dossier

La révolution citoyenne

Le Monde en commun publie des articles et contenus audiovisuels accessibles dans 3 langues : français, anglais, et espagnol. L’objectif est de rendre accessible tous les contenus au plus large public. Pour cela, la langue ne doit pas être un obstacle.

Nous sommes en train de constituer un groupe de volontaires qui se chargeront de traduire l’ensemble des contenus afin de les présenter dans au moins trois langues (français, anglais, espagnol).

Si vous souhaitez rejoindre le groupe, merci de nous adresser un mail à contact@linternationale.fr

l'article

La longue marche de la gauche en Colombie

Gustavo Petro, candidat du Pacto Histórico, a largement réussi à se qualifier pour le deuxième tour de la présidentielle colombienne. Mais celui qui pourrait devenir le premier président de gauche a fort à faire pour remporter le deuxième tour dans un pays historiquement ancré dans le conservatisme et le libéralisme.

Son programme constitue une véritable révolution. Social et environnemental, c’est une rupture franche après des décennies de libéralisme et d’individualisme. C’est que la Colombie a toujours été tenue d’une main de fer par la droite, omniprésente dans les hautes sphères du pouvoir. Cette droite extrême a accumulé pendant des décennies les richesses, creusant les inégalités avec une population souvent rurale et pauvre, marginalisée. Les rares tentatives de mobilisation, de lutte contre cet état de fait ont été violemment réprimées. En témoigne les traces laissées du massacre des bananeraies en décembre 1928 dont le bilan de grévistes tués est toujours incertain. Il s’élève malgré tout au-delà des centaines de victimes.

Plusieurs figures auront tenté d’incarner les thématiques sociales au devant de la scène pour mieux les défendre. Betsabé Espinal mènera en 1920 la première grève d’ouvrières dans le pays, avec succès, et Jorge Eliécer Gaitán sera le premier homme politique à insister sur la nécessité d’une véritable politique sociale en Colombie. Son positionnement apparaîtra comme une anomalie dans l’histoire du pays. En 1948, sa marche en avant vers le palais Nariño, résidence présidentielle, est stoppée nette par son assassinat. Sa mort introduit d’ailleurs une sombre période de l’histoire colombienne : La Violencia. Une guerre civile qui a démultiplié les victimes civiles et a débouché sur l’émergence de guérillas en réaction à la violence institutionalisée de l’État. C’est à cette période qu’apparaissent les Fuerzas Armadas Revolucionarias de Colombia (FARC) et son équivalent plus urbain Movimiento 19 de Abril (M-19).

Gustavo Petro va lutter dans ce dernier groupe, subissant des tortures de l’armée, prête à tout pour arrêter toute évolution révolutionnaire. En pleine guerre froide, la CIA apportera un soutien logistique aux autorités colombiennes. Dans les années 1990, un processus de paix permet à Petro de revenir dans la vie civile et de s’engager en politique. Depuis, il pousse pour un meilleur partage des richesses dans un pays où 45,2 % de la population vivait sous le seuil de pauvreté en 2020. Un chiffre qui s’est aggravé avec la crise sanitaire. Il devient ainsi maire de Bogota dans les années 2010 et accède au second tour de la présidentielle de 2018, une première pour la gauche. Entre temps, il aura rajouté à ses revendications pour l’ensemble de la société, la défense de l’environnement et les avancées sociétales.

C’est sur ce dernier point que la Colombie a réussi à évoluer positivement, mais contre le gré de l’exécutif. La Cour suprême s’est posée comme un acteur institutionnel incontournable capable d’imposer l’accès à l’avortement ou le mariage aux personnes de même sexe, des avancées inimaginables de la part des gouvernements successifs de droite. Iván Duque, le président sortant, ne s’est d’ailleurs pas gêné pour critiquer ces décisions de justice, allant même jusqu’à remettre en cause la légitimité du plus grand organe judiciaire du pays. Une attaque visant à affaiblir la branche judiciaire et à obtenir une mainmise totale sur le pouvoir. L’exécutif a également durement réprimé les multiples manifestations qui ont émaillé son mandat, la misère ayant atteint un point de non retour pour une frange croissante la société du pays.

Pour renverser la table, la gauche va emprunter la voie de l’union. En février 2021, les principaux partis s’accordent sur un candidat unique derrière une coalition inédite : le Pacto Histórico. Une union inespérée qui va bousculer les campagnes législatives et présidentielle de 2022. Un élan populaire va rapidement se construire derrière Petro. Renégocier les traités de libre échange, repenser l’agriculture vers une échelle plus locale, mettre fin à l’extractivisme et amorcer une transition énergétique, agir pour une redistribution des richesses et pour l’égalité entre les femmes et les hommes dans la société… Ce programme unique va convaincre une masse de personnes laissées sur le bas côté depuis des années. Une campagne qui se traduit par 40 % des voix au premier tour de la présidentielle.

L’enjeu désormais est de voir si cela suffira à combattre une droite prête à tout pour garder le pouvoir. Le candidat de la droite Federico Gutiérrez, arrivé troisième, a d’ores et déjà annoncé son soutien à Rodolfo Hernández, le candidat libéral, qualifié au deuxième tour. Le « Trump colombien », comme il est surnommé, arborait une ceinture Louis Vuitton au moment de déposer son bulletin. Tout un symbole.

la revue de presse en direct

Dans le même dossier

Les vidéos