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Encadrer les technosciences pour protéger l’humanité

Le 7 avril 2021, le député insoumis Michel Larive a participé à une réunion en visio-conférence organisée par le Parlement arabe consacrée aux ponts entre la science et les parlementaires pour le bien de nos sociétés. Le Parlement arabe a été créé en 2001 suite au sommet de la Ligue arabe. Ce parlement traite tant des problèmes économiques que sociaux, que des questions relatives aux droits de l'homme. Le député insoumis Michel Larive fait partie des membres du Groupe français de l'Union interparlementaire. Le 7 avril 2021, il s'est exprimé en faveur de la régulation mondiale des technosciences avec la création d’un groupe science et technologies au sein de l’Union Interparlementaire. Un groupe transdisciplinaire, dans le respect des cultures et qui fait dialoguer citoyens, scientifiques et philosophes. La finalité ? Protéger les droits fondamentaux des menaces induites par l'usage des nouvelles technologies. L'initiative de Michel Larive a été saluée par des parlementaires et scientifiques du monde entier.
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Le transhumanisme constitue un des sujets parmi les plus controversés de la période : progrès humain ou danger pour le vivant ? Améliorer l’existence ou ouvrir la voie à l’eugénisme ? Autant de questions qu’il s’agit de trancher à l’échelle de la planète puisque ces progrès ont une incidence pour l’ensemble de l’humanité. Michel Larive fait partie de l’Union interparlementaire, plus vieille organisation internationale de la planète. Il propose de créer un groupe de travail sur les sciences et les technologies.

L’objectif de ce groupe ? Penser les sciences et le progrès en mettant autour de la table des philosophes, des scientifiques, des personnalités politiques et aussi des citoyens pour ne citer qu’eux afin de penser les technosciences, des robots aux algorithmes en passant par le transhumanisme, autant de dimensions qui existent mais qu’il faut penser et encadrer afin que le progrès ne mette pas en danger les libertés individuelles, l’humanité et que les avancées soient accessible au plus grand nombre.

« Il est indéniable que le développement des sciences et des technologies qui les accompagnent, contribue à l’amélioration des qualités de la vie des êtres humains. Mais cet accroissement exponentiel profite, de façon sélective à l’humanité. Au-delà des barrières de l’ignorantisme, c’est la loi du marché, et le profit que certain peuvent tirer des découvertes scientifiques, qui décident des bénéficiaires de ses avancées technologiques. Le cas est flagrant dans le domaine de la santé. Alors que les pandémies ignorent les frontières, l’accès aux vaccins est différencié selon que l’on soit riche ou pauvre » analyse le député insoumis.

Ce groupe de travail répond à des objectifs ambitieux mais nécessaires pour poser les contours d’un usage des nouvelles technologies et des sciences. Les travaux de ce groupe porteront dans un premier temps sur l’élaboration d’une charte éthique internationale sur l’utilisation des techno-sciences.

Vous pouvez retrouver l’allocution de présentation de Michel Larive ainsi que la transcription du discours :

Vous pouvez retrouver ci-dessous la transcription du discours :

ٱلسَّلَامُ عَلَيْكُمْ

Mesdames et messieurs en vos grades et qualités,

Je suis très heureux d’intervenir aujourd’hui dans le cadre de votre rencontre consacrée aux ponts entre la science et les parlementaires pour le bien de nos sociétés. En ce sens, la création d’un groupe science et technologies au sein de l’Union Interparlementaire est une étape importante. J’en suis l’instigateur du coté parlementaire, mais rien n’aurait pu aboutir sans l’abnégation et le formidable travail d’accompagnement de mes 2 amis, Omar Moktar et Maurizzio Bona et au soutien du secrétaire général Martin Chungong et du nouveau président de l’UIP Duarte Pacheco.

