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La Paix

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Les Israéliens de gauche n’en peuvent plus

Ils vivent dans un des pays les plus militarisés au monde, ils subissent depuis des années la pression des fondamentalistes religieux et de la droite la plus réactionnaire. Les Israéliens de gauche, ceux qui croient en une paix juste et veulent mettre fin à la colonisation, aimeraient qu'on les écoute. En attendant, ils fuient Israël.

Ce texte a été publié le 21 juin 2020 sur RTBF.BE sous le titre : "Des Israéliens engagés pour la paix quittent leur pays : "Il n’y a plus de place pour nous en Israël"

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Un aller simple Tel Aviv-Bruxelles. C’est le billet qu’Eitan et Eléonore Bronstein ont acheté il y a quelques mois, en compagnie de leur fils de trois ans. A 60 ans, Eitan a pourtant passé pratiquement toute sa vie en Israël. Il y a étudié, y a fait l’armée, y a travaillé. Eléonore y a vécu 15 ans comme chercheuse et militante.

Tous deux se sont battus pour faire évoluer le regard des Israéliens sur leurs voisins Palestiniens, leur histoire et sur la manière dont Israël se comporte en puissance coloniale dans la région. Un combat devenu au fil du temps de plus en plus difficile, de plus en plus dangereux, de plus en plus désespéré.

Menaces de mort

« On a assisté ces dix dernières années à un rétrécissement des paroles alternatives en Israël, constate Éléonore. On a reçu des menaces de morts. Des portraits de collègues d’autres ONG ont été affichés à de Tel Aviv, avec la mention ‘Traître’, leurs coordonnées et des menaces de mort. Travailler pour les droits humains, c’est considéré comme un acte déloyal à Israël. Si on ne soutient pas le projet sioniste tel qu’il est mené aujourd’hui, on serait déloyal au pays.« 

Et il n’y a pas de perspective d’une évolution significative : l’opposition politique aux différents gouvernements conduits par Benjamin Netanyahou ne propose pas de réelle alternative sur ces questions. La paix, même pour les partis de gauche, n’est plus un sujet porteur. L’actuel projet d’annexion de la Cisjordanie occupée ne suscite que peu de débats.

Un tank en rouleaux de papier toilette

Eléonore et Eitan Bronstein ressentaient cet étouffement progressif de leur parole depuis longtemps. Mais un événement a provoqué le signal d’un départ urgent du pays, pour eux et leur fils de moins de trois ans. C’est un détail presque banal, un bricolage d’enfant. Eléonore y a vu un signal d’alarme.

« Un jour, je suis allée récupérer Hadrien au jardin d’enfants, raconte-t-elle. L’école était entièrement décorée de drapeaux israéliens et de cartes d’Israël comprenant les territoires palestiniens. Arrivée en classe, je manque de tomber lorsque je découvre que, comme activité manuelle, a été proposé aux enfants de fabriquer des tanks en rouleaux de papier toilette. Des tanks de guerre, avec le drapeau israélien.« 

« J’ai vu la directrice, qui ne comprenait pas pourquoi j’étais choquée. Et face aux autres parents, je me suis sentie seule au monde. Ce jour-là, j’ai dit à Eitan : je vais partir, je ne vais pas élever mon fils ici. C’était la ligne rouge.« 

« Moi, je pouvais vivre là en tant qu’adulte qui fait des choix conscients. Mais je ne voulais pas que mon fils soit confronté à un décalage permanent entre ce qu’on dit à la maison et ce qu’il allait entendre à l’école, chez les copains, dans la rue et dans les livres pour enfants. Je voulais qu’il grandisse comme une enfant comme les autres.« 

Une présence militaire normale

En tant qu’Israélien depuis sa petite enfance, Eitan a vécu différemment cet épisode du bricolage militariste à l’école maternelle. « La différence entre nous, c’est que j’ai l’habitude de ce genre de chose. Quand j’ai vu les tanks, bien entendu, ça m’a attristé et fâché. Mais pour moi, c’est normal. L’armée amène parfois de vrais tanks en ville pour permettre aux familles de monter et jouer dessus.« 

« Cette présence militaire dans nos vies depuis l’enfance est normale en Israël. Mais j’ai compris la réaction d’Eléonore. Je l’ai soutenue pour rechercher autre chose à Bruxelles.« 

Il y a toute notre vie dans dix valises

Ce soir-là, Eléonore a allumé son ordinateur et a commencé à chercher des opportunités d’emploi ailleurs : »Je savais que ce serait à Bruxelles. C’est là que j’avais envie d’établir ma famille. Six mois après, j’étais recrutée. On a déménagé avec 10 valises. Il y a toute notre vie dans 10 valises. Tout ça s’est fait très rapidement. Et il n’y a pas un jour où je regrette d’avoir fait ce choix. Mon fils grandit à Ixelles. Il parle de chevaliers et de dragons avec ses copains, et c’est bien comme ça.« 

« Eitan m’a fait le plus beau des cadeaux en acceptant de quitter Israël, sourit Eléonore. Je sais ce que ça signifie pour lui. C’est aussi un aveu d’échec. Ça veut dire qu’on n’arrive pas à trouver notre place en tant que militants progressistes, anticolonialistes, dans cette société.« 

La peur de « se faire casser la gueule »

Eléonore reconnaît cependant qu’ils ont toujours pu exprimer leurs points de vue, mener des actions dans la rue, aller à la télévision, dire des choses radicales sur le colonialisme israélien. Elle a parfois craint de « se faire casser la gueule« , mais ça n’est jamais arrivé.

Leur démarche était précisément de faire entendre un récit alternatif, une histoire qui suscite un rejet spontané lorsqu’elle est racontée par des Palestiniens. Venant d’Israéliens, la possibilité d’écoute, d’identification est plus grande. Mais cette démarche a un prix pour ceux qui la portent, celui d’être considérés comme des traîtres à leur pays.

« Il y a une réelle stigmatisation des militants« , déplore Eléonore. « Il y a des appels au meurtre sur les réseaux sociaux, avec des menaces sur les enfants de ces gens. C’est très violent. Il y a de moins en moins de place pour des gens comme nous. Ça ne veut pas dire qu’il n’y en a plus.« 

L’hémorragie des militants et des intellectuels de gauche

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