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Répression, dérive autoritaire : que reste-t’il de l’esprit des droits de l’Homme en France ?

Le mouvement des gilets jaunes qui s'est étendu sur plusieurs dizaines de week-ends est aussi le moment de l'escalade de la répression en France. Si elle était déjà expérimentée dans les banlieues, les images de violence ont été banalisées en étant reprises par les chaines d'information en continu. Un an après cette analyse passionnante publiée dans Foreign Policy, le gouvernement est sur le point de faire passer la loi sécurité globale. Portée par Gérald Darmanin, il s'agit d'un nouveau tour de vis porté aux libertés publiques puisqu'il restreint drastiquement la liberté d'informer.

Cet article a été publié par Pauline Bock dans Foreign Policy, le 29 novembre 2019

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Le mouvement des gilets jaunes a ponctué plusieurs dizaines de samedis. Il s’agit aussi du moment de l’escalade de la répression en France. Si la répression était déjà expérimentée dans les quartiers populaires, les images de violences exercées par les forces de l’ordre ont été banalisées en étant reprises par les chaines d’information en continu, des semaines durant. Un an après cette analyse publiée dans Foreign Policy en 2019, le gouvernement est sur le point de faire adopter la loi sécurité globale. Portée par Gérald Darmanin, il s’agit d’un nouveau tour de vis porté aux libertés publiques puisqu’il restreint drastiquement la liberté d’informer. Son article 24 est particulièrement problématique : il rend passible d’un an de prison et de 45 000 euros d’amende la diffusion de « l’image du visage ou tout autre élément d’identification » d’un policier lorsque celle-ci a pour but de porter « atteinte à son intégrité physique ou psychique ». Cet article largement adopté créé un délit d’intention difficile à déterminer et est largement contesté par les associations, syndicats et députés, notamment ceux de la France insoumise. La loi sécurité globale commémore d’une bien triste manière les gilets jaunes. Avec l’article 24, que reste-t-il de cet article ? Que reste-t-il des alertes de David Dufresne ?

Patrice Philippe ne peut se défaire d’un « sentiment d’injustice » puisqu’il a perdu son œil droit à cause d’une arme de police lors de la toute première manifestation à laquelle il a participé, le 8 décembre 2018. « Ce jour-là, ma vie a pris un virage à 180 degrés », a-t-il déclaré à Foreign Policy. « En tant que transporteur, sans mon œil, j’ai automatiquement perdu ma licence, mon emploi, ma source de revenus. Puis ma partenaire est parti ». Alors que le mouvement du gilet jaune marque sa première année d’existence, Philippe reste incapable de travailler, ou de passer à autre chose : « J’ai l’impression de ne pas pouvoir recommencer à zéro ».

Le camionneur de 49 ans était venu à Paris depuis Lons, dans le sud-ouest de la France, pour marcher avec le mouvement des gilets jaunes, une révolte sociale spontanée qui avait commencé un mois plus tôt en opposition à la politique du président français Emmanuel Macron, dont les manifestants disent qu’elle ne favorise que les riches. Philippe se dirigeait vers la sortie de la marche qui, selon lui, avait pris un tour « violent », quand son œil a été touché par une balle en caoutchouc tirée par un fusil LBD 40, une « arme de force intermédiaire » fréquemment utilisée par la police française dans les opérations de maintien de l’ordre.

Il est interdit en France de viser la tête ou les parties génitales de quelqu’un avec une telle arme. Son utilisation est interdite en Autriche, en Irlande, en Finlande, en Norvège, en Suède, au Danemark et au Royaume-Uni, et autorisée dans seulement deux des seize États allemands.

Depuis novembre 2018, de telles balles sont régulièrement utilisées par la police française, aux côtés de grenades GLI-F4 (contenant chacune 25 grammes de TNT) et de gaz lacrymogène. Ces armes ont causé un nombre ahurissant de blessures graves ou mortelles chez des manifestants comme Philippe.

En novembre 2019, 315 personnes ont été blessées à la tête, entraînant pour certaines une fracture du crâne ou de la mâchoire ; 25 ont perdu un œil ; cinq ont perdu une main ; et une femme est décédée des suites de blessures causées par une grenade, selon le journaliste français David Dufresne, qui a tenu un compte méticuleux des blessures pour le site d’information Mediapart. Un tiers des blessures aux yeux causées par les armes de la police en France au cours des 20 dernières années sont survenues lors de manifestations contre les gilets jaunes, estime Dufresne. Le gouvernement français a déclaré que les armes des gilets jaunes ne sont « à aucun moment » utilisées contre les manifestants « s’ils ne commettent pas de violences physiques ».

Vous pouvez lire l’article en intégralité sur Foreign Policy

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