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La révolution citoyenne

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Guerre ou Paix : l’héritage de Martin Luther King Jr.

Martin Luther King Jr. est connu dans le monde pour avoir reçu le Prix Nobel de la Paix en 1964 pour son combat contre la ségrégation aux États-Unis, en utilisant la méthode de la résistance non violente. La résistance non violente promeut les manifestations, la désobéissance civile, le refus de coopération politique ou économique et le tout sans recourir à la violence. La réponse des pouvoirs établis est toujours la même : force et violence.

François Colcanap, écrivain new-yorkais, chronique le soulèvement des Américains contre le racisme.

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Martin Luther King Jr. était issu d’une famille de pasteurs Baptistes du Sud, et après une longue éducation culminant par un doctorat de théologie de Boston University dans le Massachusetts, à l’âge de 25 ans, il fut nommé Pasteur de la “ Dexter Avenue Baptist Church” à Montgomery dans l’État d’Alabama. Face aux problèmes liés à la ségrégation dans les États du Sud, de nombreux pasteurs décident de se coaliser et forment la “Southern Christian Leadership Conférence” (Conférence des Dirigeants Chrétiens du Sud) qui deviendra une des forces du mouvement des Droits Civiques dont Martin Luther King Jr. en sera le héros et le martyre.

Les actions du mouvement des Droits Civiques connaitront leur apogée avec la marche sur Washington en 1963. Ce fut alors la plus large manifestation jamais organisée aux Etats-Unis et elle reste figée dans l’histoire de la libération des peuples par le discours prononcé devant cette foule par Martin Luther King Jr., “I Have a Dream” (Je suis porteur d’un rêve).

Si chacune des phrases de ce discours est porteuse d’un message puissant d’espoir, nulle ne résonne plus aujourd’hui que la deuxième phrase :

I have a dream that one day this nation will rise up and live out the true meaning of its creed: “We hold these truths to be self-evident: that all men are created equal ”

“Je porte un rêve : qu’un jour ce pays se montre à la hauteur du sens réel de sa devise : “ nous tenons ces vérités pour évidentes : que tous les hommes sont créés égaux ”

Deux hommes observaient le déroulement de cette manifestation, l’un de son bureau du ministère de la Justice, l’autre en haut du siège du Federal Bureau of Investigation (FBI). Robert Kennedy était le Ministre de la Justice dans le gouvernement de son frère, John F. Kennedy, 35ème Président des États-Unis.

Quand le Directeur du FBI, J. Edgar Hoover, ne vit alors en Martin Luther King Jr. qu’un agitateur terroriste, communiste, Robert Kennedy comprit très vite la situation et convainquit son frère de recevoir Martin Luther King Jr. pour promouvoir le passage des lois mettant fin à la ségrégation et donnant le vote aux Noirs, lois connues sous les noms de “Civil Rights Act of 1964” and “Voting Rights Act” de 1965.

Inexorablement, se met en place le déroulement des drames à venir. D’un côté le progressisme de la famille Kennedy et de l’autre “la réaction” de J.Edgar Hoover, premier directeur du FBI, qui le sera pendant 37 ans, qui concentrera de tels pouvoirs en ses mains qu’il fut en position d’intimider ou de menacer plusieurs présidents des États-Unis en poste. Ses méthodes de police le conduisirent à créer un programme secret connu comme “ COINTELPRO” dont à ce jour encore on n’a pas encore découvert l’étendue de ses exactions. Ce qui est certain, c’est que Martin Luther King Jr. était dans la ligne de mire du directeur du FBI.

Après l’assassinat de John F. Kennedy et celui de Robert Kennedy, Martin Luther King Jr continua à promouvoir des réformes auprès de la nouvelle administration du Président Lyndon Johnson. De nombreuses manifestations prirent place, à Selma, à Chicago entre autres. 

Avec le temps, la pensée de Martin Luther King Jr. évolua face à la résistance à voir la devise devenir réalité.

Il commence à parler de la nécessité d’un changement politique et économique. Mais il sait la surveillance dont il est l’objet de la part du FBI et sait également qu’il doit se garder d’être soupçonné de communisme.

La guerre du Vietnam consumait alors le pays mais ses proches conseillers le poussaient à ne pas intervenir dans le débat. Le faire, disaient-ils, irriterait le Président Johnson et compromettrait l’agenda des Droits Civiques. Mais Martin Luther King Jr. était déterminé et le 4 Avril 1967, il délivra un discours à l’église de Riverside à New York, discours connu aujourd’hui sous le titre de “ Beyond Vietnam: A time to break silence” ( Au-delà de la Guerre du Vietnam : il est temps de rompre le silence.) A cette occasion Martin Luther King Jr. déclara, visionnaire :

“ A true revolution of values will soon look uneasily on the glaring contrast of poverty and wealth. With righteous indignation, it will look across the seas and see individual capitalists of the West investing huge sums of money in Asia, Africa and South America, only to take profits out with no concern for the social betterment of the countries, and say: “This is not just”

“Une vraie révolution des valeurs nous amènera à regarder avec honte le contraste criant entre les pauvres et les riches. Avec une indignation juste, nous regarderont au-delà des mers et verront alors comment des capitalistes de l’Occident investissent en Asie, en Afrique, en Amérique du Sud dans le seul but d’en retirer des gains sans se soucier de l’amélioration sociale des pays, et nous dirons alors : “Ce n’est pas juste.”

