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💿 D’Aya Nakamura en passant par Calogero et Soprano, la chanson française est créolisée !

Le 21 septembre 2020, Jean-Luc Mélenchon avait fait siens les mots du poète Édouard Glissant qui parle de créolisation. « Notre peuple s'est créolisé, le peuple français a commencé une sorte de créolisation qui est nouvelle dans notre histoire, il ne faut pas en avoir peur, c'est bien. On avance, on vit » avait expliqué Jean-Luc Mélenchon. Cette déclaration avait suscité beaucoup de réactions. Dans un billet de blog (musical), il revient sur un courrier qu'il a reçu, l'occasion de découvrir comment la créolisation s'exprime dans la chanson française.

Cet article a été publié par Jean-Luc Mélenchon sur son blog L'Ère du peuple, le 25 novembre 2020

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Comme on le devine, j’ai reçu de nombreux courriers à propos de mon emprunt à Edouard Glissant du concept de « créolisation ». D’une façon générale, l’échange a été assez intellectuel et mes contradicteurs ont bien argumenté leur point de vue. Les partisans de l’idée et de son usage pour décrire le moment de dépassement entre « identité » et universalisation se sont le plus souvent appuyés sur des exemples concrets et ce fut assez stimulant. Un de ces courriers m’a fait bien plaisir. Il s’agit des remarques documentées d’un ami qui me faisait savoir comment il avait vu la créolisation s’exprimer dans la variété française. J’ai pensé que bien d’autres que moi seraient heureux d’avoir accès aux liens que mon lecteur me propose. Les voici donc tels que je les ai reçus. Et je vous en souhaite une dégustation aussi ravie que fut la mienne. 

Loin d’être exhaustive, cette note se veut un petit tour d’horizon des diverses influences qui ont pu enrichir la chanson française. Des Antilles à l’Afrique en passant par l’Amérique du Sud, de la variété au rap en passant par le rock ou même le reggae, retour sur ces emprunts, adaptations, fusion, collaborations, samples etc. qui ont enrichi (et pourquoi pas créolisé) la musique au cours des décennies.

Musique antillaise et caribéenne 

Trop souvent réduite à des clichés, la musique antillaise a néanmoins irrigué la variété française au fil des décennies. Loin des Francky Vincent, Zouk Machine et autre Compagnie créole, son influence est très présente.

On peut évidemment citer Henri Salvador qui, s’il a contribué au côté parfois parodique de la musique antillaise (Faut rigoler), a aussi su la populariser avec de belles chansons aux sonorités caribéennes comme Maladie d’amour ou encore Le Loup, la Biche et le Chevalier (Une chanson douce).

Plus tard, d’autres musiciens originaires de Guadeloupe ou de Martinique intégreront à leurs chansons des mélodies antillaises ou caribéennes.

C’est notamment le cas de Laurent Voulzy, originaire de la Guadeloupe, très influencé à la fois par le rock anglo-saxon de sa jeunesse mais aussi par le calypso ou le merengue de son enfance. Cela se retrouve notamment dans des chansons comme Le Cœur grenadine ou Le Soleil donne.

Autre chanteur d’origine guadeloupéenne, Julien Clerc composera notamment des chansons comme Melissa qui, bien que d’Ibiza d’après les paroles, s’inspire de sonorités antillaises. C’est aussi le cas d’une chanson comme This Melody.

Même Jean-Jacques Goldman s’inspirera d’un voyage aux Antilles et de sa découverte du zouk pour composer A nos actes manqués qu’il interprétera avec son trio Fredericks Goldman Jones.

Autre chanteur originaire cette fois de Martinique, Philippe Lavil, béké descendant d’une famille de colons, qui obtiendra des succès avec des chansons comme Elle préfère l’amour en merIl tape sur des bambous ou encore Kolé Séré chanté en duo avec Jocelyne Béroard, la chanteuse de Kassav.

Kassav sur qui on ne peut d’ailleurs manquer de s’arrêter. En s’inspirant des musiques traditionnelles antillaises (gwoka, kompas) qu’ils sont mélangées avec des rythmiques funk, africaines ou même rock, le groupe fondateur du zouk a rempli le Zenith, Bercy et même le stade de France avec des tubes comme Zouk la sé sel medikamen nou ni ou encore Sye Bwa. Aujourd’hui encore, ils tournent dans le monde entier.

Autre musique caribéenne qui connaitra un certain succès en France, le reggae avec évidemment l’album Aux armes et caetera de Serge Gainsbourg et sa fameuse reprise de La Marseillaise.

D’autres musiciens s’y essaieront, notamment Bernard Lavilliers avec des chansons comme Melody Tempo Harmony en duo avec Jimmy Cliff

Les années 1990-2000 verront également émerger une scène reggae en France avec des artistes comme Raggasonic, Pierpoljak ou encore Sinsemilia

Musiques sud-américaines 

Les musiques latino-américaines ont également influencé les chanteurs français. 

La musique brésilienne a notamment connu un grand succès avec de nombreuses adaptations parmi lesquelles on peut citer sans être exhaustif :
– Fais comme l’oiseau de Michel Fugain – Reprise de Voce Abusou
– Tu verras de Claude Nougaro – Reprise de O que sera
– Qui c’est celui-là ? de Pierre Vassiliu – Reprise de Partido alto de Chico Buarque

D’autres interprètes, influencés par ces mélodies, livreront également des chansons originales aux sonorités brésiliennes comme Nino Ferrer avec La Rua Madureira.

Bernard Lavilliers, encore lui, enregistrera des chansons comme O Gringo.

Mais la musique brésilienne n’est pas la seule. Sa voisine argentine a également marqué la chanson française. On pense naturellement à La Foule d’Angel Cabral adaptée par Edith Piaf.

Plus récemment, Benjamin Biolay, qui réside en partie en Argentine, a sorti un album intitulé Palermo Hollywood (du nom d’un quartier de Buenos Aires) qui contient des chansons inspirées des musiques locales.

Vous pouvez lire l’article en intégralité sur l’Ère du peuple

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