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La présidentielle française vue de l’étranger

Nous vous invitons à suivre ce dossier qui relatera la perception dans le monde de la campagne présidentielle en France. La campagne trouvera son épilogue les 10 et 24 avril 2022.

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Vu du Royaume-Uni : « Plus j’entends parler du programme de Mélenchon, plus je le soutiens »

The Guardian, quotidien britannique de centre-gauche, a publié un article sur le dernier meeting d’avant premier tour de Jean-Luc Mélenchon, sous le titre « Mélenchon présente un meeting en hologramme dans la dernière ligne droite des élections françaises ». Il souligne l’enthousiasme porté par ses militants et évoque la possibilité d’un passage au second tour du candidat de l’Union Populaire.

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S’exprimant mardi soir par hologramme dans de multiples villes à travers la France, Jean-Luc Mélenchon, homme politique radical de gauche qui souhaite faire dévier l’élection présidentielle de l’affiche promise au second tour, a déclaré à ses partisans que la victoire était à portée de main lors de son dernier meeting de campagne avant le premier tour.

Le candidat chevronné, qui progresse dans les sondages en occupant la troisième place, s’est décrit comme une tortue politique : lente mais avec le potentiel de battre les lièvres jusqu’à la ligne d’arrivée.

« Nous avons quelques jours. On peut toucher notre destin du bout des doigts, on sait que l’on peut réussir la plus incroyable bifurcation politique imaginable », a-t-il déclaré dans un discours de 90 minutes où il a abordé la philosophie, la littérature et un traité féministe du XVème siècle. « Il faut rompre avec la monarchie présidentielle et instaurer la souveraineté du peuple. Chacun a une responsabilité individuelle et personnelle pour le résultat de dimanche », leur a-t-il dit.

Mélenchon, 70 ans, a utilisé une technologie spéciale pour « apparaître » à 12 endroits en même temps mardi ; le vrai Mélenchon se trouvant dans la ville de Lille, au Nord de la France, cœur traditionnel de la gauche française. De leur côté, les hologrammes sont apparus dans 11 autres villes couvrant toute la France.

C’est la deuxième fois que cet outil hi-tech est utilisé par le chef de file de la France insoumise. Mélenchon, candidat pour la troisième fois à une élection présidentielle, avait utilisé le même procédé lors de la campagne de 2017. Son équipe de campagne s’est vantée d’avoir pour objectif que Mélenchon – le réel et l’éphémère – soit à moins de 250 km de chaque citoyen français en France métropolitaine.

Alors que le premier tour de l’élection présidentielle de 2022 se profile ce dimanche, Mélenchon est désormais le seul espoir de la gauche d’atteindre l’entre-deux-tours. Le soutien au Parti socialiste, jusqu’à présent majoritaire, s’est complètement effondré. Sa candidate, Anne Hidalgo, maire de Paris, risque de subir un score historiquement bas. Le candidat écologiste, Yannick Jadot, croupit à la sixième place. Emmanuel Macron est à 27 %, Marine Le Pen à 23 % et Mélenchon à 16,5 %, selon la dernière enquête d’opinion de l’Ifop.

Mélenchon est entré sur scène sur une musique techno avec la clameur du public, avant de parcourir les temps forts de son programme. Il a promis de faire de la France un pays non-aligné (avec un retrait de l’OTAN) tout en condamnant les tueries russes en Ukraine ; de mettre fin à la dépendance de la France vis-à-vis de l’énergie nucléaire ; de geler le prix du carburant et des biens de première nécessité ; d’abaisser l’âge de la retraite de 62 à 60 ans ; d’introduire un salaire minimum de 1 400 euros par mois et de lutter contre les pollutions auditives, de l’air entre autres. Il a également promis des mesures féministes, notamment la fin des féminicides endémiques – tous les trois jours en France, une femme est tuée par son partenaire ou ex-partenaire.

Le pouvoir, insistait Mélenchon, reviendrait au peuple. Sa méthode de gouvernement impliquerait un recours aux référendums citoyens, l’une des revendications du mouvement des gilets jaunes.

Mélenchon a également déclaré qu’il mettrait fin à la propagation de la malbouffe et provoquerait ce qu’il a appelé la « déglobalisation » ou la réindustrialisation du pays. « Ne me dites pas que nous ne pouvons pas fabriquer ici des chaussures, des chapeaux ou des jeans qui n’aient pas fait le tour du monde. Nous le pouvons », a-t-il affirmé. Une grande clameur est alors venue de la foule.

« Ce ne sont pas les chômeurs qui sont responsables du chômage, ce ne sont pas les malades qui sont responsables de la crise sanitaire, ce ne sont pas les pauvres qui sont responsables de la pauvreté », a-t-il déclaré. « Si nous arrivons au deuxième tour, nous sommes déterminés à changer le monde. C’est ce que nous ferons si nous gagnons cette élection. »

Il y a eu des attaques destinées à Macron et à l’extrême droite de Le Pen – tous deux censés passer au second tour. « On voit Mme Le Pen avec ses chats, ça m’ennuie, je n’ai qu’un cactus, ce qui n’est pas aussi bon pour Instagram », a badiné Mélenchon.

