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Italie : Draghi investi par le « bloc bourgeois »

Cela fait maintenant deux semaines que les journalistes, commentateurs évoquent la situation italienne. Cet article rédigé par l'économiste Stefano Palombarini vous permettra d'y voir plus clair : en revenant sur différentes années de la politique italienne récente, il montre que la situation n'est pas inédite. Un article salutaire pour comprendre ce qui se passe en Italie.

Cet article a été publié par Stefano Palombarini dans Contretemps, le 21 février 2021.

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Mario Draghi, choisi en dehors de l’arène politique, vient d’être nommé à la tête du nouveau gouvernement italien ; il pourra appuyer son action sur une très large majorité allant de la droite extrême de la Ligue jusqu’au Parti Démocrate, et même à une partie de Liberi et Uguali (LeU), assemblage de petits mouvements qui représentent tout ce qui reste de la gauche parlementaire. Qui connaît l’histoire politique italienne récente, sait qu’une telle situation n’est pas inédite : elle compte trois précédents au cours des trente dernières années. Le premier gouvernement d’unité nationale dirigé par un technocrate a été celui de Carlo Azeglio Ciampi (1993-94), suivi par le gouvernement Dini (1995-96) et, plus récemment, par celui présidé par Mario Monti (2011-13).

Dans toutes ces expériences, des coalitions hétéroclites se sont formées en cours de législature, et en réaction à une crise politique majeure. Trois des quatre technocrates appelés à « sauver » un pays présenté comme au bord de l’effondrement étaient auparavant des banquiers centraux, le seul à ne pas avoir exercé une telle fonction, Monti, étant à son tour très lié à l’univers bancaire. La dimension européenne des crises politiques à l’origine des gouvernements super partes est aussi un trait récurrent. L’appel à Ciampi a fait suite à la sortie de la lire du SME, à l’automne 1992. Monti a remplacé Berlusconi qui, en octobre 2011, avait été ouvertement délégitimé dans une conférence de presse par Merkel et Sarkozy, ce qui avait eu pour conséquence l’envolée des taux sur la dette italienne. Draghi arrive avec pour principale mission la négociation des fonds du Plan de relance que l’Union européenne a élaboré en réaction à la chute de l’activité déterminée par l’épidémie de Covid.

Des technocrates pas si étrangers à la politique italienne

Le profil du gouvernement indique que l’utilisation des fonds européens est la cause déterminante du tournant politique. Dans la recherche d’un équilibre avec les partis qui le soutiennent, Draghi leur a attribué des ministères de poids : les affaires étrangères, la défense, la santé. Sur vingt-trois ministres, quinze sont l’expression directe des forces politiques, seulement huit des indépendants. Mais les trois ministères qui auront leur mot à dire sur les conditions d’obtention et la destination des fonds européens, ont été attribués à des hommes de confiance du président du conseil : Vittorio Colao sera responsable de l’innovation technologique et de la transition digitale, Roberto Cingolani de la transition écologique, Daniele Franco, qui a fait l’essentiel de sa carrière à la Banque d’Italie, de l’économie et des finances. Ces trois ministres ne font référence à aucune formation politique, et c’est sur le nom du nouveau titulaire de l’Economie qu’il vaut la peine de s’attarder, car il permet de connecter le nouveau gouvernement avec celui de Mario Monti.

Vous pouvez lire l’article en entier sur Contretemps

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