dossier

Écologie populaire

Lorem ipsum dolor sit amet, consectetur adipiscing elit. Ut elit tellus, luctus nec ullamcorper mattis, pulvinar dapibus leo.

l'article

En ce jour de la Terre, stoppons la pompe à fric !

Les banques. Les compagnies d'assurance. Les investisseurs institutionnels. Les gestionnaires d'actifs. Tous, ils financent, assurent et investissent dans la crise climatique. L'initiative "Stop the money pipeline" veut adresser ce problème et appelle à la mobilisation générale en ligne... pour l'instant.

Article en anglais. Ce texte a été publié sur le site américain "Truthout" le 22 avril 2020 à l'occasion du jour de la Terre. "Truthout" est un média indépendant spécialisé dans les questions de justice sociale.

Partager sur facebook
Partager sur twitter
Partager sur linkedin
Partager sur email
Partager sur telegram

Les années 70 étaient une époque plus simple (comme février dernier, mais pour l’instant, sortons du cadre de la pandémie). Plus simples parce que les problèmes environnementaux étaient faciles à constater. L’air de nos villes était sale et l’eau de nos lacs et de nos rivières était immonde. Ça crevait les yeux. Dans la ville de New York, Albert Butzel, avocat spécialiste de l’environnement, décrit un horizon en permanence jaune : « Non seulement je voyais la pollution, mais je l’essuyais sur le rebord de ma fenêtre. » 

Autre témoignage d’un médecin légiste de la ville : « Quelqu’un qui a passé sa vie dans les Adirondacks (nb : chaine de montagnes dans le nord de l’Etat de New York) aura de beaux poumons roses. Ceux d’un citadin seront noirs comme du charbon. ». Vous avez probablement entendu parler de la rivière Cuyahoga à Cleveland ayant pris feu, mais voici comment Nelson Rockefeller, gouverneur de l’Etat de New York, décrivait l’Hudson au sud du comté d’Albany : « une énorme fosse septique, qui a été rendue quasiment inutilisable pour l’approvisionnement en eau, pour la baignade, ou pour abriter la faune aquatique qui abondait ici autrefois ». 

Tout ce qui se dit aujourd’hui à propos de l’air et de l’eau en Chine et en Inde, se disait à cette époque à propos des villes américaines. Il n’est pas étonnant que les gens se soient mobilisés : 20 millions d’Américains sont sortis dans les rues pour le 1er jour de la Terre en 1970 – 10% de la population des Etats-Unis à l’époque, soit peut-être la plus grande manifestation politique de toute l’histoire du pays. Et ça a marché. Politiquement, parce que le Congrès a rapidement voté le Clean Air Act et le Clean Water Act, et scientifiquement, parce que ces lois ont eu l’effet escompté. En substance, ils ont installé des filtres sur les cheminées, les pots d’échappement des voitures et les tuyaux en sortie d’usine en nombre suffisant pour que bientôt l’air et l’eau soient de toute évidence bien plus propres. 

L’agence américaine de protection de l’environnement (EPA), tout juste naissante, commissionna une série de photos montrant à quel point les choses étaient souillées. Même pour ceux d’entre nous qui ont vécu cette époque, c’est dur de s’imaginer que nous tolérions cela. La molécule de dioxyde de carbone est invisible ; aux concentrations actuelles, on ne peut ni la voir ni la sentir, et elle ne nous affecte pas directement. Une molécule avec un carbone et un oxygène ? C’est ce qui nous tue si on laisse le moteur de la voiture tourner dans un garage fermé. Mais une molécule avec un carbone et deux oxygènes ? Tout ce que cela fait, c’est capturer la chaleur dans l’atmosphère ; fondre les calottes glaciaires ; monter les eaux ; dérègler le climat… mais suffisamment lentement pour que la plupart du temps, nous ne nous en rendions pas compte. 