Les milliers de personnes qui faisaient la queue devant le Grand Palais de Lille étaient une foule hétéroclite de tous âges et de tous horizons, certains mélenchonistes convaincus, d’autres présents pour se forger un avis favorable ou non.

Marine Dhap, 32 ans, travaillant en freelance dans le marketing à Lille, a déclaré qu’elle avait déjà voté Mélenchon mais que c’était la première fois qu’elle le voyait. « Il occupe la troisième place et cette semaine sera décisive. C’est bonne nouvelle qu’il ne soit pas très loin dans les sondages donc il a toutes les chances d’être au second tour. Sa vision est la meilleure de la gauche et j’aime son programme qui est pour un système plus humain incluant un plus grand partage des richesses. Il a aussi de très bonnes idées sociales et égologiques.

Oliver Genty, 62 ans, ancien conducteur de train SNCF, résident la périphérie lilloise, a déclaré avoir soutenu Mélenchon lors de plusieurs élections. « [Mélenchon] est le seul qui soit pour les travailleurs et pour les gens ordinaires alors que Macron vient du monde de la finance », pense-t-il. « Je crois qu’il pourrait se retrouver au deuxième tour. »

Genty regrettait qu’il y ait « trop de partis de gauche » qui divisent le vote. « J’aurais préféré qu’il fasse une alliance avec les socialistes et le Parti communiste. » Genty a ajouté qu’en cas de second tour entre Le Pen et Macron, il voterait pour Macron. « Je me sentirai obligé de voter contre l’extrême droite. »

Fabienne Courmont, 60 ans, femme de ménage, a déclaré qu’elle aurait du mal à voter pour Macron. « Je ne voterai pas pour Marine Le Pen mais l’idée qu’elle puisse gagner me fait peur. Si je vote, ce ne sera pas pour Macron, ce sera contre elle. »

Antonio Messana, 51 ans, documentaliste, Christelle Goffard, 49 ans, sociologue et Julie Vanhoye, 44 ans, sans emploi, avaient fait le déplacement depuis Dunkerque, à une heure de route, pour voir le charismatique leader de la gauche radicale, connu pour sa grande éloquence fougueuse.

« Je suis déjà convaincu par ses idées. Il est le seul qui nous donne de l’espoir ; il est intelligent et positif, pas comme les autres candidats. J’espère qu’il passera au second tour. Je suis optimiste », a dit Messina.

« Je suis attiré par ses idées sociales et écologiques, en particulier celle qui permettrait d’avoir un partage plus équitable des richesses », a ajouté Goffard. « J’aimerais qu’il parle des droits des femmes. »

Vanhoye affirme qu’elle n’est pas encore convaincue et hésite entre le candidat communiste, Fabien Roussel, et Mélenchon. « Je suis venue écouter », dit-elle.

Jean-Marc, enseignant de 65 ans, a déclaré avoir été auparavant électeur du Parti socialiste mais ne voyait pas l’intérêt de voter pour un candidat sans aucune chance. « Je voterai pour lui au premier tour dans l’espoir qu’il passe et qu’on ait un vrai débat gauche-droite au second. Mais si Mélenchon accède au second tour, il devra assouplir son positionnement [radical] pour séduire d’autres personnes à gauche. »

Marthe Bouganim, 27 ans, qui travaille pour une association de défense des droits de l’homme à Lille, était venue avec trois amies. « J’ai voté pour Mélenchon en 2017 et j’ai l’impression qu’il y a plus d’équipe derrière lui cette fois. Il n’est plus ce one-man show ; il est entouré de personnes intéressantes. »

Mélenchon fait campagne depuis l’automne 2020, plus longtemps que tout autre candidat à la présidentielle, c’est donc peut-être la fatigue qui a rendu son discours moins incendiaire que ce à quoi ses partisans s’attendaient. Le meeting s’est terminé par une interprétation de la Marseillaise.

Manon Aubry, soutien de Mélenchon et coprésidente du Groupe de la Gauche au Parlement européen, a déclaré que Mélenchon se situait désormais dans la « marge d’erreur » des sondages d’opinion, ce qui signifie qu’il avait une réelle chance d’accéder au second tour. Elle a déclaré que le défi était de mobiliser les électeurs dans les quartiers populaires où le soutien à Mélenchon est fort. « Notre objectif est de montrer qu’aller voter peut faire la différence », a-t-elle déclaré.

Mona Rose, 24 ans, étudiante à Sciences Po à Lille, a ajouté : « La majorité des jeunes que je connais voteront pour Mélenchon ou ne voteront pas du tout. » Elle a déclaré que l’idée d’un autre second tour Le Pen contre Macron la mettait « très en colère ».

« Plus j’entends parler du programme de Mélenchon, plus je le soutiens. Si tout le monde ici convainc quelques personnes autour d’eux, il pourrait passer au deuxième tour. Je vais essayer de le faire jusqu’à dimanche. »

Pour lire l’article original du Guardian

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