En tant que représentants légitimes de nos peuples respectifs, nous parlementaires, nous avons l’immense honneur et surtout la lourde responsabilité de contribuer à l’élaboration des règles de droit qui s’appliquent à chacun, quelle que soit sa condition ou sa fortune. A mon sens, ce qui doit toujours nous guider dans notre travail, c’est la recherche de l’intérêt collectif humain. Nous devons certainement ajouter aujourd’hui aussi la nécessité de préserver notre planète, car si les fragiles équilibres naturels viennent à être définitivement brisés, c’est la survie de toute civilisation sur Terre qui est menacée.

Afin de pouvoir mener à bien notre tâche, nous qui ne pouvons être des spécialistes de toutes les questions, nous avons besoin de nous forger une opinion dans les différents domaines que nous sommes conduits à aborder. C’est pourquoi, pour chaque problème que nous devons traiter, il est nécessaire que nous nous construisions un avis éclairé qui s’appuie sur une synthèse des différentes approches du problème que nous pouvons trouver,  qu’elles soient scientifique, économique, sociologique, philosophique, profane et technique.

La tentation est parfois grande de nous satisfaire de quelques analyses sommaires ou biaisées, plutôt que d’adopter une démarche rationnelle et méthodique susceptible de nous fournir une vision complète des multiples aspect que revêtent la plupart du temps les grands enjeux pour lesquels nous devons légiférer. Mais c’est un écueil dangereux, dont les conséquences peuvent être catastrophiques pour les populations concernées et parfois même pour l’intégrité des Nations.

Je voudrais formuler devant vous aujourd’hui la problématique qui justifie d’après moi la construction de ces ponts entre parlementaires et scientifiques, et pour laquelle il me semble urgent que les parlements du monde entier construisent des outils réglementaires partagés. Il s’agit du développement fulgurant des nouvelles technologies, et de ses conséquences actuelles et futures sur les sociétés humaines.

L’humain moderne est le fruit d’une co-évolution avec son environnement. De l’empirisme symbiotique, au désir d’émancipation par rapport à la nature, les techniques employées conviennent d’une démarche anthropologique.  Mais aujourd’hui, le déterminisme scientifique qui engendre la singularité technologique rompt les codes du mythe prométhéiste.

Il est indéniable que le développement des sciences et des technologies qui les accompagnent, contribue à l’amélioration des qualités de la vie des êtres humains. Mais cet accroissement exponentiel profite, de façon sélective à l’humanité. Au-delà des barrières de l’ignorantisme, c’est la loi du marché, et le profit que certain peuvent tirer des découvertes scientifiques, qui décident des bénéficiaires de ses avancées technologiques. Le cas est flagrant dans le domaine de la santé. Alors que les pandémies ignorent les frontières, l’accès aux vaccins est différencié selon que l’on soit riche ou pauvre.

L’anthropocène dévoile les modifications profondes des conditions géophysiques dans lesquels les sociétés humaines se développent. La crise climatique générée par les excès de l’activité humaine, provoque des bouleversements géopolitiques profonds et génère notamment une augmentation croissante des flux migratoires. La confrontation de la nécessité de la survivance des uns, et de l’avidité frénétique des autres ne peut qu’aboutir à une déflagration de grande ampleur si des solutions humanistes ne sont pas proposées.

D’aussi loin que l’épopée de Gilgamesh, l’histoire de l’humanité nous livre cette hâte de l’homo deus. Ou comment améliorer les capacités sensorielles, motrices et cognitives des êtres humains et œuvrer à l’extension du prolongement de sa vie ? La nanotechnologie, la technologie biotechnologique et génétique, les technologies de l’information et de la communication, les sciences cognitives et la recherche sur le cerveau concourent à la « convergence NBIC ». Même si l’approche initiale tend à utiliser la technologie pour soigner, voir « réparer » les êtres humains, il existe un véritable danger de déviance idéologique qui pourrait confiner à un nouvel obscurantisme.

Julian Huxley, inventeur et propagandiste du transhumanisme, promouvait en son temps des thèses eugénistes que son frère Aldous détaillait dans son fameux roman d’anticipation « Le meilleur des monde ». Nous ne pouvons entraver la marche du progrès scientifique, mais nous devons protéger les populations d’un possible futur dystopique généré par une deshumanisation systémique. Les connaissances et l’information qui pourraient être diffusés seraient susceptibles de conforter les pouvoirs issus de telles pratiques et raffermir la logique inhérente du système duquel la connaissance émane. Le corps, devenant patrimoine génétique, pourrait être considéré comme territoire impersonnel et relever de la propriété privée et des règles du commerce qui en découlent.

