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La fin du libéralisme

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l'article

Jeremy Corbyn : « Le Labour a besoin d’une vision audacieuse pour transformer des vies. Il s’agit des idées, pas de remaniements ou d’ajustements cosmétiques »

L'ancien chef du Labour Jeremy Corbyn, a livré dans une tribune sur le site The Independant, sa vision pour le futur du parti travailliste, suite aux élections locales qui ont vu pour la première fois en plus de cinquante ans, un bastion travailliste dans le Nord-Est de l'Angleterre ravi par les conservateurs. Nous publions ici la traduction de l'article.
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Les gens méritent un salaire avec lequel ils peuvent vivre et des droits au travail, ainsi que des logements sûrs et fiables, des transports, du haut débit et de l’énergie.

Dans ma circonscription d’Islington-Nord, la moitié de tous les enfants grandissent dans la pauvreté. Chaque semaine, dans les banques alimentaires locales, je vois les misérables conséquences d’une décennie de gouvernements conservateurs détruisant les services publics, entretenant une crise chronique du logement tout en maintenant une politique économique de bas salaires avec des niveaux records de pauvreté au travail.

Hartlepool, prise par les conservateurs cette semaine avec une majorité de 8 000, est la troisième pire zone de pauvreté infantile dans le nord-est. À travers les divisions régionales et culturelles, c’est ce qui relie, partout, les villages et les villes. Les gens vivent avec des dommages durables causés par des politiques qui ont pris au plus grand nombre et donné à quelques-uns. 

« Le défi auquel sont confrontés les progressistes du monde occidental est que le soutien aux politiques de redistribution augmente, tandis que le soutien aux partis sociaux-démocrates diminue. »

Quelques semaines avant l’élection partielle, les sondages à Hartlepool ont montré que la majorité des gens étaientpour les augmentations de salaire, le haut débit gratuit pour tous et la propriété publique de services publics clés,comme le Royal Mail. Le défi auquel sont confrontés les progressistes du monde occidental est que le soutien aux politiques de redistribution augmente tandis que le soutien aux partis sociaux-démocrates diminue. Mais ce n’est pas une raison de reculer sur le programme que cette époque exige; celui qui donne richesse, pouvoir et espoir pour l’avenir des personnes et des communautés du monde entier.

En 2017, le parti travailliste a inversé une décennie de déclin politique, y compris dans les communautés déchirées par la guerre de Margaret Thatcher contre les travailleurs organisés et l’industrie, augmentant sa part des voix dans des endroits comme Hartlepool et faisant des gains de High Peak à Canterbury.

Mon plus grand regret est qu’en 2019, les conservateurs aient pu annuler bon nombre de ces conquêtes. Ils ont mené une campagne à un seul axe, sur l’organisation du vote sur le Brexit. Le parti travailliste a perdu 51 sièges qui ont voté « leave » et trois qui ont voté « remain ». Nos politiques économiques sont restées populaires en principe, mais n’ont pas été en mesure de réduire le fossé creusé par le Brexit, dont s’est servi Boris Johnson pour consolider une nouvelle coalition électorale. 

« Les travaillistes doivent résister à cette politique de la peur. »

Les conservateurs savent que notre programme économique est populaire. C’est pourquoi ils ont fait un sérieux effort pour ajouter le « nivellement par le haut » des régions laissées pour compte, à leur agenda – dans la rhétorique sinon dans la réalité – ainsi que pour voler nos éléments de langage sur la révolution industrielle verte et même sur l’augmentation de l’impôt sur les sociétés. Ils combinent à cela leur bonne vieille tactique de la politique de la peur ; attaquer les migrants et les personnes recherchant la sécurité, adopter une législation autoritaire pour réprimer les manifestations et lancer une nouvelle course aux armements nucléaires.

Les travaillistes doivent résister à cette politique de la peur, ne pas l’ignorer ou s’y plier. Lors des élections de cette semaine, les candidats travaillistes ont été ambitieux, positifs et résolument socialistes. Ils ont résisté à la tendance nationale. Mark Drakeford a fait des avancées significatives au Pays de Galles, unissant les anciens Remain et Leave, les électeurs urbains et ruraux. On a beaucoup parlé des pertes des conseils travaillistes dans le Nord, mais les conseils de Preston et de Salford ont poursuivi un programme créatif et communautaire dans le contexte de coupes nationales brutales et ont augmenté leurs parts de voix.

Depuis plus d’un an, nous vivons une pandémie qui a révélé jusque dans les plus horribles détails, l’ampleur de l’injustice dans notre société. Les travailleurs du NHS ont été contraints de répondre à une maladie mortelle en portant des sacs poubelles après une décennie d’austérité qui a épuisé les stocks, et les exercices de préparation à une pandémie avaient été ignorés malgré la probabilité d’un événement grave.

Notre expérience de la crise a été façonnée par l’inégalité; ceux qui occupaient des emplois faiblement rémunérés étaient jusqu’à quatre fois plus susceptibles de subir un Covid mortel lors de la première vague. Des années après la catastrophe de Carillion, l’État a continué à dépendre de profiteurs incompétents ayant des liens étroits avec le Parti conservateur, ce qui a conduit à un système de test et de traçage externalisé de 37 milliards de livres sterling à peine fonctionnel.

Dans le même temps, une corruption flagrante a caractérisé le système de politiques d’achats ; des scandales constants de contrats-pour-les-copains, à l’ancien Premier ministre essayant de vendre l’actuel programme de prêt sur salaire pour le personnel sous-payé du NHS, en pleine pandémie.

« Les gens votent lorsqu’ils sont inspirés. »

Alors que la poussière retombe, il est temps de tirer les leçons de cette catastrophe et d’élaborer une vision qui puisse réparer un système en panne et se préparer aux autres grands défis auxquels nous sommes confrontés, du changement climatique à l’avenir du travail. Les gens votent lorsqu’ils sont inspirés. Des millions de personnes qui ne se présentent tout simplement pas pour voter aux élections, même dans le contexte de la pandémie, cela résulte d’une perte d’espoir.

Ce sont des nouvelles idées provenant de tout notre mouvement – et non des remaniements ou des ajustements cosmétiques – qui ramèneront l’espoir. Les gens méritent le droit de voter pour un avenir différent. Nous méritons, et avons désespérément besoin, de salaires avec lesquels les gens peuvent vivre, de droits au travail, de logements sûrs, de transports, du haut débit et de l’énergie, de soins de santé et une éducation correctement financés, dans une économie qui place la planète avant le profit et les besoins avant l’avidité de quelques-uns.

Il existe un consensus sur ces politiques dans l’ensemble du Parti travailliste; il s’agit du programme sur lequel Keir Starmer a été élu. Elles n’appartiennent ni à moi ni à personne, elles sont le produit d’un mouvement de 600 000 membres et de syndicats représentant des millions de travailleurs, et d’un programme qui a inspiré des centaines de milliers de personnes à s’organiser dans leurs communautés et à convaincre les gens de leur entourage pendant, et après les élections.

Notre mouvement reste notre plus grande arme, dans un domaine où les progressistes sont surpassés par les conservateurs qui ont l’argent de leurs riches donateurs et le soutien des grands médias. Le parti travailliste doit nourrir et développer son peuple, en formant des candidats qui parlent pour des personnes et des communautés souvent oubliées par la politique de Westminster, et en encourageant un mouvement véritablement démocratique pour une société véritablement démocratique.

Gagner l’avenir signifie une vision plus audacieuse pour transformer la vie des gens et leur donner la confiance nécessaire pour croire et lutter pour un monde juste et décent.

Lire la tribune en anglais

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