Interview

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Souvent méconnu, plus souvent encore caricaturé, le COMECON était une organisation internationale regroupant des régimes dits socialistes. Ce « Conseil d’assistance économique mutuelle » représentait une tentative d’intégration économique entre États d’un même bloc, de manière finalement semblable à l’intégration européenne. Simon Godard, historien à Sciences Po Grenoble, a étudié l’histoire de cette organisation, née en 1949 et dissoute en 1991, il y a trente ans. Dans son ouvrage "Le laboratoire de l’internationalisme : le CAEM et la construction du bloc socialiste" (Presses de Sciences Po, 2021), il montre la complexité de cette institution bureaucratique, animée par des individus qui croyaient en une Europe socialiste. Leur rêve s’effondre en 1991 avec l’échec final de cette organisation, à la fois très éclatée (de Cuba à la Mongolie) et largement tournée vers les experts plutôt que les populations. Autant d’enjeux qui permettent de penser les organisations internationales actuelles. Hadrien Clouet s'est entretenu avec Simon Godard.
Les discours dominants sur la victoire des talibans restent le plus souvent cantonnés à une posture morale interdisant de comprendre comment on en est arrivé là. Sauf à accepter que les mêmes politiques internationales absurdes continuent à être mises en œuvre, ou qu’aucune leçon de cette déroute ne soit tirée concernant la politique de la France au Sahel, la tragédie que représente pour des milliers de personnes le retour des talibans doit être analysée rationnellement. Chercheur associé à l’IRIS, ex-attaché politique près la Commission européenne au Pakistan (2002-09), Georges Lefeuvre est spécialiste de l’arc de crise Afghanistan-Pakistan-Inde. Anthropologue et linguiste de formation, il totalise six ans de séjour dans les zones tribales à la frontière afghano-pakistanaise, ou se joue une large part du destin de la région.
Des manifestations à travers les États-Unis demandent la libération immédiate de Steven Donziger, avocat spécialiste de l'environnement et des droits de l'homme, assigné à résidence à New York depuis deux ans après avoir été pris pour cible par le géant pétrolier Chevron. Le site d'informations indépendant Democracy Now a interviewé l'avocat le 6 août. Nous avons traduit l'interview que nous vous partageons ici.
Le second tour de l’élection présidentielle au Pérou a lieu ce dimanche 6 juin. Il oppose l’enseignant syndicaliste de gauche Pedro Castillo à la candidate d’extrême droite Keiko Fujimori, fille de l’ancien dictateur Alberto Fujimori en prison pour crimes contre l’Humanité. Depuis les années 90 dans l’un des pays les plus néolibéraux d’Amérique du Sud, presque tous les présidents péruviens ont été inculpés ou emprisonnées, ou sont en fuite. Keiko Fujimori est également corrompue et a passé plus d’un an en détention pour son implication dans l’affaire Odebrecht. Pedro Castillo est donné favori dans tous les sondages. La campagne est très tendue : à quatre jours de l’élection, l’élite médiatique aux mains des grands groupes et presque toute la classe politique sont vent debout contre Castillo qui porte un message d’espoir et dont le mot d’ordre est « plus aucun pauvres dans un pays riche ». Pour comprendre un peu mieux le programme du candidat de gauche ainsi que le changement social en cours au Pérou, Christian Rodriguez s’est entretenu avec Julio Bendezu Sarmiento, Directeur de la Mission archéologique en Asie centrale au CNRS, Docteur en préhistoire, ethnologue et anthropologue, franco-péruvien, qui soutient la candidature de Pedro Castillo à la tête de son pays.
A la tête du gouvernement fédéral de l’Inde depuis 2014, le premier ministre nationaliste Narendra Modi a pour la première fois été critiqué jusque dans son propre camp en raison de sa gestion calamiteuse de la pandémie. Il a essuyé ces dernières semaines des revers électoraux locaux. L’écornement de son image d’homme fort au sein de son électorat vient s’ajouter aux mouvements de contestation qui se sont multipliés au long de ses deux mandats. Cet affaiblissement relatif ne doit pas occulter l’hégémonie du discours nationaliste, basé sur l’hindouisme politique, grâce auquel Modi a conquis le pouvoir dans le second pays – et bientôt le premier - le plus peuplé au monde. Loin d’avoir dit son dernier mot avant les élections de 2024, Modi sait pouvoir compter sur une rhétorique identitaire conjuguée à la criminalisation des contestataires. Tout en fracturant l’Inde, elle lui a permis de conserver le pouvoir. Il sait aussi pouvoir compter, par-delà les postures appelant mollement au respect des droits humains, sur le soutien des États-Unis et de leurs alliés, gouvernement français en tête. L’Union Européenne et l’Inde ont relancé début mai leurs négociations commerciales, au moment même où l’accord d’investissement UE-Chine – dont rien n’indique par ailleurs qu’il soit souhaitable en l’état – est au point mort. Sur le plan géopolitique, l’Inde est vue comme un maillon essentiel d’une politique « indo-pacifique » dirigée contre la Chine. Une alliance qui dérange d’autant moins que la rhétorique haineuse dominante actuellement en Inde converge avec certaines dérives observables ici en matière de restriction des liberté publiques et d’imposition d’une grille de lecture ethno-confessionnelle occultant les inégalités sociales produites par le néolibéralisme. Le Monde en Commun a réalisé avec Dominique (le prénom a été changé pour ne pas compromettre l'accès aux sources sur place), spécialiste de l’Inde, un riche entretien en deux parties. La première traite des réalités socio-politiques actuelles de ce pays de 1,4 milliards d’habitants. La seconde aborde les enjeux géopolitiques au nom desquels « les occidentaux », prompts quand cela les arrange à s’afficher en défenseurs des droits humains, ferment les yeux sur les pans les plus graves de la politique de Modi.

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