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Football : la Superleague, une histoire de fric fou

Ce projet de compétition fermée porté par 12 des plus riches clubs de football européens a disparu aussi vite qu’il est arrivé. Entre fronde des supporters, réactions de présidents de clubs et dégoûts de nombreux joueurs, tout a basculé quand les dirigeants de Chelsea ont cédé face à la pression populaire, entraînant le départ des 11 autres dissidents avec eux. Un fiasco que beaucoup expliquent par « la lutte contre le foot-business » et « pour les valeurs inhérentes au sport le plus populaire du monde ». Mais que se cache-t-il vraiment derrière toute cette histoire de Superleague ?
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Chelsea, Arsenal, Tottenham, Manchester United, Manchester City, Liverpool, Milan AC, Inter, Juventus, FC Barcelone, Atlético Madrid et Real Madrid. Voici les noms de ces grands clubs qui ont décidé de faire sécession. Pourquoi ? Pour ne plus participer à la Ligue des champions qu’ils ne jugent plus suffisamment lucrative, et créer leur propre compétition à part. 

Attention, ce projet de Superleague européenne n’est pas nouveau. Il est utilisé régulièrement par les puissants pour faire pression sur l’UEFA à chaque réforme de la Ligue des Champions. Comprenez « si on n’a pas la plus grosse part du gâteau, on crée notre compétition entre clubs les plus riches ». Car les grands clubs, devenus des entreprises globales, sont confrontés aux rendements décroissants de leurs investissements toujours plus faramineux. Ils ne peuvent se permettre un aléa sportif qui menaceraient leurs revenus. Ce modèle fermé de Superleague à l’américaine, permet de mieux protéger les clubs les plus riches : générer plus de revenus, partagés par moins de clubs. 

Le président du Real Madrid s’est d’ailleurs exprimé en ce sens lors de l’annonce de la création de la Superleague : selon lui, cette rébellion des stars du football européen contre la compétition légendaire de la ligue des champions a été conduite pour « sauver le football ». 

S’ils ont poussé cette fois le caprice jusqu’au bout, tous ces arguments se sont heurtés à un mur : les supporters, les joueurs, les autres grands clubs et même les chefs d’Etat européens, ont dénoncé le projet.

Par exemple Gary Neville (ancien international anglais) : « C’est un acte criminel contre les fans, une honte, ce sont des escrocs. Qu’ils soient sévèrement punis. Des amendes dissuasives, des retraits de points, qu’on leur retire leurs titres ! » 

Mesut Ozil (champion du monde 2014 avec l’Allemagne) : « Les enfants rêvent de gagner le Mondial ou la Ligue des champions, pas n’importe quelle Super league. Le plaisir des grands matches, c’est qu’on en joue un ou deux dans l’année, pas toutes les semaines. » 

Benjamin Pavard :

Ou encore Ander Herrera (joueur du PSG) : « Je suis tombé amoureux du foot populaire, du foot des supporters, avec le rêve de voir le club de mon cœur jouer contre les plus grandes équipes. Si c’est Super League se concrétise, tous ces rêves vont disparaître. Les riches ont volé ce que les gens ont créé, et qui n’est rien d’autre que le plus beau sport de la planète. » 

Même son de cloche du côté des politiques. Boris Johnson a immédiatement condamné la création de cette Superleague. En France, l’Elysée ne s’est pas fait attendre pour sortir un communiqué : « L’Etat français appuiera toutes les démarches de la LFP, de la FFF, l’UEFA, et de la FIFA pour protéger l’intégrité des compétitions fédérales qu’elles soient nationales ou européennes. Le président de la République salue la position des clubs français de refuser de participer à un projet de super ligue européenne de football menaçant le principe de solidarité et le mérite sportif. »

Près de 24 heures après l’annonce de la création de la compétition, près de la moitié des équipes ont annoncé leur départ, les clubs anglais en premier. La coupe d’Angleterre est l’une des plus vieilles compétitions au monde. Les Anglais raffolent des compétitions nationales, auxquelles la Super League aurait mis un gros coup de frein ; les grands clubs n’ayant plus « besoin » de jouer les autres compétitions une fois dans leur compétition fermée. La Super League aurait appauvri toutes les autres compétitions en captant tout (argent, droits télés etc.). 

Les grands clubs, obnubilés par l’argent et les nouveaux publics à conquérir (notamment américains et chinois), ne se sont pas appuyés sur leurs supporters, qui se sont sentis trahis par leurs clubs de cœur. Alors privés du soutien de leurs fans, les clubs rebelles n’avaient aucune chance face à l’UEFA et à la FIFA. 

L’échec de ce « projet capitaliste » signifie-t-il pour autant « triomphe du football d’avant » ?

L’UEFA se positionne en victime et hurle au loup alors qu’elle paie en réalité aujourd’hui un processus engagé depuis longtemps… par elle-même. Car la Ligue des Champions est une compétition déjà quasiment fermée. Depuis sa création en 1955, l’instance européenne n’a cessé de réformer en ce sens. Il n’y a qu’à voir la dernière réforme de la C1 entrée en vigueur lors de la saison 2018-2019 : l’UEFA compte 55 fédérations membres (donc 55 pays européens) parmi lesquelles seules 11 sont assurées d’avoir au moins une équipe qualifiée chaque saison. Le projet de Superleague (avec 15 équipes assurées de participer sans cesse et avec 5 ou 6 pays représentés) était beaucoup plus néfaste, mais le processus était déjà engagé. 

Les réactions des politiques pour acclamer la beauté du sport et la force de la pression populaire (par exemple Nicolas Dupont-Aignan qui claironnait : « L’argent roi perd le match sur tapis vert ! Les supporters se sont battus pour faire triompher le sport, la preuve que partout où le peuple ose, il peut l’emporter ! », ou encore Jean-Michel Blanquer :

… en disent long. Le football n’est qu’un prétexte, évidemment. Mais comme l’UEFA, les politiques et les gouvernements dénoncent ce projet « clanique »… quand ce sont eux-mêmes qui organisent la concentration des pouvoirs et de l’argent en clan. Leur clan… Pendant que les supporters acclament, eux, un monde disparu.

L’échec de la Super League n’annonce pas un tournant dans l’histoire du football. Au contraire : elle n’a échoué que pour mieux imposer sa logique aux compétitions traditionnelles. 

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