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Trump, Biden, la course à la présidentielle et la crise écologique

Le 4 novembre 2020 marquait le quatrième anniversaire de l’entrée en vigueur de l’Accord De Paris. Le même jour, les États-Unis sont devenus le seul pays de la planète à s’en retirer. Selon qui l’emporte à la présidentielle américaine, les conséquences en matière d’action climatique et écologique pourraient être très différentes.
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Les États-Unis aux premières loges de la crise écologique et climatique

L’Accord de Paris, signé par 196 pays, vise à contenir le réchauffement climatique en deçà de 2°C (et si possible à 1,5°C) par rapport à l’ère préindustrielle. Les alertes scientifiques s’empilent pour exhorter les Etats à réduire massivement leurs émissions de gaz à effet de serre (GES). En effet, les engagements actuels nous conduisent dans le meilleur des scénarios vers un réchauffement de +3°C. Nous ne sommes qu’à 1,1 degré de réchauffement moyen à l’échelle mondiale. Pourtant, l’emballement climatique est réel. Méga-incendies, ouragans à répétition et Covid-19 : les Etats-Unis en subissent déjà les conséquences.

Chaque dixième de degré compte. Quelque soit le résultat de la présidentielle, le potentiel d’action de la société civile américaine ne doit pas être négligé. 25 Etats, 430 villes, et des centaines d’universités ou d’entreprises, représentant 65 % de la population américaine et 68 % de l’économie, clament qu’ils font encore partie de l’Accord de Paris. Leur action à niveau constant permettrait de réduire les émissions de gaz à effet de serre du pays de 25 % d’ici à 2030 par rapport à 2005. Mais une baisse d’au moins 50% ne pourrait pas se faire sans action au niveau fédéral. Le vainqueur à la Présidentielle fera pencher la balance, d’un côté ou de l’autre. Quels sont les scénarios ?

Trump en guerre contre le climat et l’écologie

Un second mandat de Trump s’avérerait désastreux. Sa réélection permettrait durant quatre années la continuation de sa politique de déni de l’urgence écologique et climatique. Trump a toujours défendu l’industrie des énergies fossiles. Il a d’ailleurs nommé un ancien lobbyiste du charbon et de l’énergie à la tête de l’Agence américaine de protection de l’environnement. En septembre 2017, en visite en Californie où des incendies meurtriers sévissaient, il avait déclaré : « Ça finira par se refroidir ».

Il a également mis son mandat à profit pour détricoter la protection de l’environnement. Le décompte effectué par l’université Columbia (New York) dénombre pas moins de 163 décisions présidentielles ou actes de l’administration Trump (pris ou en passe de l’être) allant dans le sens d’un affaiblissement de la lutte contre le changement climatique et la crise écologique. Sont recensées des autorisations de forages pétroliers en Alaska, l’annulation des seuils d’émissions de méthane des installations de production, transport et stockage du pétrole et du gaz naturel ou encore la volonté d’accélérer les projets d’infrastructure, y compris en identifiant les possibilités de contourner l’examen environnemental.

Biden, un espoir ?

S’il était élu, Joe Biden a promis de demander à réintégrer l’Accord de Paris dès son investiture. Dans ce cas, les Etats-Unis pourraient revenir dans l’Accord en février 2021. Il a également présenté un plan de 2 000 milliards de dollars sur quatre ans (10 % du PIB annuel) pour combattre le changement climatique, qu’il a qualifié de « menace existentielle ». Il souhaite que les Etats-Unis atteignent la neutralité carbone d’ici 2050. Il vise une production d’électricité zéro-carbone en 2035 et défend l’idée de justice environnementale. Selon le chercheur néerlandais Niklas Höhne, membre du groupe Climate Action Tracker, « le plan climatique de Biden pourrait permettre à lui seul de réduire la hausse des températures de l’ordre de 0,1°C ».

Pour autant, ses engagements, notamment en matière d’énergies fossiles restent flous. Il s’est ainsi engagé à ne pas interdire complètement la fracturation hydraulique. Cette méthode d’extraction à un lourd impact environnemental. Mais elle est devenue l’un des enjeux de la campagne car de nombreux emplois en dépendent. C’est notamment le cas dans l’Etat clé de Pennsylvanie. S’il apparaît difficile de faire pire que Trump en matière d’écologie, il faudra attendre les actes pour juger.

Une élection décisive

Certes, le retour ou non des États-Unis dans l’Accord de Paris ne constitue pas l’alpha et l’oméga mondial de la lutte contre le réchauffement climatique. Premièrement parce qu’avec ou sans eux, les engagements de réduction des émissions de GES des Etats dans le cadre de l’Accord de Paris se font sur la base du volontariat. Rien ne garantit par ailleurs que ces engagements soient suivis d’actes ambitieux. Pour autant, plusieurs Etats ont annoncé viser des objectifs de neutralité carbone à horizon 2050, voire 2030. La Chine, le Japon, la Corée du Sud ou encore l’Union européenne avancent sur cette voie. Cela signifie que même sans les Etats-Unis, tout n’est pas perdu.

Pour autant, la part de responsabilité des États-Unis dans les émissions de gaz à effet de serre mondiales reste conséquente. Avec près de 15 % des émissions, le pays est le deuxième émetteur mondial de GES après la Chine. Son influence sur le fonctionnement de l’économie mondiale n’est pas moindre. D’autres pays tels le Brésil ou l’Arabie Saoudite, pourraient être influencés et continuer de bloquer les négociations climatiques.

Si nous n’agissons pas, le pire est à venir. Le changement climatique est le principal responsable du doublement des catastrophes naturelles dans le monde en 20 ans précise l’Organisation mondiale de la météorologie. Selon un récent rapport de l’ONU, les catastrophes naturelles risquent de faire environ 150 millions de victimes par an d’ici 2030. L’urgence écologique dépasse la seule question des émissions de GES. Mais elle l’englobe. Le nom du futur Président américain et ses perspectives face à la crise écologique est donc une donnée importante pour l’avenir de l’Humanité.

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