Et notre époque est encore plus compliquée que ça pour une autre raison. Filtrer le monoxyde de carbone est facile. C’est un gaz réduit à des traces, un tout petit pourcentage de ce qu’émet une centrale électrique. Mais le dioxyde de carbone est l’exact opposé. C’est ce qui se dégage en majorité quand on brûle du charbon, du gaz ou du pétrole. Il n’y a pas de convertisseur catalytique pour le CO2, ce qui veut dire que l’on doit arrêter l’industrie de l’énergie fossile. Cela signifie qu’il ne faut pas seulement s’attaquer aux compagnies pétrolières, mais aussi aux banques, aux gestionnaires de fonds et aux compagnies d’assurance qui investissent dans ces mêmes compagnies pétrolières (et qui peuvent même les posséder, à la suite de la crise économique actuelle). Ce qui signifie qu’il faut s’attaquer au cœur du capital mondial. 

Et nous y voilà. « Stop the Money Pipeline », une coalition de groupes pour la justice climatique et environnementale allant de la petite structure spécialisée jusqu’au Sierra Club et à Greenpeace, s’est formée à l’automne dernier pour essayer de s’attaquer aux plus grandes fortunes de la planète : des banques comme Chase – la plus grosse en termes de capitalisation boursière – qui a versé 250 milliards de dollars à l’industrie pétrolière depuis les accords de Paris en 2015 ; des assureurs comme Liberty Mutual, continuant d’assurer les projets de sables bitumineux alors même que les fabricants de pipeline mettent en danger les communautés autochtones en continuant de construire le projet Keystone XL durant la pandémie. Cette campagne paraît chimérique, mais elle semblait gagner en popularité jusqu’à l’arrivée de la pandémie du coronavirus. En janvier, BlackRock annonçait qu’il allait mettre le climat au cœur de ses analyses d’investissement. Soumis lui aussi à la pression des activistes, Liberty Mutual commençait à s’éloigner du charbon. 

Et Chase – la journée de la Terre devait voir des activistes mener des actions de désobéissance civile dans des milliers de banques à travers les Etats-Unis, un peu comme la protestation de janvier qui a permis de lancer la campagne (et qui m’a permis, avec d’autres, de finir les menottes aux poignets). Mais nous avons annulé cette action ; il n’était pas question de prendre le risque d’apporter le microbe en prison, où les détenus ont une possibilité très réduite de maintenir la distance physique. Toutefois, la pandémie pourrait nuire à l’industrie pétrolière tout autant que notre action espérait le faire. Avec la chute de la demande en pétrole, il est clair que ces compagnies n’ont pas d’avenir. La campagne de désinvestissements qui, en une décennie, a mobilisé plus de 14 000 milliards en dotation et portefeuilles dans la lutte contre le climat trouve là un nouvel élan. Notre travail – plus complexe que celui de nos prédécesseurs lors de la Journée de la Terre il y a 50 ans – est de faire revenir le printemps au plus vite. Nous devons accélérer la transition vers les panneaux solaires et les éoliennes que les ingénieurs ont mis toutes leurs compétences à améliorer – et qui sont maintenant la solution la moins chère pour produire de l’électricité. Le dernier obstacle est le pouvoir politique des compagnies pétrolières, pouvoir flagrant, car Donald Trump fait tout ce qu’il peut pour préserver leur domination. Il sera difficile d’en venir à bout. Difficile mais simple. 

Comme en 1970, cela requiert une pression acharnée des citoyens. Cette pression monte. Les peuples indigènes, les communautés en première ligne, les groupes religieux, les climatologues et les investisseurs avertis sont en train de joindre leurs forces, et leurs voix se font de plus en plus fortes. Nous étions 7 millions dans les rues en septembre dernier. Cela ne fait pas 20 millions, mais c’est sur la bonne voie. Nous ne pouvons pas sortir dans la rue maintenant. Donc nous ferons ce que nous pourrons sur les boulevards d’Internet. Rejoins-nous pour le live de la Journée de la Terre, trois jours d’activisme digital commençant le 22 avril. Nous sommes dans la course et nous gagnons du terrain.


This Earth Day, Stop the Money Pipeline

Nineteen-seventy was a simpler time. (February was a simpler time too, but for a moment let’s think outside the pandemic bubble.)

