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L’Empire vacille : le monde entre ironie et inquiétude

Il était 14h30 à Washington D.C, 20h30 en France et les images ont commencé à affluer : des manifestants revêtant pour certains des insignes et des costumes faisant référence à l'extrême droite envahissaient le Capitole pour empêcher la certification de Joe Biden par le Congrès. Une certification qu'ils ont réussi à empêcher pendant six heures. Les responsables politiques ont pour beaucoup réagi à cet événement, certains plus vite que d'autres. Le Monde en Commun revient sur ces quelques heures qui ont secoué les États-Unis et synthétise un certain nombre de réactions.
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Donald Trump achèvera son mandat le 20 janvier 2021. Les derniers mois de sa présidence auront été marqués par des menaces d’entrave au processus démocratique, un refus de reconnaître sa défaite jusqu’à la séquence insurrectionnelle dont il a de long mois durant préparé le terrain, l’après-midi du 6 janvier 2021.

430 tweets par seconde selon Visibrain, une plateforme de veille des réseaux sociaux. CNN a également annoncé que davantage de personnes avaient suivi leur chaine que lors du 11 septembre 2001 (cette donnée est surtout symbolique, il est également plus simple d’écouter CNN en 2021 qu’en 2001 pour les téléspectateurs du monde entier avec internet). La journée du 6 janvier 2021 restera dans l’Histoire comme la triste journée où des insurgés, dans la lignée de QAnon, la mouvance complotiste proche de Donald Trump, et proches ou membre des Républicains auront envahi pendant plusieurs heures le Capitole. Ils ont perturbé et temporairement empêché la séance de certification de Joe Biden, une séance qui a pu reprendre six heures plus tard. Une femme est morte, touchée par balle.

« Les partisans de Trump ont pénétré dans le bâtiment du Capitole, démolissant 4 couches de clôtures de sécurité et tentent d’occuper le bâtiment – combattant la police fédérale qui est envahie C’est la chose la plus folle que j’aie jamais vue de ma vie. Des milliers, la police ne peut pas les arrêter. »
« Photo du Sénat en ce moment. « Où est Pence, montre-toi ! » crie de manifestant »

Cette séquence insurrectionnelle résulte de plusieurs mois pendant lesquels Donald Trump a déclaré qu’il refuserait de reconnaître la victoire de Joe Biden ou que le scrutin avec le vote électronique serait nécessairement un scrutin truqué. Malgré la victoire de Joe Biden, le mal était fait et les supporters les plus ardents de Donald Trump incapable d’envisager l’alternance politique. Alexandria Ocasio-Cortez a par exemple déclaré à propos de certains républicains : « Vous avez poussé les insurgés et attaqué sans fondement nos élections. Vos actions ont alimenté une émeute et vous avez collecté des fonds dans le chaos. Cinq personnes sont mortes ». Elle reproche également que Donald Trump n’ait pas immédiatement fait envoyer la garde nationale : « les affrontements ont commencé vers 13h20. La brèche s’est produite (à peu près) vers 2/2: 30. Vers 15h38, le conseil de DC a tweeté que sa demande de garde nationale était REFUSÉE » détaille l’élue.

Les polémiques sont également nombreuses : des élus et personnalités politiques dénoncent la faiblesse des forces de l’ordre, certains policiers ayant par exemple réalisé des selfies avec des manifestants. Des historiens ont remis en perspective le rôle de la police dans les situations proches de celles du coup d’État.

Aux quatre coins du globe, les réactions ont été nombreuses : des réactions politiques, diplomatiques, de l’humour (beaucoup), des analyses plus à froid qui remettent en perspective cette séquence, nous vous proposons un tour d’horizon des réactions et de leur réception.

Aux États-Unis tout d’abord, les réactions ont fusé tout au long de la soirée et continuent à être nombreuses. Les anciens présidents ont tous condamné les violences. Les élus présents à l’intérieur du Capitole ont également été nombreux à communiquer : tout d’abord pour indiquer qu’ils n’étaient pas en danger mais aussi pour donner leur analyse de la situation.

« Ce dont nous avons été témoins hier n’était pas de la dissidence – c’était du désordre. Ce n’étaient pas des manifestants – c’étaient des émeutiers, des insurgés et des terroristes nationaux. J’aurais aimé pouvoir dire que nous ne pouvions pas le voir venir, mais ce n’est pas vrai. Nous aurions pu. »

Plusieurs élus ont désavoué Donald Trump et mis en lumière son rôle dans ce qui s’est passé le 6 janvier.

