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La présidentielle française vue de l’étranger

Nous vous invitons à suivre ce dossier qui relatera la perception dans le monde de la campagne présidentielle en France. La campagne trouvera son épilogue les 10 et 24 avril 2022.

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Vu d’Espagne : Des législatives pour limiter le présidentialisme

« Les partis négocient des alliances à toute vitesse pour améliorer en juin leur représentation à l’Assemblée nationale. » Dans un article d’Enric González, publié dans le quotidien espagnol El País, l’enjeu des législatives est présenté. Les partis politiques ont lancé une course aux alliances afin de mieux aborder le scrutin.

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Le défilé électoral français ne s’arrête plus. Emmanuel Macron aura peu de temps pour savourer sa victoire : la campagne pour les législatives de juin a déjà commencé. En quelque sorte un troisième tour des présidentielles. Il semble difficilement envisageable pour le président réélu qu’il obtienne une majorité absolue comme il y a cinq ans. Les Français, y compris parmi ses électeurs, veulent le voir battu et obligé de composer avec une « cohabitation » avec une Assemblée nationale et un Premier ministre hostiles. À droite comme à gauche se négocient des alliances à toute vitesse.

Jusqu’à présent seul deux sondages existent, mais ils s’accordent pour dire que les Français ne veulent pas d’un Macron vivant un mandat tranquille. Sa présidence « jupitérienne », verticale et personnifiée, exercée grâce à une majorité absolue à l’Assemblée nationale (308 des 577 sièges), est mal perçue par ses électeurs.

63 % des sondés, selon Opinionway, et 56 % selon Ipsos, préfèrent que l’Assemblée et le Gouvernement restent aux mains de Marine Le Pen (extrême droite) ou Jean-Luc Mélenchon (gauche populiste). Presque 40 % des votants d’Emmanuel Macron au second tour se déclarent également favorables à une « cohabitation » qui limite de façon drastique les pouvoirs présidentiels.

La majorité tient à ce que Macron ne bénéficie pas d’un mandat sans encombre

Pour que ces souhaits puissent se réaliser, il est nécessaire de construire des alliances, à droite comme à gauche. Les partis politiques ont commencé à se parler et à formuler des propositions via les réseaux sociaux. Il y a urgence, le vote ayant lieu les 12 et 19 juin. Mais il y a également plusieurs obstacles.

Chez l’extrême droite, les difficultés ne sont pas d’ordre programmatique. Elles sont uniquement personnelles. Éric Zemmour, le polémiste, a provoqué une scission du Rassemblement national et s’est présenté comme un candidat à la présidence au premier tour, en compétition directe avec Marine Le Pen. Il n’a pas été avare en commentaires acerbes pendant le décompte des voix et a rappelé que la famille Le Pen ne faisait rien de plus que d’accumuler les défaites.

Dans la foulée, pourtant, il a réclamé une « alliance entre toutes les droites, entre les classes populaires et la bourgeoisie patriotique ». La coalition entre le Rassemblement national, Reconquête (le parti de Zemmour) et une partie de la droite traditionnaliste n’est, aux yeux de Zemmour, « pas une option mais une nécessité ». « Oublions nos querelles » a-t-il ajouté.

Marion Maréchal-Le Pen, nièce de Marine Le Pen qui est partie pour Zemmour a même révélé un calcul très optimiste sur le nombre de sièges qu’obtiendrait une extrême droite réunifiée. Selon elle, sans une coalition déjà baptisée ‘Union nationale’, l’extrême droite n’obtiendra pas plus de 13 députés, à peine plus que les sept actuellement élus, demeurant ainsi dans une position marginale.

La coalition pourrait au contraire atteindre, selon ses calculs (encore une fois, très optimistes) de 148 députés. Maréchal-Le Pen a parlé de la « responsabilité immédiate » et du besoin de constituer la première force d’opposition à l’Assemblée comme seule garantie permettant de « sauver la France ».

C’est ce qui se dit dans le camp de Zemmour, lui qui n’a obtenu que 7 % des voix. Dans le camp lepeniste, il y a du mépris envers ces transfuges. « Nous ne voulons pas nous enferrer dans une alliance avec Reconquête » affirme Jordan Bardella, président du Rassemblement national et bras droit de Marine Le Pen. En réalité, Le Pen souhaite écraser sa nièce rebelle et Zemmour pour contraindre Reconquête à la dissolution.

Pour Marine Le Pen comme pour son père Jean-Marie Le Pen, difficile d’oublier les offenses. Mais une autre approche plus pragmatique ne peut être écartée face à des besoins électoraux.

De l’autre côté de l’échiquier politique, Jean-Luc Mélenchon, fondateur et leader de La France insoumise, se montre déterminé à former une coalition des gauches sous le nom de l’Union Populaire. Mais Mélenchon, renforcé par son bon résultat au premier tour (21,9 %) exige que tout rapprochement se fasse sous ses conditions.

Peu de difficultés sont à attendre du Parti communiste. Europe Écologie les Verts démontre une volonté d’écarter ses différences avec Mélenchon (surtout liées à l’Union européenne et à la politique internationale) afin de créer une union de gauche aux législatives.

Aux socialistes et aux républicains, c’est un sombre avenir qui les attend

Et le Parti socialiste ? Un sombre avenir lui tend les bras. Mélenchon se refuse pour le moment à négocier avec les socialistes, ou ce qu’il en reste, ne les considérant pas comme une partie de la gauche. Le premier secrétaire du PS, Olivier Faure, espère que Mélenchon pourra attribuer au parti un peu d’espace et une poignée de sièges. Mais Anne Hidalgo, maire de Paris et grand échec en tant que candidate à la présidence de la République (1,7 % des voix), rejette tout rapprochement avec les insoumis.

Dilemme républicain

Chez les républicains, presque aussi soufflés que les socialistes, il y a le risque d’un sauve-qui-peut. Plusieurs cadres haut-placé, pas encore partis chez Emmanuel Macron, considèrent qu’ils feraient mieux de suivre la voie ouverte par Nicolas Sarkozy. Compte tenu du résultat de dimanche, il convient de profiter de l’offre de rapprochement lancée par le président actuel et de s’intégrer sous une forme ou sous l’autre de la République en Marche.

D’autres affirment que l’implantation locale du parti leur permettra de garder un groupe propre et un minimum d’autonomie à l’Assemblée. Le risque, élevé, est celui d’une nouvelle scission et d’une disparition du parti.

Enfin, il revient à Emmanuel Macron de diriger ses troupes vers une nouvelle victoire. La plus difficile. Son parti, la République en Marche, n’a pas réussi en cinq années une véritable implantation locale, et peu de députés ont pu faire briller une identité propre.

En général, les candidats macronistes sont perçus comme de simples subalternes du président. C’est ce qui a mené au succès de 2017, lorsque Macron rimait encore avec enthousiasme. Aujourd’hui, face à une situation paradoxale d’un président à la fois réélu et hautement populaire, cela pourrait mener à un échec de la campagne.

Une deuxième récolte des transfuges des Républicains, des élus qui connaissent mieux les électeurs de chaque circonscription, et sans doute de quelque député socialiste réputé dans sa zone, pourrait améliorer les chances de victoire électorale pour la République en Marche. Un mouvement peu structuré et indéfini idéologiquement qui a besoin de gagner. Dans le cas contraire, Emmanuel Macron, privé de sa majorité à l’Assemblée et avec un Premier ministre opposé à ses idées, pourrait se transformer en un « canard boiteux » pendant son deuxième mandat.

Pour lire l’article original d’El País

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