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📖 Les trois plus grandes menaces pour la vie en 2021

Vijay Prashad et Noam Chomsky ont fait naitre de leur rencontre un texte qui prend de la hauteur sur la situation sanitaire pour revenir sur ce qui menace l'humanité en 2021. L'annihilation nucléaire, le néolibéralisme et une catastrophe climatique, voilà ce qui nous guette toutes et tous. Le Monde en Commun vous propose une traduction de ce texte précieux !

Cette analyse a été publiée sur le site Consortium News, le 7 janvier 2021. Elle est née sous la plume de Noam Chomsky et Vijay Prashad. Noam Chomsky est un linguiste, philosophe et activiste politique légendaire. Il est professeur de linguistique primé à l'université d'Arizona. Son dernier livre est intitulé « La crise climatique et le New Deal vert mondial : l'économie politique au service de la sauvegarde de la planète ». Vijay Prashad est un historien, rédacteur et journaliste indien. Il est rédacteur en chef et correspondant en chef de Globetrotter. Il est rédacteur en chef de LeftWord Books et directeur du Tricontinental : Institute for Social Research. Il est également membre non-résident de l'Institut d'études financières de Chongyang, de l'université chinoise de Renmin. Il a écrit plus de 20 livres, dont The Darker Nations et The Poorer Nations. Son dernier livre s'intitule Washington Bullets, avec une introduction d'Evo Morales.

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De vastes régions du monde, à l’exception de la Chine et de quelques autres pays, sont confrontées à un virus incontrôlé qui n’a pas été arrêté par l’incompétence criminelle des gouvernements.

Le fait que ces gouvernements de pays riches aient cyniquement ignoré les protocoles scientifiques de base publiés par l’Organisation mondiale de la santé et les organisations scientifiques révèle leurs pratiques mesquines. Il est imprudent de ne pas se concentrer sur la gestion du virus par des tests, la recherche des contacts et l’isolement – et si cela ne suffit pas, d’imposer un confinement temporaire. Il est tout aussi inquiétant que ces pays plus riches aient suivi une politique de « nationalisme vaccinal » en accumulant les candidats aux vaccins plutôt qu’une politique de création d’un « vaccin du peuple ». Dans l’intérêt de l’humanité, il serait sage de suspendre les règles de propriété intellectuelle et de mettre au point une procédure qui favorise la mise au point de vaccins universels pour tous les peuples.

Bien que la pandémie soit le principal problème qui occupe nos esprits, il existe d’autres questions importantes qui menacent la longévité de notre espèce et de notre planète. Les voici :

L’annihilation nucléaire

Le 23 janvier 2020, le Bulletin of the Atomic Scientists a fixé l’heure du jugement dernier à 100 secondes avant minuit, ce qui est très dangereux. L’horloge, créée deux ans après la mise au point des premières armes atomiques en 1945, est évaluée chaque année par le Conseil scientifique et de sécurité du Bulletin, qui décide s’il faut déplacer l’aiguille des minutes ou la maintenir en place. Le temps qu’ils remettent l’horloge à zéro, nous pourrions bien être encore plus près de l’anéantissement. 

Déjà assez limités, les traités de contrôle des armements restent lettre morte puisque les grandes puissances possèdent quelque 13 500 armes nucléaires (dont plus de 90 % ne sont détenues que par la Russie et les États-Unis). La production de ces armes pourrait facilement rendre cette planète encore plus inhabitable. La marine américaine a déjà déployé des têtes nucléaires tactiques W76-2 à faible rendement. Un certain nombre de mesures immédiates en faveur du désarmement nucléaire doivent figurer d’urgence à l’ordre du jour mondial. 

La journée d’Hiroshima, qui est commémorée chaque année le 6 août, doit devenir une date plus solide pour la méditation et la protestation.

Catastrophe climatique

Un article scientifique publié en 2018 portait un titre surprenant : « La plupart des atolls seront inhabitables d’ici le milieu du 21ème siècle parce que l’élévation du niveau de la mer intensifiera l’inondation par les vagues ». Les auteurs ont constaté que tous les atolls, des Seychelles aux îles Marshall, pourraient disparaître. Un rapport des Nations unies de 2019 estime qu’un million d’espèces animales et végétales sont menacées d’extinction.

