Morena. Un an plus tard, à l’automne 2019, plusieurs grands mouvements sociaux hyper caractéristiques des révolutions citoyennes éclatent dans plusieurs pays du continent : au Chili, en Équateur, en Colombie, notamment. Au même moment, en Argentine, Alberto Fernandez remporte l’élection présidentielle face à la droite, avec Cristina Kirchner comme vice-présidente. Mais il y a alors une ombre considérable au tableau : c’est le coup d’État perpétré contre Evo Morales en novembre 2019 après sa victoire à la présidentielle, au premier tour. Accepté par l’Europe, validé par le gouvernement français et bien sûr par la presse, ce coup d’État finira par tourner court. Le mouvement populaire se déploie et l’illuminée qui avait envahi le palais présidentiel la bible à la main (imaginez si cela avait été avec un Coran) a été chassée. Un an plus tard, la victoire électorale de Luis Arce au premier tour en octobre 2020 conclut cette reconquête sans bavure.

En 2021, Pedro Castillo crée la surprise en gagnant l’élection présidentielle au Pérou, un pays noyé dans les situations ubuesques de la corruption affichée au sommet de l’État par la famille Fujimori et depuis lors bien désarticulé politiquement. Un pays, surtout, qui avait connu depuis les années 1990 un niveau de violence extraordinaire de l’extrême droite gouvernementale et extra-gouvernementale. La gauche l’a emporté également au Honduras, effaçant enfin le coup d’État de 2009. Sa présidente est Xiomara Castro.

Deux autres victoires historiques sont venues compléter le tableau. Celle de Gabriel Boric au Chili en décembre 2021, est remarquable à plus d’un titre. D’abord bien sûr, parce qu’il s’agit du pays d’Allende et du point de départ sanglant du néolibéralisme mondial avec le coup d’État assassin contre lui et le règne des Chicago boys. Ils expérimentèrent la première politique néolibérale dure au monde dont se réclamèrent ensuite Reagan et Thatcher. Et qu’imitent depuis quelques autres encore. Ensuite, l’élection de Boric complète un processus de révolution citoyenne très avancé où le mouvement populaire a déjà gagné la convocation d’une assemblée constituante.

Enfin, il y a eu la victoire de Gustavo Petro en Colombie, au mois de juin. Là aussi, c’est historique : c’est la première fois que la gauche gagne les élections présidentielles de toute l’histoire de la Colombie. Ce pays est par ailleurs considéré par les États-Unis comme une sorte de porte-avion à eux sur le continent. Ils y ont installé sept bases militaires ! La gauche gagne le pays andin le plus peuplé. Désormais, l’ensemble des pays qui composent le parlement andin (Chili, Bolivie, Pérou, Colombie) seront gouvernés par la gauche. En octobre prochain, des élections présidentielles auront lieu au Brésil. Lula peut les gagner. Si c’est le cas, notre famille politique aura réussi en 4 petites années à renverser complètement la situation sur l’ensemble du continent sud-américain. Jamais elle n’aura été à la tête d’autant de gouvernements simultanément.

Naturellement, ce changement de tableau n’inspire rien en France sinon les habituels ricanements des ignorants qui pullulent. Ainsi avec « le Point » journal de style barbouze comme on a pu le voir récemment avec la publication de l’affaire inventée de A jusqu’à Z contre Corbière et Garrido. Là, une certaine Christine Clerc y écrit un billet haineux dans lequel, au milieu des confusions de pays et des noms, elle ressasse dans le désordre les arguments de la droite la plus bornée sur le Venezuela.

Elle considère que mon voyage est une « provocation ». Rien de moins. Elle se veut piquante à mon sujet : «  sa peur de disparaitre progressivement à 71 ans de la une des journaux et des émissions télévisées le rend plus inventif et provocant que jamais ». On ne pourra pas en dire autant de cette dame Christine Clerc, qui du haut de ses 79 ans d’où elle domine la pyramide de nos âges respectifs a disparu depuis longtemps des lieux où elle pérorait au siècle précédent. Peu lui chaud ce qui se passe sur place. Je doute qu’elle en sache quoique ce soit. Elle craint sans doute que les peuples folkloriques qui y vivent n’aient encore élu des gouvernants de gauche. Et cela en dépit des Christine Clerc locaux et quoiqu’ils aient sur place des bulletins paroissiaux de la CIA parfois largement plus répugnants que « le Point » lui-même.

