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La révolution citoyenne

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Primaires américaines : le changement viendra de la rue et … du Congrès

Après le retrait de Bernie Sanders, que peut-on encore attendre des primaires démocrates ? Pour François Colcanap, ce n'est pas l'élection présidentielle qui portera l'aspiration au changement. Ni Biden ni Trump ne sont capables de répondre aux urgences démocratique, écologique et sociale. Par contre, l'émergence sur la scène politique d'une jeune génération, porteuse d'aspirations écologique et d'égalité, les mobilisations populaires, peuvent entrainer les États-Unis vers une véritable révolution politique.

François Colcanap, écrivain franco-américain, nous propose de suivre la campagne électorale américaine de 2020.

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Aux États-Unis, les candidats qui se présentent à une élection pour le compte d’un des deux principaux partis, Républicain et Démocrate, ont tous, sans exception, été préalablement sélectionnés par la procédure dite des “Primaires” qui fonctionnent comme suit : plusieurs candidats se présentent devant les électeurs de leur propre parti et ce sont ces mêmes électeurs qui, aux termes du scrutin, désignent le candidat qui représentera le parti contre le candidat désigné par le parti opposé. Cette procédure est suivie pour toutes les élections, à tous les niveaux de représentation que ce soit au Congrès, dans les Assemblées des États ou dans les mairies et comtés.

Les élections primaires qui font l’objet de la plus grande publicité sont les Primaires pour l’élection présidentielle qui ont lieu de février à août tous les quatre ans. Durant cette période, les candidats bataillent dans chacun des États de la Fédération pour obtenir le plus grand nombre de représentants possible qui constitueront le Corps électoral des Grands électeurs. Ces grands électeurs seront ensuite appelés à voter au cours de la Convention Nationale.

Une fois le ou la candidate désignée dans chaque parti, la campagne pour l’élection présidentielle de novembre peut commencer.

Pour les Républicains, ces primaires sont une formalité puisque le Président Donald Trump se représente sans aucun autre candidat du Parti républicain, en face de lui les Primaires. Sa candidature est approuvée sans discussion. Il s’est agi d’une toute autre affaire dans le camp des Démocrates, qui ne fut pas sans rappeler les tristes Primaires de 2016, ouvrant à nouveau une grande fracture au sein du parti.

L’organisation des Primaires dans le camp démocrate se fait sous la houlette du “Democratic National Committee”, connu sous le sigle DNC. Il s’agit d’une société de droit privé qui agit en qualité de “patron” du Parti Démocrate. Cette seule définition permet d’imaginer sans peine le jeu des trafics d’influences qui infestent l’organisation. Sans entrer dans les détails des Primaires de 2016 durant lesquelles le candidat Bernie Sanders avait créé la surprise face à Hillary Clinton, il a été établi que le DNC avait volontairement agi en défaveur de la campagne de Sanders à la demande des équipes d’Hilary Clinton. C’est Donna Brazile elle-même, directrice du DNC au moment des faits, qui l’a révélé dans ses Mémoires. On connait la suite, la nomination de Clinton comme candidate des Démocrates et sa défaite fracassante face à Donald Trump.

En 2020, Bernie Sanders se représente aux Primaires, porté par toute la frange dite “progressiste” des Démocrates. En face de lui, le candidat adoubé par le DNC, l’ancien vice-président du président démocrate Obama, Joseph Biden Jr. Les premières élections de la course aux primaires ont compté d’importantes victoires pour Sanders. En réaction, le DNC, composé de “l’establishment” du parti, a manœuvré pour que tous les autres candidats en lice se retirent, laissant Biden seul contre Sanders et récoltant de ce fait toutes les voix de centre et de la droite du parti. Bernie Sanders a dû rapidement concédé la victoire à Biden. Ses supporters, dépités, refusaient alors de s’engager pour soutenir Biden, le candidat du Parti démocrate en voie de nomination.

Ainsi se présentaient les élections présidentielles US de 2020 : une réélection évidente et inévitable de Donald Trump, de nombreux commentateurs estimant le candidat Démocrate trop faible tant pour mobiliser l’électorat Démocrate que pour affronter un Donald Trump porté par une économie florissante. 

Et puis, la pandémie du Covid-19 a frappé, suivie de près par l’assassinat de George Floyd des mains de la Police à Minneapolis. Deux “évènements” profondément déstabilisant pour Donald Trump, dont les réactions publiques et pour le moins particulières, ont mis en évidence les extrêmes limites de son caractère, donnant tout son sens à la formule « Le Roi est nu ».