Simpler because our environmental troubles could be easily seen. The air above our cities was filthy, and the water in our lakes and streams was gross. There was nothing subtle about it. In New York City, the environmental lawyer Albert Butzel described a permanently yellow horizon: “I not only saw the pollution, I wiped it off my windowsills.” Or consider the testimony of a city medical examiner: “The person who spent his life in the Adirondacks has nice pink lungs. The city dweller’s are black as coal.” You’ve likely heard of Cleveland’s Cuyahoga River catching fire, but here’s how New York Governor Nelson Rockefeller described the Hudson south of Albany: “one great septic tank that has been rendered nearly useless for water supply, for swimming, or to support the rich fish life that once abounded there.” Everything that people say about the air and water in China and India right now was said of America’s cities then.

It’s no wonder that people mobilized: 20 million Americans took to the streets for the first Earth Day in 1970 — 10 percent of America’s population at the time, perhaps the single greatest day of political protest in the country’s history. And it worked. Worked politically because Congress quickly passed the Clean Air Act and the Clean Water Act and scientifically because those laws had the desired effect. In essence, they stuck enough filters on smokestacks, car exhausts, and factory effluent pipes that, before long, the air and water were unmistakably cleaner. The nascent Environmental Protection Agency commissioned a series of photos that showed just how filthy things were. Even for those of us who were alive then, it’s hard to imagine that we tolerated this.

The carbon dioxide molecule is invisible; at today’s levels you can’t see it or smell it, and it doesn’t do anything to you. Carbon with one oxygen molecule? That’s what kills you in a closed garage if you leave the car running. But two oxygen molecules? All that does is trap heat in the atmosphere. Melt ice caps. Raise seas. Change weather patterns. But slowly enough that most of the time, we don’t quite see it.

And it’s a more complex moment for another reason. You can filter carbon monoxide easily. It’s a trace gas, a tiny percentage of what comes from a power plant. But carbon dioxide is the exact opposite. It’s most of what comes pouring out when you burn coal or gas or oil. There’s no catalytic converter for CO2, which means you have to take down the fossil fuel industry.

That in turn means you have to take on not just the oil companies but also the banks, asset managers, and insurance companies that invest in them (and may even own them, in the wake of the current economic crash). You have to take on, that is, the heart of global capital.

And so we are. Stop the Money Pipeline, a coalition of environmental and climate justice groups running from the small and specialized to the Sierra Club and Greenpeace, formed last fall to try to tackle the biggest money on earth. Banks like Chase — the planet’s largest by market capitalization — which has funneled a quarter-trillion dollars to the fossil fuel industry since the Paris Agreement of 2015. Insurers like Liberty Mutual, still insuring tar sands projects even as pipeline builders endanger Native communities by trying to build the Keystone XL during a pandemic.

This campaign sounds quixotic, but it seemed to be getting traction until the coronavirus pandemic hit. In January, BlackRock announced that it was going to put climate at the heart of its investment analyses. Liberty Mutual, under similar pressure from activists, began to edge away from coal. And Chase — well, Earth Day would have seen activists engaging in civil disobedience in several thousand bank lobbies across America, sort of like the protest in January that helped launch the campaign (and sent me, among others, off in handcuffs). But we called that off; there’s no way we were going to risk carrying the microbe into jails, where the people already locked inside have little chance of social distancing.

Still, the pandemic may be causing as much trouble for the fossil fuel industry as our campaign hoped to. With the demand for oil cratering, it’s clear that these companies have no future. The divestment campaign that, over a decade, has enlisted $14 trillion in endowments and portfolios in the climate fight has a new head of steam.

Our job — a more complex one than faced our Earth Day predecessors 50 years ago — is to force the spring. We need to speed the transition to the solar panels and wind turbines that engineers have worked so mightily to improve and are now the cheapest way to generate power. The only thing standing in the way is the political power of the fossil fuel companies, on clear display as President Trump does everything in his power to preserve their dominance. That’s hard to overcome. Hard but simple. Just as in 1970, it demands unrelenting pressure from citizens. That pressure is coming. Indigenous nations, frontline communities, faith groups, climate scientists, and savvy investors are joining together, and their voices are getting louder. Seven million of us were in the streets last September. That’s not 20 million, but it’s on the way.

We can’t be on the streets right now. So we’ll do what we can on the boulevards of the Internet. Join us for Earth Day Live, three days of digital activism beginning April 22. We’re in a race, and we’re gaining fast.

Lire l’article sur le site Truthout

Dans le même dossier

Les vidéos