Qu’est-ce que ce genre de diatribe change pour moi ? J’y suis tellement habitué. J’y vois mon intérêt. La stupidité de mes caricaturistes les empêche surtout eux-mêmes de comprendre à quoi et à qui ils ont à faire. Car ce que j’ai appris en m’attachant à suivre et à participer autant que possible aux évènements anti libéraux du sous-continent américain a profondément nourri la stratégie patiente menée avec mes amis dans les deux dernières décennies. Un jour elle atteindra son but, d’une manière ou d’une autre, cela est aussi certain qu’inéluctable.

Traducción al español

EN EL CAMINO DE LAS REVOLUCIONES CIUDADANAS
Primer episodio 12 de julio

Retomo la vía aérea hacia el continente latinoamericano (¿cómo llegar si no es en avión?) Después de esta larga secuencia electoral de veinte meses en Francia, voy a rehidratarme políticamente, a impregnarme de nuevo, a hacer trabajar mi imaginación política. Aprender. Estaré durante dos semanas en México, Honduras, y finalmente en Colombia. En cada uno de estos países acaba de producirse un acontecimiento político importante para nuestra familia política. Tantas formas o etapas de lo que llamamos la “revolución ciudadana”. “¡Otra vez América Latina!” ladrarán los burlones sarcásticos que sin duda no tendrían nada que decir si me fuera a Estados Unidos. ¡Pues, sí, otra vez! Porque de nuevo, tras una fase de retroceso, los pueblos latinoamericanos están orquestando nuevos episodios de revolución ciudadana. Están eligiendo, uno tras otro, gobiernos de una izquierda que busca la ruptura. De hecho, ahora una segunda ola general de izquierda está recorriendo América Latina. Es más potente que la primera. Nunca antes había habido tantos gobiernos de izquierda popular al mismo tiempo. No se trata de idealizar el resultado, y menos aún de querer reproducir sus fórmulas. No se trata de juzgar un proyecto que debería estar por encima de nosotros. Se trata de entender y aprender de cada caso para nuestra propia lucha. Sin olvidar nunca lo que en principio tenemos en común con estos hombres, mujeres y pueblos frente a los adversarios que los enfrentan. « El futuro en común » [programa de gobierno de la Francia Insumisa impulsada por JLM] es también el resultado de esa fuente de inspiración durante los últimos veinte años.

Las sociedades latinoamericanas prefiguran las nuestras. Están divididas socialmente entre los muy ricos y los muy pobres, tal como se está convirtiendo hoy nuestro país. Allá también la clase media lucha para no naufragar. La economía informal se lo está comiendo todo. Tal como ha comenzado en nuestro país con la « economía del black » que se está generalizando. La economía criminal de las drogas, las armas y el tráfico de personas enferma a todos los segmentos de la sociedad de arriba a abajo, como también empieza a verse muy claramente aquí para los que saben observar. Allá vemos cómo la delincuencia organizada es, de hecho, el pulmón de todas las actividades delictivas, tanto grandes como “pequeñas”. La cima de una pirámide que desmigaja caudales cada vez más profundamente desde la cima hacia más abajo. El modelo de las bandas tribales que se formaron en Estados Unidos se exportó a México y luego al resto del subcontinente. El fenómeno se observará pronto en Europa, pues las causas ya se han extendido.

Así que vuelvo al momento político latinoamericano. Porque es en este contexto donde adquiere su significado. El estancamiento de las soluciones de las derechas extremas, que no resuelven nada, sino que empeoran todo con sus políticas, acelera el llamado a la izquierda. No pierden de vista este hecho. Nosotros también tenemos que lidiar con ello. Naturalmente, lo que se hace en la izquierda de este continente no se puede exportar como tal. El nivel de la ruptura que se está produciendo no es el mismo en todas partes, ni mucho menos. ¡Y qué diferencias hay! La comprensión de la centralidad de las cuestiones relacionadas con el impacto ecológico de la « recuperación económica » en el modelo productivista es muy desigual. Depende de si los países tienen petróleo, gas o recursos minerales, por no hablar de la agricultura. Las figuras políticas también son muy diferentes. El presidente de México, Andrés Manuel López Obrador (AMLO), es un nacionalista en el sentido progresista y social sudamericano del término. Dirige un país con 3.500 km de frontera con Estados Unidos, un vecino agresivo y dominador como el que más. Un país azotado por el narcotráfico que ha matado a 250.000 personas desde 2016. AMLO ha llevado una lucha metódica y frontal que empieza a dar sus frutos. ¿Y nosotros, qué hemos logrado en casa? Su labor social es ya considerable. En un país donde la mitad de la población sigue estando por debajo del umbral de la pobreza, ha aumentado el salario mínimo en un 85%. Y ha presentado un proyecto a la ONU para un mecanismo global de redistribución de la riqueza. Observo con atención su realismo reformista a la vez que sé que no es anticapitalista como yo, cuando somos ambos profundamente antiimperialistas. También en este aspecto, su valentía es digna de admiración. Su negativa a participar en la Conferencia de las Américas después de que EE.UU. excluyera a Cuba y Venezuela no es algo fácil de hacer con un tal vecino.