Ajoutez à cela les incendies de forêt catastrophiques et le grave blanchissement des coraux, et il est clair que nous ne pouvons plus perdre notre temps avec des clichés sur une chose ou une autre comme les canaris dans la mine de charbon de la catastrophe climatique ; le danger n’est pas dans le futur, mais dans le présent. 

Il est essentiel que les grandes puissances – qui ne veulent pas se défaire des combustibles fossiles – s’engagent dans la démarche des « responsabilités communes mais différenciées » établie lors de la Conférence des Nations unies sur l’environnement et le développement de Rio de Janeiro en 1992. Il est révélateur que des pays comme la Jamaïque et la Mongolie mettent leurs plans climatiques en conformité avec les exigences des Nations unies avant la fin de 2020, comme le prévoit l’accord de Paris, même si ces pays produisent une petite fraction des émissions mondiales de carbone. Les fonds engagés pour permettre aux pays en développement de participer au processus sont presque épuisés et la dette extérieure est montée en flèche. Cela montre un manque fondamental de sérieux de la part de la « communauté internationale ».

La destruction néolibérale du contrat social

Les pays d’Amérique du Nord et d’Europe ont anéanti leur fonction publique dans la mesure où l’État a cédé aux spéculateurs et où les fondations privées ont marchandisé la société civile. Cela signifie que les chemins de la transformation sociale dans ces régions du monde ont été grotesquement obstrués. 

La terrible inégalité sociale est le résultat de la relative faiblesse politique de la classe ouvrière. C’est cette faiblesse qui permet aux milliardaires de mettre en place des politiques qui font augmenter le taux de faim. Les pays ne devraient pas être jugés sur les mots inscrits dans leur constitution mais sur leur budget annuel ; les États-Unis, par exemple, dépensent près d’un trillion de dollars (si l’on ajoute le budget estimé pour le renseignement) pour leur machine de guerre, tout en consacrant une fraction de ce montant aux biens publics (comme les soins médicaux, ce qui est devenu évident pendant la pandémie). 

La politique étrangère des pays occidentaux semble bien huilée par le marché de l’armement : les Émirats arabes unis et le Maroc ont accepté de reconnaître Israël à la condition qu’ils achètent pour 23 milliards de dollars et 1 milliard de dollars, respectivement, d’armes fabriquées aux États-Unis. 

Les droits des Palestiniens, des Sahraouis et du peuple yéménite n’ont pas influencé ces accords. Le recours à des sanctions américaines illégales contre 30 pays, dont Cuba, l’Iran et le Venezuela, est devenu un élément normal de la vie, même pendant la crise de santé publique du VICD-19.

 C’est un échec du système politique que les populations du bloc capitaliste soient incapables de forcer leurs gouvernements, qui à bien des égards ne sont démocratiques que de nom, à adopter une perspective globale face à cette urgence. Les taux croissants de la faim révèlent que la lutte pour la survie est le seul horizon pour des milliards de personnes sur la planète (à condition que la Chine soit capable d’éradiquer la pauvreté absolue et d’éliminer en grande partie la faim).

L’annihilation nucléaire et l’extinction due à une catastrophe climatique sont deux menaces « jumelles » pour la planète. 

Pendant ce temps, pour les victimes de l’assaut néolibéral qui a frappé la génération passée, les problèmes à court terme pour maintenir leur existence même déplacent les questions fondamentales sur le sort de nos enfants et petits-enfants.

Des problèmes mondiaux d’une telle ampleur exigent une coopération mondiale. Les grandes puissances, sous la pression des États du Tiers-Monde dans les années 1960, ont accepté le traité de 1968 sur la non-prolifération des armes nucléaires, bien qu’elles aient rejeté la très importante déclaration de 1974 sur l’établissement d’un nouvel ordre économique international. 

Il n’y a plus l’équilibre des forces nécessaire pour mener ce programme de classe sur la scène internationale ; la dynamique politique dans les pays de l’Ouest en particulier, mais aussi dans les grands États du monde en développement (comme le Brésil, l’Inde, l’Indonésie et l’Afrique du Sud) est nécessaire pour que la nature des gouvernements change. 

Il faut un internationalisme fort qui accorde une attention adéquate et immédiate aux dangers d’extinction : par la guerre nucléaire, par la catastrophe climatique et par l’effondrement social. Les tâches qui nous attendent sont de taille et ne peuvent être reportées.

Vous pouvez retrouver la version originale sur Consortium News

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