Résultat : la course à la Présidence des États-Unis est d’une certaine façon relancée avec deux candidats qui n’emballent personne d’autres que les inconditionnels des deux camps : l’extrême droite évangéliste pour Trump et la droite dite modérée pour Biden, ceux que certains appellent ironiquement “ the Republicans in the closet” (les Républicains dans le placard).

Beaucoup regardent cette course à la Maison Blanche de 2020 comme une compétition entre deux candidats capables d’imploser à tout moment et dont le vainqueur sera celui qui  dissimulera le plus longtemps ses faiblesses; celles de Trump sont évidentes, Biden et sa longue carrière au Sénat ne viendra pas l’aider davantage dans les houleux débats présidentiels à venir entre le mois d’août et l’élection de novembre.

Il y a ce fameux dicton dans le monde politique américain, trop souvent ignoré par ceux engoncés dans le confort et les ors de leur fonction, “All politics is local” (toute politique est locale). Plus que jamais ce dicton symbolise la réalité du moment.

Tous les regards se tournent désormais du côté des Primaires qui concernent l’élection des Représentants à la Chambre des Représentants, et des Sénateurs au Sénat du Congrès des États-Unis. Les Représentants remettent leur siège en jeu tous les deux ans et les Sénateurs tous les six ans. A ce jour, la Chambre des Représentants est aux mains des Démocrates, le Sénat des Républicains.

Conserver la Chambre des Représentants est une certitude pour les Démocrates, mais ils ont également des chances de remporter le contrôle du Sénat.

La campagne présidentielle de Bernie Sanders en 2016  a lancé un formidable mouvement de jeunes “progressistes” se proclamant “socialistes démocrates”, qui, aux élections intermédiaires de 2018, est parvenu à faire son entrée au Congrès de façon spectaculaire. L’élection la plus remarquée fut celle d’Alexandria Ocasio-Cortez (AOC) dans le 14ème district de New York, le Bronx, qui a créé la surprise en battant le sortant Joseph Crowley, numéro deux du parti démocrate, qui tenait son siège depuis 1998. Notons que Crowley, battu, s’est aussitôt reconverti comme lobbyiste au sein d’un important cabinet d’affaires, mettant en évidence les liens étroits de “l’establishment” démocrate avec le monde des affaires et donnant du grain à moudre à la jeunesse qui réclame des changements radicaux.

Le simple fait que des candidats se réclamant du “socialisme” puissent aujourd’hui être élus aux États-Unis d’Amérique représente une révolution dans les mœurs politiques.

Les derniers résultats des Primaires de la semaine du 1er Juin, malgré les circonstances du moment, ont montré une très forte participation du corps électoral, supérieure aux élections de 2016. Ils ont également montré un grand succès pour les candidats dits progressistes qui se présentaient contre des politiciens longuement en place, ainsi qu’une percée spectaculaire des candidats issus des minorités noires, hispaniques ou natives américaines. Peu de titulaires ont réussi à maintenir leur siège et doivent laisser la place à des jeunes. Commentant ces résultats, le New York Times, pourtant solide allié de “l’establishment” démocrate, pourfendeur de Bernie Sanders, a titré “A Day of Historic Wins for Women of Color” (un jour de victoire historique pour les femmes de couleur), soulignant l’autre aspect de ces résultats qui a consacré des femmes suite aux victoires d’AOC et de trois autres “progressistes” désignée ensemble “The Squad” (L’Escouade) : Ilan Omar, Ayanna Presley et Rashida Tlaib.

Pour confirmer cette tendance, il sera intéressant de suivre les prochaines Primaires du 23 Juin à New York et particulièrement la primaire concernant le Représentant Eliot Engel, élu dans le Bronx depuis 1988, titulaire de la Présidence du très puissant Comité des Affaires Étrangères à la Chambre des Représentants et qui fait l’objet d’un challenge de la part de Jamaal Bowman, Africain-Américain, éducateur, se présentant aux élections pour la première fois avec le soutien d’Alexandria Ocasio-Cortez et de nombreuses associations locales. Engel se présente avec un financement de plusieurs millions de dollars et le soutien des cadors du parti, face à un Bowman pratiquant le porte-à-porte, aidé par une équipe d’activistes reprenant les propos d’AOC, “this moment requires renewed et revitalized leadership across the country AND at the ballot” (Nous devons saisir ce moment pour renouveler et revitaliser le leadership à travers le pays et surtout en votant.).