En Chile, Boric, quien fuera elegido un tanto al margen de los partidos de la izquierda reformista tradicional, ha adoptado una línea reformista asumida. Dirige un país en estado de semi-insurrección social y política desde hace meses y que se halla acosado por una derecha cuya indescriptible barbarie desplegada después de la dictadura de Pinochet sigue viva. Gustavo Petro, en Colombia, tiene un programa que tiene muchos puntos en común con el nuestro. Pero no tiene mayoría ni en la Cámara de Diputados ni en el Senado. Lo mismo ocurre en Perú, donde el presidente pasa mucho tiempo frustrando complots de la derecha. En Honduras, la presidenta es una demócrata a quien le repugna la barbarie de la derecha que llevó a cabo el golpe contra el anterior presidente constitucional, Zelaya, y posteriormente asesinó a cientos de militantes y jóvenes. Y así sucesivamente. Todos ellos se enfrentan a enemigos poderosos, ultraviolentos e impregnados de una cínica jactancia de clase de la que comenzamos hoy a hacernos una idea con la LREM [partido de Macron] en Francia.

Por eso también me voy una vez más a América Latina. Para observar de nuevo, y para aprender aún más. En los tres países me recibirán los hombres y mujeres que presiden sus repúblicas. Lo cual es un gran honor, por supuesto. Y es una oportunidad única para aprender más sobre el arte y la manera de gobernar en un estado de máxima tensión regional. Una valiosa lección para compartir con mi gente.

Las etapas de mi viaje no se han fijado al azar. Cada uno de ellos está dedicado a un aspecto de los fenómenos políticos que nos importan. Cada vez es una situación que quiero ver de cerca, entender y sumergirme en ella.

En México, se trata de la organización de un referéndum revocatorio contra el presidente de la República, ganado por AMLO. Este es un elemento clave de nuestro programa. Quiero ver su aplicación en detalle y en la práctica. En Honduras, el nuevo gobierno quiere convocar a una Asamblea Constituyente, elemento central de la revolución ciudadana para mí y para nuestro programa « El Futuro en Común ». Colombia me interesa por la fuerte sensibilidad ecológica del ejecutivo elegido. Gustavo Petro, el nuevo presidente, ha presentado un programa que sé que comparte mucho con el nuestro. Me gustaría discutirlo con él y sus compañeros.

Creo que así aclararé mi observación de esos detalles que he ido conociendo con el tiempo y que a menudo me dicen mucho sobre la situación profunda de una sociedad. Incluida la nuestra.

Segundo episodio. 13 de julio

Anoche seguí la batalla en la Asamblea Nacional francesa. Quería hacerlo. Quiero ver, observando los debates, nuestras fuerzas y las disposiciones de nuestros adversarios macronistas. Veo su desconcierto rayano en el pánico. Los votos ganados por nuestra oposición y otras varias atestiguan que la era de los votos duros de los diputados monigotes del primer quinquenio de Macron ha terminado. Debemos esperar el tipo de represalias salvajes y brutales de las que son capaces los macronistas, especialmente en un tema como la salud. En 2020 nos acusaron de querer “dejar morir” a la gente e incluso de provocar su muerte por el Covid, porque la discusión parlamentaria retrasó la promulgación de la ley que “habría debido” salvar a todos. Intentarán hacer olvidar su propio rechazo a los purificadores de aire y otras medidas concretas que hemos propuesto, mientras ellos se aferran a sus pobres medidas de privación de las libertades individuales.

Heme aquí, entonces, que estoy hoy en Ciudad de México bajo un calor razonable. La ciudad es muy limpia, el tráfico es bastante fluido y ello retiene la atención cuando uno viene de París, como yo.

Comienzo mis encuentros. Me gusta tanto esta ciudad. Una velada con el novelista anarquista Paco Taibo y algunas mujeres y hombres de la larga lucha común contra el Imperio. ¡Con clase!

