Cet article fait partie du dossier Les luttes syndicales

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Construire des coopérations internationalistes : le modèle du syndicalisme international

Pour qu’une société humaine puisse perdurer elle doit avoir pour projet la coopération entre ses membres. Pourtant la mondialisation de la production et des échanges s’est largement développée sur la mise en concurrence des travailleurs et les normes qui les protègent. Elle transforme les équilibres sociaux-économiques et les modes de régulations en affaiblissant considérablement les États.

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Dans le monde entier, les droits des travailleurs sont attaqués

Assassinés, privés de liberté, poursuivis en justice, matraqués, empêchés de se défendre, les travailleurs et leurs représentants syndicaux, souffrent dans le monde entier. Marina Mesure, contributrice du Monde en Commun, a analysé et résumé le dernier rapport de la Confédération Syndicale Internationale. Elle relève que l'indice annuel sur la condition des travailleurs est en net recul depuis 7 ans. Un constat terrible qui n'épargne aucun continent.

La démocratie sur le lieu de travail est en crise. Pour sa nouvelle édition de l’indice des droits dans le monde, la Confédération Syndicale Internationale (CSI) dresse un constat accablant : les violations des droits des travailleurs et travailleuses n’ont jamais été aussi nombreuses depuis 7 ans. Toujours plus d’entraves à la négociation collective et au droit de grève. Des employeurs et gouvernements complices dans plusieurs pays d’instiller un climat de peur pour éviter la création de syndicats et pour démanteler les fondements du contrat social.  Des travailleurs et travailleuses de plus en plus exposés aux violences sur leur lieu de travail, à la précarisation des conditions de travail sont empêchés d’accéder à la justice.

Pour 99 % de la population mondiale, l’indice boursier déterminant la performance d’un marché a très peu d’intérêts, pourtant il berce notre quotidien. A l’inverse, pour 99 % de la population mondiale, un indice permettant de mesurer les violations des droits au travail a beaucoup de sens, mais n’a jamais existé. 

C’est pourquoi le syndicalisme international a décidé de développer un indice annuel basé sur 97 indicateurs issus des conventions et de la jurisprudence de l’OIT pour mettre en avant des informations relatives aux droits des travailleurs et travailleuses dans le monde et déterminer le triste palmarès des 10 pires pays pour les travailleurs. Cette année nous retrouvons des pays régulièrement en tête du classement tels que le Bangladesh, les Philippines, la Colombie, le Kazakhstan ou le Zimbabwe mais aussi de nouveaux pays comme le Honduras, l’Égypte ou l’Inde.

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Situation catastrophique au Moyen-Orient et en Afrique

Géographiquement, le Moyen Orient et l’Afrique de Nord restent les pires régions du monde pour les travailleurs. Aux Émirats arabes unis, dont 89 % de la main d’œuvre est étrangère, le système de la Kafala permet aux employeurs de confisquer les passeports de leurs salariés et de les poursuivre en justice pour toute tentative de fuite. Au Liban ou au Qatar, les associations humanitaires reportent régulièrement le sort terrible de travailleuses domestiques maltraitées, exploitées et piégées dans des situations de servitude. Les pays du Moyen Orient et d’Afrique du Nord entravent aussi considérablement la liberté d’association et le droit de grève. Ainsi, le gouvernement égyptien a interdit à 27 syndicats indépendants d’exercer leurs activités au cours de l’année. En Iran, des dizaines de travailleurs ont été battus et arrêtés dans la province d’Arak pour avoir participer à une manifestation pour l’amélioration de leurs conditions de travail. En Iraq, la police a carrément tiré à balles réelles sur des centaines de manifestants rassemblés pour une meilleure protection sociale et mettre fin à la corruption. Bilan, 600 morts.

