Afghanistan

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Les discours dominants sur la victoire des talibans restent le plus souvent cantonnés à une posture morale interdisant de comprendre comment on en est arrivé là. Sauf à accepter que les mêmes politiques internationales absurdes continuent à être mises en œuvre, ou qu’aucune leçon de cette déroute ne soit tirée concernant la politique de la France au Sahel, la tragédie que représente pour des milliers de personnes le retour des talibans doit être analysée rationnellement. Chercheur associé à l’IRIS, ex-attaché politique près la Commission européenne au Pakistan (2002-09), Georges Lefeuvre est spécialiste de l’arc de crise Afghanistan-Pakistan-Inde. Anthropologue et linguiste de formation, il totalise six ans de séjour dans les zones tribales à la frontière afghano-pakistanaise, ou se joue une large part du destin de la région.
Les discours dominants sur la victoire des Talibans auront interdit une analyse à grande échelle de ses tenants et aboutissants. Le schème est connu : il ne sera pas dit que les droits humains sont bafoués sans que nous nous indignions ! Les images bouleversantes de femmes, d’hommes, d’enfants tentant de fuir un nouveau régime dont ils savent trop de quoi il est capable font le reste.
La victoire des talibans en Afghanistan déclenche légitimement un flots de commentaires et l’angoisse y domine, à juste titre. Engagé dès la première heure contre cette intervention militaire des USA (soi-disant en réplique aux attentats du 11 septembre 2001), je suis d’autant plus révolté contre le résultat final de ces vingt ans de guerre. J’ai déjà dit que j’avais chaleureusement applaudi la défaite des USA au Vietnam. Leur défaite (cette fois-ci encore), par contre, ne me procure qu’affliction et colère contre eux et je ne veux pas m’en cacher. Elle me soulève de dégoût pour ceux qui ont conduit les évènements jusqu’à ce point. Car tout était hautement prévisible depuis le premier jour.
Kaboul est tombée et il n’aura fallu que quelques semaines aux talibans pour balayer l’armée afghane financée et formée par les États-Unis durant vingt ans. Pour rappel, le régime communiste avait survécu trois années au retrait de l’Armée rouge. Mais le désastre afghan, au-delà d’une défaite ponctuelle, signe le fiasco de « la guerre contre le terrorisme ».

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