« L’homme directement responsable du chaos d’aujourd’hui est Donald Trump, qui a clairement indiqué qu’il ferait tout pour rester au pouvoir – y compris l’insurrection et l’incitation à la violence. Trump restera dans l’histoire comme le président le plus mauvais et le plus dangereux de l’histoire. »
« L’attaque insurrectionnelle d’aujourd’hui contre le Capitole américain a été incitée par les mensonges empoisonnés de Trump et l’attaque flagrante contre notre Constitution. Le GOP doit abandonner et désavouer Trump une fois pour toutes, mettre fin à ses attaques contre le processus électoral et s’engager pleinement en faveur du transfert pacifique du pouvoir. »

Certains républicains ont démissionné ou fait le choix de mettre des distances avec le président sortant. Un éloignement un peu tardif ? Certains analystes estiment en effet que ces démissions interviennent trop tard, la catastrophe du 6 janvier n’étant que la conséquence de l’ambiance instaurée par Donald Trump.

« Sauter du train Trump seulement * après * le récit insensé du vol électoral qui s’est terminé par une catastrophe est plus pathétique que louable. »

La communauté internationale a également réagi. Des institutions aux personnalités politiques et élus, les messages de condamnation ont afflué tout au long de la soirée, la voix de la France se faisant néanmoins particulièrement attendre.

Le secrétaire général de l’OTAN a déclaré :

« Scènes choquantes à Washington, DC Le résultat de cette élection démocratique doit être respecté. »
« Ce qui se passe aux États-Unis est un signe d’avertissement pour le monde. L’extrême droite ne s’intéresse pas à la démocratie et est capable des pires violences. Nous devons lutter fermement contre leur discours de haine et défendre la démocratie et la paix. Solidarité avec le peuple américain. »
« Le Venezuela exprime sa préoccupation face aux actes de violence perpétrés dans la ville de Washington, aux États-Unis; condamne la polarisation politique et espère que le peuple américain pourra ouvrir une nouvelle voie vers la stabilité et la justice sociale. »

La réaction d’Emmanuel Macron s’est faite attendre pendant plusieurs heures. « Quand, dans une des plus vieilles démocraties du monde, des partisans d’un président sortant remettent en cause, par les armes, les résultats légitimes d’une élection, c’est une idée universelle – celle d’un homme, une voix – qui est battue en brèche », a-t-on pu entendre vers 3 heures du matin dans l’allocution diffusée sur les réseaux sociaux.

Plusieurs élus avaient réagi bien plus tôt dans la soirée. C’est par exemple le cas de Boris Johnson.

« Scènes honteuses au Congrès américain. Les États-Unis sont partisans de la démocratie dans le monde et il est désormais vital qu’il y ait un transfert de pouvoir pacifique et ordonné. »

Les élus de La République en Marche ne sont pas en reste pour ce qui est des réactions ad hominem, qui permettent de régler des comptes. De Jean-Luc Mélenchon aux gilets jaunes, la situation à Washington leur permet avant tout de dénigrer la France insoumise et le mouvement populaire qui pendant des semaines durant s’est exprimé en France.

Au-delà de ces réactions, certains ont également fait le choix d’ironiser sur la situation.

L’Iran, la Russie et la Chine ont fait la leçon aux Etats-Unis. Le président iranien Hassan Rohani a par exemple déclaré que « la démocratie occidentale est fragile et vulnérable ». La diplomatie russe n’a également pas manqué de jeter de l’huile sur le feu en déclarant par l’intermédiaire du président de la commission des Affaires étrangères du sénat russe, Konstantin Kosatchev que « la démocratie américaine boîte des deux pieds ». La porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères, Hua Chunying, a poussé l’ironie jusqu’à la mention des événements à Hong Kong en indiquant que si les manifestations y étaient de plus grande ampleur, il n’y avait pas eu de morts.

Les réactions ont été nombreuses et continuent à affluer. Avec ou sans humour, les réactions condamnent les événements du 6 janvier 2021, certaines mettant également au jour le fait que c’est événement n’est rien d’autre que la conséquence logique de la présidence de Trump. Les communiqués et tweets constituent également un moyen de régler les comptes avec un État ou tout du moins le président sortant.

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