Quel que soit le résultat de l’élection présidentielle, et même si ce qui est en jeu est important, les réformes de fond ne viendront d’aucun des deux candidats en lice qui représentent les mêmes intérêts sociaux économiques.

En revanche, un Congrès avec une forte présence de nouveaux élus animés de profondes convictions, pour des changements réels, ne pourra pas ne pas être entendu.

Après un début d’année politiquement sombre pour les Démocrates, cette nouvelle période qui va nous amener aux élections de novembre semble donner toute sa force à ce vieux dicton “All politics is local”. L’ancien Président Barak Obama s’est exprimé tout récemment en déclarant qu’en cette période où la Nation vacille, sous le choc des assassinats de Georges Floyd, Breonna Taylor, Ahmaud Arbery et des autres victimes noires, il était temps de s’engager dans des actions citoyennes et de voter. La rue répond à la première partie de ses vœux puisque les chiffres de participation aux Primaires sont en hausse. Obama revient ainsi à ses racines de jeune activiste à Chicago et ce qui fait la recette pour un changement effectif de politique : la combinaison du pouvoir de la rue et des urnes.


American Primaries : change will come from the street and… from Congress

After Bernie Sanders’ dropping out of the race, what else can be expected from the Democratic primaries? According to François Colcanap, it is not the presidential election that will be bear people’s yearning for change. Neither Biden nor Trump are capable to meet today’s democratic, environmental and social emergencies. However, the emergence on the political stage of a new generation bearing aspirations regarding the environment and equality, as well as working-class mobilisations, may lead the US to an actual political revolution.

François Colcanap, a French-American writer, is here commenting on the American electoral campaign of 2020.

In the United States, all the candidates running for presidency for either of the two main political parties, Republican or Democratic, have without exception been selected after going through the following procedure : several candidates  come up before voters from their own party, and in the last stage of the poll, those very voters will appoint the candidate that will stand for the party in front of the candidate appointed by the opposite party. This procedure is followed in all elections, at all levels of representation, be it in Congress, in the State assemblies or in the town halls and counties.

The most advertised primary elections are those for the presidential election. They take place every four years between February and August. During this period, the candidates campaign in each State of the Federation in order to get as many delegates as possible. Those delegates will constitute the Body that will elect the Superdelegates. Those superdelegates will in turn have to vote during their National Convention.

Once the nominee is appointed by each party, the November presidential election campaign can begin.

For the Republicans, those primaries are a mere formality since President Donald Trump is running for presidency again without facing any other Republican candidate during the primaries[JB1] . His candidacy is rubber-stamped. Yet it was quite a different matter for the Democrats, which is not without reminding of the dull 2016 primaries, which disclosed a new momentous division within the party.

The Primaries in the Democratic party are organised under the leadership of the “Democratic National Committee”, also known as the DNC. It is a company under private law which acts as the “boss” of the Democratic Party. This mere definition is enough to imagine the trading of favours at stake infesting the organisation. Without going into the details of the 2016 Primaries during which Bernie Sanders came up trumps in front of Hillary Clinton, it was established that the DNC had deliberately acted against Sanders’ campaign at the request of Hillary Clinton’s teams. It is then-DNC chair Donna Brazile herself who disclosed it in her Memoirs. We know the rest – Clinton’s nomination as the Democratic candidate and her staggering defeat against Donald Trump.

In 2020, Bernie Sanders ran for the Primaries, supported by the so-called “progressive” fringe of the Democrats. Against him stood the candidate named by the DNC, Democratic President Barack Obama’s former VP Joe Biden Jr. The first ballots in the race for the primaries included important victories for Sanders. The DNC, composed of the establishment of the party, reacted by manoeuvring so as to make all the other candidates in contention withdraw, thus leaving Biden alone against Sanders, and thereby collecting all the votes from the centre and the right-wing of the party. Bernie Sanders quickly had to concede victory to Biden. His supporters, who were dismayed, refused to commit to supporting Biden, the Democratic Party candidate on his way to being nominated.

This was what the 2020 US presidential elections seemed to forecast: the obvious and inevitable re-election of Donald Trump. Too many pundits deemed that the Democratic candidate was too weak to both mobilise voters and face Trump who was riding the tide of a thriving economy.

