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La révolution citoyenne

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Au Honduras, fin de deux dictatures

Nous poursuivons notre série d’articles sur les trois pays d’Amérique latine que visite Jean-Luc Mélenchon. En effet après plus d’une année de campagne électorale, c’est dans cette région du monde que le leader de la gauche française est parti « se réhydrater politiquement » et apprendre de ces trois pays - Mexique, Honduras et Colombie, qui ont récemment opéré leur révolution citoyenne. Il s’est d’abord rendu au Mexique pour rencontrer le président AMLO et observer la mise en oeuvre du premier référendum révocatoire de l’histoire du pays. Promis par Morena (le parti présidentiel), le référendum a été remporté par AMLO le 10 avril dernier. Le référendum révocatoire est un point clé du programme l’Avenir en Commun en tant qu’il constitue un élément de redynamisation de la participation citoyenne et donc de la démocratie. Au Honduras, c’est un autre élément fondamental que Jean-Luc Mélenchon va étudier : l’Assemblée constituante, que le nouveau pouvoir en place veut convoquer. Voici un article sur le Honduras, pays méconnu du camp des commentateurs européens saccagé par le néo-libéralisme et qui a connu un niveau de violence inimaginable depuis 2009 et le coup d’état contre le président Manuel Zelaya. En novembre 2021, le peuple opère sa révolution citoyenne et élit pour la première fois une femme à la présidence du pays : Xiomara Castro.

« Il nous a fallu des années pour y arriver mais nous l’avons fait, nous avons eu des milliers de morts, torturés, disparus, arrêtés, mais nous l’avons fait », avait déclaré la présidente dans son discours d’investiture en janvier 2022 devant des millions de personnes réunies à Tegucigalpa (la capitale) dans le stade national, transformé pour cette occasion historique en assemblée géante.

Après 12 années de néolibéralisme et d’élections irrégulières, celle qui se définit comme « féministe, anti-patriarcale, révolutionnaire et inclusive » est la première femme élue présidente de ce pays d’Amérique centrale sur la base d’un programme qui entend refonder les institutions, lutter contre les inégalités, la violence, la corruption, et défendre les droits humains et environnementaux.

C’est le retour d’une politique progressiste au Honduras depuis ce que l’on a appelé « le premier coup d’état mou » en Amérique latine : le 28 juin 2009, le président Manuel Zelaya (et mari de Xiomara Castro) était arrêté, chez lui, en pyjama, et transporté illégalement par avion militaire au Costa Rica où il avait été reçu par le président Oscar Arias.

Cela avait donc inauguré le « cycle des coups d’État mous » en Amérique latine, qui s’était ensuite répété au Paraguay, au Brésil et en Bolivie et qui avait menacé de se matérialiser dans le reste des pays de la région dotés de gouvernements progressistes. Xiomara Castro s’était réfugiée à l’ambassade des Etats-Unis par crainte d’être assassinée et s’était massivement investie dans les manifestations pour défendre la démocratie ainsi que dans les secteurs sociaux, avant de fonder avec son mari de retour d’exil deux ans plus tard, le parti Libertad y Refundacion (Libre), nouvelle organisation politique en rupture avec le parti libéral.

Les années au pouvoir du président de droite Porfirio Lobo (2010-2014) sont marquées par des scandales de corruption et les années du président conservateur Juan Orlando Hernandez (2014-2022) ont fini de plonger le Honduras dans la pauvreté la plus terrible. « Nous avons lutté si fort pour vaincre les deux dictatures », a dit un militant de Libre à notre collaborateur Christian Rodriguez, représentant officiel de Jean-Luc Mélenchon à l’investiture de Xiomara Castro. Le militant parlait de la dictature du trafic de drogue et de la dictature financière. Sous JOH, la pauvreté a atteint les 74%, faisant du Honduras le pays le plus pauvre d’Amérique latine. Privatisations massives, saccage social, dilapidation des biens communs, tout cela dans une extrême violence : au moins 5000 personnes assassinées. Le secteur privé est ici tout puissant : 70% des grandes entreprises sont exonérées d’impôts grâce aux traités de libre-échange avec les Etats-Unis. Les libéraux ont littéralement vidé les caisses publiques et multiplié par 200 la dette d’Etat aux banques privées.

Aujourd’hui l’ancien président JOH est incarcéré aux Etats-Unis pour son implication active dans le narco-trafic; les juridictions estiment qu’entre 2004 et 2022, il a contribué à l’exportation de 500 000 kilos de cocaïne vers les Etats-Unis, faisant du Honduras une incontournable plateforme du trafic de drogue sur le continent.

Son incarcération marque la fin d’une époque dans le pays avec une volonté populaire de renier les pratiques politiques du passé. La nouvelle présidente Xiomara Castro porte ainsi les espoirs d’un peuple malmené par les violences entraînées par le narcotrafic. Outre les mesures d’urgence sociale prises dès le début de son mandat, comme la gratuité de l’électricité pour les familles les plus pauvres, l’augmentation des salaires de base, ou encore l’abrogation des lois de ce qu’a été la « dictature » du gouvernement précédent, telles que la loi du secret, la loi des écoutes et la loi des zones d’emploi et de développement économique, Xiomara Castro souhaite appeler à une consultation populaire pour que le peuple décide de la convocation d’une assemblée constituante chargée de rédiger une nouvelle constitution pour la refondation du Honduras. Ce processus est au coeur de l’actualité du pays. Jean-Luc Mélenchon a publié une note de blog sur le sujet et sur le « numéro d’équilibriste » que constitue pour notre camp politique qui refuse la violence comme stratégie, cet exercice. Xiomara Castro est au pouvoir depuis 6 mois et avance pas à pas. La tâche est difficile mais il reste que le Honduras fait partie de tous ces pays d’Amérique latine sous tutelle des USA, qui élisent des gouvernements de gauche. Jamais le continent n’en aura compté autant au pouvoir en même temps. Cette vague progressiste est plus puissante que la première, début 2000. Bien-sûr chaque pays est différent et il ne s’agit pas d’idéaliser les résultats. Seulement l’arrivée au pouvoir de la gauche populaire dans tant de pays en même temps et qui survient après des décennies de politique néolibérale agressive, signifie bien une chose : que « les solutions des droites extrêmes ne règlent rien », pour reprendre les mots de Jean-Luc Mélenchon, « mais aggravent tout par leurs politiques et accélère le recours à la gauche. »

Ne perdons pas cela de vue, nous autres Français.

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