Dans le reste de l’Afrique, les conflits internes qui ravagent de nombreux pays tels que le Burundi, la République Centrafricaine, la Somalie ou le Soudan privent des millions de travailleurs de protections fondamentales. Au Soudan par exemple les autorités ont récemment émis un décret pour dissoudre tous les syndicats et saisir leurs biens et avoirs. Le Sénégal a, de son côté, connu une recrudescence des violences à l’encontre des dirigeants syndicaux au cours des derniers mois et les grèves, manifestations dans le pays sont désormais interdites. En Afrique du Sud, plusieurs dirigeants syndicaux ont été assassinés, alors qu’au Zimbabwe plusieurs d’entre eux ont été enlevés et torturés. Violentes répressions également en Côte d’Ivoire à l’encontre des fonctionnaires de l’éducation nationale mobilisés pour l’augmentation des salaires.

Répression intolérable en Amérique et en Asie-Pacifique

La région Asie-Pacifique a aussi connu, cette année, son lot de violences extrêmes envers des travailleurs et syndicalistes. En Inde, plusieurs centaines de travailleurs ont été arrêtés lors de mobilisations sociales sans précédent qui ont réuni plus de 250 millions de personnes en Janvier. Même constat lors des mobilisations à Hong Kong, où 7000 manifestants ont été arrêtés arbitrairement. Autre exemple aux îles Fidji, les mobilisations syndicales, pour maintenir 2000 emplois au sein de la société de distribution d’eau (Water Authority of Fiji), ont aussi été sévèrement réprimées par les autorités locales.

L’Amérique a également été marquée cette année par la répression violente des grèves et des manifestations. Les gouvernements du Chili ou d’Équateur ont réprimés sévèrement des manifestations contre les politiques antisociales en déclarant l’état d’urgence et en restreignant les libertés individuelles et collectives. Dans un climat de peur et sous la menace constante des représailles, les dizaines de dirigeants syndicaux ont été assassinés au Brésil, au Honduras et en Colombie. En République dominicaine, les autorités n’ont pas hésité à utiliser des balles réelles contre des travailleurs du secteur de la construction, rassemblés pacifiquement pour de meilleures conditions de travail.

Lawfare en Europe contre des syndicalistes

L’Europe enfin ne fait pas exception, plusieurs pays européens ont limité les mouvements sociaux ce qui a conduit à de nombreuses arrestations arbitraires et à des actes de violences. En Belgique et en France plusieurs syndicalistes ont été poursuivis devant les tribunaux pour avoir organisés des manifestations sur la voie publique. Au Belarus, des dirigeants syndicaux de l’industrie électronique ont été poursuivis sur de fausses accusations d’évasion fiscale. Au total, 74 % des pays européens ont violé cette année le droit de grève. La Turquie reste aujourd’hui l’un des pays les plus dangereux au monde pour les syndicalistes.

La liberté de créer un syndicat et de négocier collectivement les conditions de travail constituent des droits fondamentaux internationalement reconnus depuis plus d’un siècle. Pourtant, à l’épreuve des faits, ces droits sont bafoués dans la plupart des pays du monde, ce qui met en péril la paix et la stabilité. Il convient donc de revenir au plus vite à l’esprit de Philadelphie (OIT déclaration Philadelphie, 1944) qui entendait faire de la justice sociale l’une des pierres angulaires de l’ordre juridique international en affirmant que « le travail n’est pas une marchandise », que « la pauvreté constitue un danger pour la prospérité de tous » et qu’ « une paix durable ne peut être établie que sur la base de la justice sociale ».  

Dans le même dossier

Le mouvement de syndicalisation initié l’année dernière à Starbucks ne cesse de gagner en ampleur malgré les tentatives du groupe, à la limite de la légalité, pour mettre fin à ces velléités syndicales. L’entreprise états-unienne s’est par ailleurs attirée les critiques de Bernie Sanders qui dénonce le comportement adopté par l’entreprise.
« D’après ce rapport, l’accord UE-Mercosur aurait une grande part de responsabilité dans la déstabilisation accrue des marchés agricoles. En effet, il occasionnerait « la plus forte importation de produits agricoles » sur des marchés déjà saturés et alors que les agriculteurs peinent déjà à vivre de leur métier. En échange, il prévoit la suppression des droits de douane sur 91% des biens exportés vers le Mercosur. À quel prix ? Outre l’accroissement des émissions de gaz à effet de serre qu’il provoquerait, un autre rapport d’experts évoque une hausse de 5 % de la déforestation du fait de l’augmentation de la production bovine » écrivait Jean-Luc Mélenchon en février 2021. Depuis la publication du rapport, une coalition internationale qui regroupe 450 organisations s’est constitués : un communiqué, des vidéos et des pétitions, ce projet d’envergure vise à s’opposer à l’accord de libéralisation du commerce UE – Mercosur. Plus de 2 millions de personnes ont déjà signé les pétitions pour s’opposer à ce projet écologiquement et socialement dévastateur.