Antes de seguir avanzando en estas dos semanas, para comodidad de mis lectores, primero rebobinaré la película de la historia política reciente de Sudamérica. A principios de la década de 2000, varios países del subcontinente americano rompieron la cadena del neoliberalismo a través de las urnas. Esto comenzó con la elección de Chávez en Venezuela en 1999. Luego vino el trueno de la victoria de Lula en Brasil en 2001 en su cuarto intento presidencial, resultado de un largo proceso de reconstrucción de una izquierda popular independiente de los partidos locales corruptos hasta los huesos. Esta primera ola se extendió pronto a Argentina, Bolivia, Ecuador y Uruguay. Comenzó a disminuir a mediados de la década de 2010.

Ya en 2009, el presidente electo de Honduras, Manuel Zelaya, fue depuesto mediante un golpe de Estado. Esta fue una oportunidad para que la Reacción experimentara algunos métodos, mezclando por primera vez golpes militares e institucionales. Los militares le torcieron el brazo al presidente elegido y la Corte Suprema lo destituyó, con su consentimiento (como el presidente Lugo en Paraguay) o sin él. De hecho, fue esta Corte, apoyada por la prensa, la que desencadenó la crisis al declarar prohibida una consulta popular que Zelaya quería organizar para convocar una Asamblea Constituyente. Al hacerlo, la Corte dio un pretexto y un barniz de legitimidad al golpe de fuerza del ejército.

En los años siguientes, los liberales utilizaron a menudo el arma judicial y el método de los golpes institucionales para ganar las elecciones o prescindir de ellas. En 2015, Cristina Kirchner perdió las elecciones en Argentina mientras era acosada sin ninguna prueba por acusaciones de corrupción (transmitidas por algunos periodistas de la prensa francesa). En Brasil ocurrió lo mismo con Lula, que acabó en la cárcel de Curitiba, donde fui a visitarlo. Desde entonces, Lula ha sido absuelto de todos los cargos. Su juez, en cambio, es ahora objeto de numerosos procesos judiciales desde que se demostró cómo, con la ayuda de la prensa, de provocadores y de otros jueces habían inventado todas las acusaciones que piadosamente recogieron prestigiosos medios europeos que no voy a nombrar. Su sucesora, Dilma Rousseff, fue destituida en 2016 por la derecha. En Ecuador, en 2017, el presidente electo, instalado por su antecesor Rafael Correa, traicionó la revolución ciudadana y utilizó los peores métodos de represión y acoso judicial contra la izquierda. Correa fue obligado a exiliarse por 128 cargos falsos. Muchos de sus cercanos también están en el exilio, perseguidos por los motivos más absurdos.

Este ciclo de derrotas, algunas de ellas muy dolorosas, ha sido ampliamente comentado por la prensa en Europa, pregonando alegremente el fin de la ola de izquierda en América Latina y el regreso de sus gorilas al poder, como una manera de desesperar y abrumar a los que los habían apoyado en el viejo continente. Es neoliberalismo o nada: “No hay alternativa, y de hecho no la hay en ningún lugar del mundo”, chillaban. Estos charlatanes se han hecho más discretos hoy en día. Han comentado menos lo que ha sucedido en los últimos cuatro años. Porque un nuevo ciclo ha comenzado: se caracteriza por una combinación de movimientos populares de revolución ciudadana en las calles y elecciones que dan lugar a reconquistas y victorias electorales sin precedentes. Este es el destino prometido cuando nada avanza sino con corrupción, con debates rechazados, como en las elecciones presidenciales de Brasil y Colombia, con mentiras y calumnias metódicamente cubiertas por los medios de comunicación, con judicialización de la lucha política y demonización de toda oposición. Ningún país sudamericano se ha librado de esto. Y el aumento de la inflación mundial no frenará nada en esta zona en ningún lugar.

El nuevo ciclo comenzó en 2018, en México, con la histórica victoria de AMLO y su partido Morena. Un año después, en el otoño de 2019, estallaron en varios países del continente varios grandes movimientos sociales muy característicos de las revoluciones ciudadanas: en Chile, Ecuador y Colombia, especialmente. Al mismo tiempo, en Argentina, Alberto Fernández ganó las elecciones presidenciales contra la derecha argentina, con Cristina Kirchner como vicepresidenta. Sin embargo, hubo entonces una sombra considerable sobre el panorama: fue el golpe de Estado perpetuado contra Evo Morales en noviembre de 2019, tras su victoria en la primera vuelta de las elecciones presidenciales. Fue aceptado por Europa, validado por el gobierno francés y, por supuesto, por la prensa: este golpe de Estado acabará siendo un fracaso rotundo. El movimiento popular se desplegó y la iluminada que había invadido el palacio presidencial con una Biblia en la mano (imagínense si hubiera sido con un Corán) fue expulsada del cargo autoproclamado. Un año después, la victoria electoral de Luis Arce en la primera vuelta de octubre de 2020 concluyó esta reconquista sin tropiezo y la usurpadora Añez ha sido condenada por traición.