But then, the Covid-19 pandemic struck, closely followed by George Floyd’s murder by the hands of the Minneapolis Police – two “events” which deeply destabilised Donald Trump, whose public and peculiar – to say the least – reactions have emphasised the extreme limits of his personality, and given full meaning to the phrase “the emperor has no clothes”.

As a result, the race for the US presidency has somehow been revived with two candidates who thrill no one but the staunch supporters of either camp : the extreme evangelist right wing for Trump, and the so-called moderate right wing for Biden, those that are sometimes ironically called “the Republicans in the closet”.

Many consider this 2020 race to the White House as a competition between two candidates capable of imploding at any time and whose winner will be the one who will conceal his weaknesses the longest. Trump’s are obvious; Biden’s long career in the Senate will not help him either for the heated presidential debates that are still to take place between August and the November election.

In the American political world, there is this famous saying which has been overlooked too often by those who are wrapped up in the comfort and under the gilding of their position, “All politics is local”. More than ever, this saying symbolises the gist of the moment.

All eyes now turn to the Primaries for the election of the Representatives in the House of Representatives, and the Senators in Congress. Representatives are chosen every second year, Senators every sixth. Until today, the House of Representatives has been in the hands of the Democrats, the Senate of the Republicans.

The Democrats are certain to keep the House of Representatives, but they may as well gain control of the Senate.

Bernie Sanders’ 2016 presidential campaign triggered a spectacular movement of young “progressive” people proclaiming themselves “social democrats” – a movement which, in the Mid-Term elections in 2018, dramatically managed to get into Congress. The most remarkable election was that of Alexandria Ocasio-Cortez (AOC) in the 14th district of New York, the Bronx, who surprised everyone by beating outgoing Joseph Crowley, number two of the Democratic party, who had been holding the seat since 1998. Beaten, Crowley immediately moved into lobbyism for an important business consultancy, thus highlighting the close links between the Democratic « establishment » and the business world, and was grist for the mill of the young who demand radical changes.

The mere fact that some candidates claiming to be “socialists” may nowadays be elected in the United States of America represents a revolution in political customs.

Despite the present circumstances, the recent results of the Primaries that took place during the week of June 1 showed a high rate of participation, above that of the 2016 elections. They also showed that the candidates proclaiming themselves “progressive” and running against long-established politicians were successful, and also that the candidates from Black, Hispanic or Native American minorities did break through. Few incumbents managed to remain in office, having to make way for the younger generation. As it commented these results and although it is a strong ally of the democratic establishment and a sworn opponent of Bernie Sanders, the New York Times ran as a headline : “A Day of Historic Wins for Women of Color”, thus highlighting the other side of the coin in these results which have consecrated women in the wake of the victories of AOC and three other « progressists » known as “the Squad”,Ilan Omar, Ayanna Presley and Rashida Tlaib.

In order to confirm this trend, it will be interesting to follow the next Primaries on June 23 in New York, and particularly the primary involving Representative Eliot Engel, who has been an elected representative for the Bronx since 1988, who is the incumbent chairman of the very powerful House Committee on Foreign Affairs and who has been challenged by Jamaal Bowman, an African American educator who ran for the election for the first time, supported by AOC and many local associations. The funds of Engel’s campaign amount to several millions of dollars and supported by the party’s heavyweights, when Bowman does door-to-door canvassing  with the support of a team of activists using AOC’s words, “this moment requires renewed et revitalized leadership across the country AND at the ballot”.

Whatever the result of the presidential election is, and even if what is at stake matters, the main reforms will not come from either of the two candidates in contention, who both stand for the same social economic interests.

However, if Congress is filled with new incumbents motivated by deep convictions and aiming at real changes, their voice will have to be heard.

After a politically sombre beginning of the year for the Democrats, this new period which will continue until the November elections seems to make the old saying particularly relevant: “All politics is local”. Former President Barack Obama expressed himself quite recently and declared that in these troubled times during which the Nation falters, in shock due to the assassinations of George Ffloyd, Breonna Taylor, Ahmaud Arbery and other black victims, it was high time to commit oneself in citizens’ actions and to vote. The street is responding to the first part of his wishes, since the figures of participation to the Primaries are on the rise. Thus Obama comes back to his roots as a young Chicago activist and to what is effective for an actual political change: the mix of street power and ballot boxes.


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