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Marina Mesure

Syndicalisme international

Marina Mesure is a specialist of social issues. She has worked for several years with organizations defending workers’ rights such as the European Federation of Building and Wood Workers.

She has campaigned against child labor with the International Labor Organization, against social dumping and the criminalization of unionism. As a famous figure in the international trade union world, she considers that the principle of “equal work, equal pay « remain revolutionary: between women and men, between posted and domestic workers, between foreigners and nationals ».

Marina Mesure, especialista en asuntos sociales, ha trabajado durante varios años con organizaciones de derechos de los trabajadores como la Federación Europea de Trabajadores de la Construcción y la Madera.

Llevo varias campañas contra el trabajo infantil con la Organización Internacional del Trabajo, contra el dumping social, y la criminalización del sindicalismo. Es una figura reconocida en el mundo sindical internacional. Considera que el principio de « igual trabajo, igual salario » sigue siendo revolucionario: entre mujeres y hombres, entre trabajadores desplazados y domésticos, entre extranjeros y nacionales « .

Spécialiste des questions sociales, Marina Mesure travaille depuis plusieurs années auprès d’organisations de défense des droits des travailleurs comme la Fédération Européenne des travailleurs du Bâtiment et du Bois.

Elle a mené des campagnes contre le travail des enfants avec l’Organisation internationale du travail, contre le dumping social, la criminalisation du syndicalisme. Figure reconnue dans le monde syndical international, elle considère que le principe de « travail égal, salaire égal » est toujours aussi révolutionnaire : entre les femmes et les hommes, entre les travailleurs détachés et domestiques, entre étrangers et nationaux ».

Sophia Chikirou

Directrice de la publication

Sophia Chikirou is the publisher of Le Monde en commun. Columnist, director of a documentary on the lawfare, she also founded several media such as Le Média TV and the web radio Les Jours Heureux.

Communications advisor and political activist, she has worked and campaigned in several countries. From Ecuador to Spain, via the United States, Mexico, Colombia, but also Mauritania, she has intervened with progressive and humanist movements during presidential or legislative campaigns.

In 2007, she published Ma France laïque (La Martinière Editions).

Sophia Chikirou es directora de la publicación de Le Monde en commun. Columnista, directora de un documental sobre el lawfare, también fundó varios medios de comunicación tal como Le Média TV y la radio web Les Jours Heureux.

Asesora de comunicacion y activista política, ha trabajado y realizado campañas en varios países. Desde Ecuador hasta España, pasando por Estados Unidos, México, Colombia, pero también Mauritania, intervino con movimientos progresistas y humanistas durante campañas presidenciales o legislativas.

En 2007, publicó Ma France laïque por Edicion La Martinière.

Sophia Chikirou est directrice de la publication du Monde en commun. Editorialiste, réalisatrice d’un documentaire sur le lawfare, elle a aussi fondé plusieurs médias comme Le Média TV et la web radio Les Jours Heureux.

Conseillère en communication et militante politique, elle a exercé et milité dans plusieurs pays. De l’Equateur à l’Espagne, en passant par les Etats-Unis, le Mexique, la Colombie, mais aussi la Mauritanie, elle est intervenue auprès de mouvements progressistes et humanistes lors de campagnes présidentielles ou législatives.

En 2007, elle publiait Ma France laïque aux éditions La Martinière.

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