S’agit-il ici, d’une humanité augmentée ou d’un humain simplifié ? Qu’en serait-t-il si un jour la science parvenait à concevoir ou même prédire la conscience ? Quel serait alors le statut ontologique d’un tel « produit » technologique ? De sa reconnaissance d’être de conscience découlerait des droits et des devoirs qui lui serait dû, légitimement. La technologie lui permettrait de développer une pensée critique et d’émettre ainsi une opinion, puis d’accéder au statut « d’être de culture ». Dans la continuité de ce déterminisme, il pourrait s’organiser en société bouleversant ainsi les schémas humains, sociaux et sociétaux actuels. Il pourrait advenir alors un monde où l’homme renoncerait à l’humanité.

Les enjeux sont gigantesques. Il est donc nécessaire de réguler les usages des technosciences par le biais d’un arsenal juridique d’un niveau international.

Nous connaissons le rôle diplomatique que joue l’Union Interparlementaire. Nos Assemblée et nos groupes de travail associent tous les pays à part égale. La création d’un nouveau groupe science et technologie permet d’aborder les questions relatives au développement des nouvelles technologies dans un cadre intégrant la prise en compte des divers points de vue existant à ce sujet. C’est pourquoi une telle instance peut être l’instrument qui nous conduit en particulier à rédiger la première charte éthique internationale de l’usage des technosciences.

Ce travail doit associer dans sa réflexion toutes les composantes de la société : parlementaires, scientifiques, techniciens, mais sans oublier aussi les philosophes, les artistes et les simples citoyens. Dans le respect de toutes les cultures du monde, nous pouvons parvenir à rédiger un texte qui fasse largement consensus.

Personnellement je pense que nous devons nous appuyer sur les chartes et autres documents existants, comme la déclaration des Droits de l’Homme, la charte UNESCO sur la bioéthique et la protection du génome humain, etc.

Je défends la nécessité de protéger les droits fondamentaux et de prévenir tous risques de discrimination et d’exclusion, induits par l’usage des nouvelles technologies. La transparence des processus et la sécurité, en particulier celle des données, me semblent aussi essentielles.

Nous devons exiger des garde-fous afin de nous prémunir par exemple contre la possibilité que l’intelligence artificielle et ses applications, notamment dans le domaine de la robotique, n’échappent à notre compréhension ou qu’elles deviennent défaillantes. En ce sens les 3 lois d’Azimov doivent rester la règle en la matière. Il nous faut aussi trancher les questions relatives à la responsabilité juridique en lien avec ces nouvelles « entités ». Nous devons poser la question de la pertinence ou non de créer une personnalité juridique pour l’Intelligence Artificielle et les robots.

Comme un certain nombre de rapports d’information l’ont déjà préconisés, il nous faut instaurer un principe de vigilance/réflexivité, c’est-à-dire le fait de questionner régulièrement, de façon méthodique et délibérative, les nouveaux objets que sont les algorithmes et notamment l’Intelligence Artificielle. Il est judicieux à mon sens, d’exiger que les processus employés restent toujours explicables et que le contrôle humain soit possible en toutes circonstances.

Je soutiens que les technologies complètent les capacités humaines mais ne devraient pas les remplacer. Il nous faut travailler pour une plus grande équité entre les peuples dans l’accès aux nouvelles technologies. Le marché ne doit pas décider seul de la manière dont ces nouveaux outils doivent se déployer. Au contraire, ce sont les idéaux humanistes et universalistes qui doivent prévaloir. Il me semble essentiel de privilégier les démarches de coopération et de partenariat, plutôt que la compétition entre les nations. Nous devons toujours privilégier la paix, la concorde entre les peuples et l’harmonie avec la nature.

C’est peut-être là le sens de la vie sur terre.

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