En 2021, Pedro Castillo dio la sorpresa al ganar las elecciones presidenciales en Perú, un país ahogado en las omnipresentes situaciones de corrupción desplegadas en la cúpula del Estado por la familia Fujimori que, desde entonces, ha sido desarticulada políticamente. Un país, que, sobre todo, había experimentado un extraordinario nivel de violencia por parte de la extrema derecha gubernamental y extra gubernamental desde los años 90. La izquierda también ha ganado en Honduras, borrando finalmente el golpe de Estado de 2009. Su presidenta es Xiomara Castro. Otras dos victorias históricas completaron el cuadro. La victoria de Gabriel Boric en Chile en diciembre de 2021 es notable en más de un sentido. En primer lugar, por supuesto, porque es el país de Allende y el sangriento punto de partida del neoliberalismo global con el golpe de Estado asesino contra él y el reinado de los “Chicago boys”. Experimentaron con la primera política neoliberal de línea dura del mundo, que luego fue reivindicada por Reagan y Thatcher, y que imitan hoy algunos otros desde entonces. Después, la elección de Boric completa un proceso de revolución ciudadana que está muy avanzado y en el que el movimiento popular ya ha conseguido la convocatoria de una asamblea constituyente que ya ha producido un borrador de Constitución propuesta para aprobación por referéndum en septiembre.

Por último, la victoria de Gustavo Petro en Colombia en junio. Esto también es histórico: es la primera vez que la izquierda gana unas elecciones presidenciales en la historia de Colombia. Este país también es considerado por Estados Unidos como una especie de portaaviones para ellos en el continente. Han instalado allí siete bases militares. La izquierda ganó en el país andino más poblado. A partir de ahora, todos los países que conforman el Parlamento Andino (Chile, Bolivia, Perú, Colombia) serán gobernados por la izquierda. El próximo mes de octubre se celebrarán elecciones presidenciales en Brasil. Lula puede ganar. Si lo hace, nuestra familia política habrá logrado en cuatro cortos años revertir completamente la situación en toda Sudamérica. Nunca antes había estado al frente de tantos gobiernos simultáneamente.

Naturalmente, este cambio en el panorama no inspira nada en Francia, salvo las habituales risitas burlonas de los ignorantes que pululan. Así ocurre con “Le Point”, un periódico de estilo provocador, como lo hemos visto recientemente con la publicación del caso inventado de la A hasta la Z contra Corbières y Garrido. Allí, una tal Christine Clerc escribe un artículo odioso en el que, entre la confusión de países y nombres, retoma desordenadamente los argumentos de la derecha más cerril sobre Venezuela. Considera que mi viaje es una “provocación”. Nada menos. Se muestra punzante conmigo: “su miedo a desaparecer poco a poco de las portadas de los periódicos y los programas de televisión a los 71 años le hace ser más inventivo y provocador que nunca”. No se puede decir lo mismo de Christine Clerc, quien, a sus 79 años, domina desde la pirámide de nuestras respectivas edades, hace tiempo que ha desaparecido de los lugares desde donde solía hablar en el siglo pasado. No le importa lo que pase por allá. Dudo que sepa algo al respecto. Probablemente tenga miedo de que los pueblos folclóricos que viven allá sigan eligiendo gobernantes de izquierda. Y esto, a pesar de los Christine Clerc locales y aunque tengan en el lugar pasquines parroquiales de la CIA, que a veces son mucho más repugnantes que el propio “Le Point”. ¿Qué cambia para mí este tipo de diatriba? Ya me acostumbré tanto a ello. Y veo allí mismo mi propio interés. La estupidez de mis caricaturistas les impide comprender con qué y con quién están tratando. Pues lo que he aprendido siguiendo y participando en la medida de lo posible en los acontecimientos antiliberales del subcontinente americano, ha alimentado profundamente la paciente estrategia que he seguido con mis amigos durante las dos últimas décadas. Un día, ésta alcanzará su objetivo, de una forma u otra, eso es tan cierto como inevitable.

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