Un an plus tard, presque jour pour jour, Martin Luther King Jr. sera assassiné à Memphis, Tennessee. Sa mort sonnera la fin du mouvement des Droits Civiques. Nixon, Reagan se succèderont pour donner naissance à cette société dans laquelle nous vivons aujourd’hui et que le discours de l’église de Riverside avait anticipée.

Le mouvement « Black Lives Matter » est le successeur du mouvement des Droits Civiques des années 60. Ce mouvement a appris de l’histoire et du danger de faire reposer une lutte sur un dirigeant si charismatique qu’il incarne à lui seul le mouvement. Aujourd’hui, « Black Lives Matter » est une masse porteuse d’un message, une coalition qui regroupe une jeunesse déterminée à affronter la réalité de nos sociétés: inégalités, pauvreté, racisme. Elle est porteuse du message de Martin Luther King Jr. proclamé par la diversité de sa coalition.

L’économiste conservateur Paul Krugman, prix Nobel d’économie, éditorialiste au New York Times a écrit en juin 2020 :

“ Reactionaries are having a bad month. They’ll become even more dangerous in the months ahead.”

« Les réactionnaires sont dans une mauvaise passe. Ils vont bientôt se montrer plus dangereux encore »

Le même jour dans le même journal, en première page, résumant les propos de Donald Trump, il était écrit : “ Talking as if This is a Country in the 1950s and not 2020’” ( Il parle comme si nous étions dans les années 50 et pas en 2020.) Tout est dit dans ces quelques phrases qui résument le défi permanent d’un monde en quête d’un mieux vivre ensemble.

Face à un mouvement spontané, Donald Trump a voulu faire appel à l’armée au nom du “Law and Order”, “le droit et l’ordre”. C’est une stratégie qui a pu fonctionner dans un passé pas si éloigné notamment quand il s’est agi de s’en prendre à des manifestations comme “Occupy Wall Street” en 2011, un mouvement dénonçant les abus du capitalisme financier. Alors, la répression policière violente a été tolérée par le public américain, sous un président démocrate (Barack Obama, notons-le au passage. 

A l’émergence du mouvement « Black Lives Matter » en 2013, les manifestants ont, eux aussi, dû affronter une répression policière violente. Aujourd’hui, nous assistons à un retournement dans l’opinion publique. « Black Lives Matter » ne porte plus une cause, il dénonce une exaction, un crime dont nous avons tous été les témoins. Il n’y a pas de contestation possible. Un homme a été assassiné sous la pression d’un genou d’un policier dont la mission est de veiller à l’ordre public. “Law and Order” ont été violés par celui en charge de les faire respecter. « Black Lives Matter » est devenu la voix, non pas seulement de ceux qui veulent bénéficier du “Credo”, mais de la grande majorité du pays qui refuse l’arbitraire, dans un pays où la Justice repose sur l’Habeas Corpus, le droit à justice. L’armée a dit clairement au Président Donald Trump qu’elle n’interviendrait pas. Les Maires et les Gouverneurs ont à leur tour déclaré refuser de s’en prendre aux manifestants et annoncer de profondes réformes de leur police, la ville de Minneapolis allant jusqu’à dissoudre son service de Police.

Guerre ou paix ? Comment l’Amérique sortira-t-elle de la crise qui la paralyse aujourd’hui ?

Les maux dénoncés par Martin Luther King Jr. sont aussi criants aujourd’hui qu’ils l’étaient hier, les mots prononcés par lui tout aussi porteurs d’espérance. Le rêve de Martin Luther King Jr. devient petit à petit, lentement mais surement, une réalité. Après l’horreur que nous avons tous vue, “la rue” a donné vie à ce rêve “de voir blancs et noirs se tenir par la main comme frères et sœurs”. Donald Trump arrivera-t-il à mobiliser ceux que Paul Krugman désignent comme de très dangereux réactionnaires qui peuvent se révéler plus dangereux encore dans la perspective d’une déroute électorale ?

Le mouvement-révolte parti une fois de plus des Etats-Unis répond aussi à cette pensée visionnaire de Luther King Jr. qui a vu dans la “globalisation” la source des injustices du 21ème siècle, porteuses de misère et de racisme.  “This is not just.”

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