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Entretien avec Jean-Luc Mélenchon : En Guinée, « le peuple est entré en révolution citoyenne »

Le président du groupe insoumis à l'Assemblée nationale Jean-Luc Mélenchon a répondu aux questions du Monde Arabe : la crise politique qui fait suite aux élections guinéennes, la force de la répression... Autant d'éléments qui le conduisent à penser qu'en Guinée, le peuple est entré en révolution citoyenne. Une analyse passionnante qu'il détaille dans cette interview.

Cet entretien inédit a été publié sur Le Monde Arabe, le 11 mars 2021

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Le Monde arabe — Vous avez multiplié les prises de parole sur vos réseaux sociaux en soutien aux opposants guinéens mobilisés contre le troisième mandat dAlpha Condé. Considérez-vous aujourd’hui la victoire d’Alpha Condé comme illégitime, alors même qu’elle a été reconnue par les organisations régionales africaines (UA – CEDEAO) et la plupart des pays de la région?

Jean-Luc Mélenchon – Officiellement la Guinée est une démocratie, non ? En démocratie le peuple est souverain. Le peuple guinéen a déjà répondu à votre question. Il s’est opposé au referendum imposé par Alpha Condé en mars 2020 pour modifier la Constitution et se présenter à un troisième mandat. Cette séquence a vu les plus grandes manifestations dans le pays depuis des décennies. La victoire du « oui » à 90% est reçue comme une provocation. On le comprend. Le peuple guinéen est ensuite resté mobilisé contre la candidature d’Alpha Condé jusqu’aux élections d’octobre. Cela malgré une répression qui a fait des dizaines de morts dans ses rangs. La force de cette mobilisation s’explique aussi par la cohérence des revendications. La défense de la Constitution contre l’arbitraire du président a fédéré toutes les colères. Du coup, la Guinée a rejoint la liste des pays du monde où le peuple est entré en révolution citoyenne. Il y a de quoi me semble-t-il. Plus de 10 ans après l’arrivée au pouvoir d’Alpha Condé, la Guinée se classe toujours au 174ème rang sur 189 pour l’indice de développement humain. Pourtant, d’énormes richesses sont issues de ce pays, notamment minières. Mais cette richesse n’est jamais redistribuée. Les Guinéens comme de nombreux peuples dans le monde veulent retrouver le contrôle sur leur démocratie, leurs richesses naturelles, leur économie. Les Français devraient prendre modèle sur leur courage.

Le Monde arabe — Les parlementaires français s’étant prononcés sur la question guinéenne se comptent sur les doigts de la main. La réaction timide de la France et de l’Union européenne semble arriver bien tardivement, alors même que les exactions contre les populations sont documentées depuis presque deux ans par les ONG et l’opposition, qui dénombrent aujourd’hui une cinquantaine de morts.

Jean-Luc Mélenchon – Dites « le gouvernement français », plutôt que « la France ». Ne confondons pas tous les Français avec leurs dirigeants. Notre peuple a tendance à avoir de la sympathie pour qui lutte pour la liberté. Mais personne ne lui parle de ce qui se fait en son nom en Guinée, hélas ! Emmanuel Macron a en effet envoyé un de ses ministres à l’investiture d’Alpha Condé. Il n’y avait personne à celle de Roch Marc Christian Kaboré au Burkina Faso, pourtant élu démocratiquement à la tête de son pays. Macron a condamné du bout des lèvres la violence d’Alpha Condé. Mais, « en même temps », il lui a envoyé une lettre de félicitations. C’est là un étrange signal pour qui prétend défendre les droits humains. Il offre aussi un miroir de la situation des droits humains dans la France de Macron.

Enfin, des considérations affairistes ont peut-être compté. Rappelons que la concession du port de Conakry a été accordée par Alpha Condé à un oligarque français (Vincent Bolloré, NDLR) dans des conditions qui ont été jugées troubles par certains. Rappelons également le rachat de l’usine Alteo de Gardanne par le groupe guinéen United Mining Supply (UMS), dirigé par un très proche d’Alpha Condé. Cette reprise s’est effectuée dans des conditions pour le moins opaques. Comment comprendre une telle attribution malgré une offre de moindre qualité sociale, financière et écologique que celle d’autres repreneurs potentiels. Des représentants influents des oligarchies française et guinéenne partagent clairement des intérêts d’affaires. Mais ni le peuple français ni le peuple guinéen n’en tirent aucun bénéfice.

Vous pouvez retrouver l’interview en intégralité sur Le Monde Arabe

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