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Turquie : une trentaine d’avocats arrêtés, la répression contre les forces pro-kurdes continue

Le matin du 20 novembre 2020, une nouvelle vague de répression s'est abattue sur la Turquie avec l'arrestation de 17 avocats à Diyarbakir, dont le coprésident de l'Association des avocats pour la liberté. Leur tort ? Ils sont accusés d'être membres de l'Association mésopotamienne des avocats qui a été fermée par décret.
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Le communiqué rédigé par le Barreau de Diyarbakır met l’accent sur la dimension systématique des arrestations, des saisies de matériel personnel et professionnel comme par exemple des ordinateurs dans le cadre de la réforme judiciaire.

Cette détention correspond à un choix autoritaire et répressif de la part des autorités. Les avocats et militants se mobilisent contre cette décision. Concrètement, on leur reproche d’être membre d’une organisation qui a commémoré le génocide arménien. Cette décision politique est donc dans la continuité des prétextes trouvés par le gouvernement d’Erdoğan pour réprimer les forces progressistes.

Dans les faits, des mandats d’arrêts sont régulièrement délivrés par les autorités à l’encontre des membres du DTK, une structure qui fédère différentes organisations de la société civile autour d’initiatives communes : il s’agit d’une assemblée qui regroupe les députés, les maires, les conseillers municipaux et provinciaux kurdes, mais aussi des présidents d’organisations civiles ou religieuses, des journalistes, des écrivains, des syndicalistes ou encore des avocats.

Les avocats Nagehan Avçil et Veysi Eski, membres de l’Association des Juristes pour la Liberté (ÖHD) ont déclaré que le régime turc s’en prenait aux intellectuels et aux opposants kurdes chaque fois qu’il était en crise.

Rappelant que leur association avait été fermée par un décret-loi il y a quatre ans, Nagehan Avçil a déclaré : « Ils pensaient alors qu’ils pouvaient réduire au silence les politiciens et les avocats kurdes. Mais notre lutte et la lutte contre le fascisme s’est accrue. Il est clair que nous ne nous soumettrons en aucune façon au fascisme. Nous ne renoncerons pas à la solidarité avec les avocats révolutionnaires et les avocats de l’opposition de ce pays et ne renonceront pas non plus à la solidarité avec l’ÖHD. En luttant ensemble contre le fascisme, nous gagnerons certainement. »

Analyse publiée sur le site Rojinfo

Cette décision est donc un nouveau coup porté à l’encontre des forces pro-kurdes. Elle n’a pas manqué de susciter des réaction d’avocats ailleurs dans le monde.

Voici le communiqué des avocats du Barreau de Paris :

Le Barreau de Paris est vivement préoccupé par les arrestations et perquisitions opérées ce matin notamment à Diyarbakir à l’encontre de nombreux avocats et représentants d’organisations de la société civile dans le cadre d’une enquête diligentée par le procureur général de Diyarbakır sur le congrès pour une société démocratique (DTK).

Des ordinateurs, des livres et de nombreux documents numériques ont été saisis lors de ces perquisitions en violation des garanties procédurales. Bünyamin Şeker, co-président de l’Association des avocats pour la liberté (ÖHD) a été placé en garde à vue, tout comme nos confrères Abdulkadir Güleç, Ahmet Kalpak, Aydin Kesmez,Cemile Turhalli Balsak, Devrim Barış Baran, Diyar Çetedir, Edip Yigit, Elif Tirenç Ipek Ulas, Ferda Miran, Feride Laçin, Gamze Yalçin, Gevriye Atlı, İmran Gökdere, Kamuran Kurtar, Mahsum Bati, Muhammed Serdar Özer, Neşet Girasun, Pirozhan Karali, Resul Tamur, Seda Tanrikulu Kaya, Sedat Aydın, Serdar Özer, Serdar Talay, Serhat Karasin, Sinem Ciçek Carus, Sivan Cemil Özen, Velat Alan, Serhat Aktan ainsi que Haknas Sadak (barreau de Sirnak) et Bulent Temel (barreau d’Adiyaman)

En outre, près d’une centaine de personnes ont été placées en garde à vue dans le cadre de cette opération aujourd’hui, notamment des journalistes, des médecins, des membres d’ONG et des militants politiques,

Ces arrestations interviennent au lendemain de l’audience du barreau de Diyarbakir, prix Ludovic Trarieux 2019, accusé avec 10 anciens membres du conseil de l’ordre de « dénigrement de la nation turque » pour avoir commémoré en 2017 le génocide des Arméniens.

Le Barreau de Paris appelle à la libération immédiate de ses confrères et au respect du secret professionnel et de la liberté d’expression des avocats.

Le Barreau de Paris exhorte le gouvernement turc à mettre fin à la persécution des avocats, qui jouent un rôle fondamental dans la protection des droits humains et des libertés fondamentales et rappelle que l’indépendance de la profession d’avocat est une composante essentielle de l’état de droit dans une société libre.

« Le procureur de Diyarbakir a émis des mandats d’arrêt contre 101 personnes liées à une enquête contre le Democratic Society Congress (#DTK): Plus de 19 personnes ont été arrêtées jusqu’à présent ce matin lors de perquisitions en cours. »
« La section ÖHD d’Istanbul proteste contre la détention d’avocats, dont leur président, Bünyamin Şeker, à Diyarbakır »

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