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Alerte : 3ème convoi de déportation de Rohingyas

Cela fait plus de trois années que les Rohingyas ont fui la Birmanie, en proie à des affrontements meurtriers, des exactions commises par l'armée birmane, des destructions de leurs villages. Ils ont fui vers le Bangladesh où ils survivent dans un des camps de réfugiés parmi les plus grands au monde. La situation a évolué avec la réactivation d'un projet, en décembre 2020 : les autorités bangladaises ont annoncé que les Rohingyas seraient progressivement déplacés vers la petite île faite de limons de Bhasan Char. Une décision qui interroge et pose la question de l'intégrité des Rohingyas, une fois de plus déplacés et malmenés... Ce peuple souffre et personne n'en parle, Le Monde en Commun décrypte leur situation au début de l'année 2021.
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Qui sont les Rohingyas ?

« Les Rohingyas sont un groupe ethnique de religion musulmane vivant principalement dans le nord de l’État d’Arakan, à l’ouest du Myanmar (ex-Birmanie) » explique Amnesty International. Les discriminations dont ils sont l’objet remontent au coup d’État de Ne Win et les politiques de discrimination des minorités ethniques. La politique de « birmanisation » a été poursuivie par les différentes juntes militaires qui ont exercé le pouvoir et ce, jusqu’en 2012. 

Depuis la loi de 1982, relative à la citoyenneté, ils ne sont pour la plupart plus considérés comme des citoyens. Ils ont été privés de permis de résidence ainsi que de documents d’identité et encourent le risque d’être effacés des listes de résidence. Depuis plusieurs années, la répression à leur égard est de plus en plus forte. Leurs droits sont extrêmement restreints, du mariage à la possibilité de travailler, leurs droits sont restreints et les politiques de discrimination façonnent de grands pans de leur existence.

89% du million de réfugiés rohingyas au Bangladesh souffrent d’une grave dépression selon le rapport de @FortifyRights. Les principaux facteurs sont l’impunité permanente pour les atrocités systématiques à long terme au Myanmar. Il est temps de presser Pékin d’arrêter de couvrir l’armée birmane.

Un calvaire qui s’aggrave années après années, jusqu’au génocide selon les Nations Unies

Des violences inter-ethniques de grande ampleur ont éclaté en 2012, suite au meurtre d’une jeune femme bouddhiste. Les conflits successifs dans l’État d’Arakan, entre 2012 et 2017 sont à l’origine de flux migratoires conséquents. Plusieurs dizaines de milliers de Rohingyas fuient la Birmanie en raison de tensions dans l’État où ils vivent avec la majorité arakanaise. Ils se dirigent principalement vers le Bangladesh, la Malaisie et la Thaïlande, les pays voisins. En 2017, ce ne sont pas moins de 603 000 réfugiés qui ont rejoint le Bangladesh en deux mois. La même année, Médecins sans frontières rapportait que 6 700 Rohingyas avaient été tués, dont 730 enfants de moins de cinq ans, entre la fin du mois d’août et la fin du mois de septembre 2017. Plusieurs dizaines de villages ont été rasés. Ces événements ont médiatisé aux quatre coins de la planète un conflit qui était jusque là peu médiatisé.

En quelques semaines, plus de 500 000 réfugiés rohingyas ont fui au Bangladesh en raison de la répression du gouvernement du Myanmar. L’opération menée par l’armée dans l’État d’Arakan au Myanmar constitue un nettoyage ethnique et un ensemble de crimes contre l’humanité. Le calvaire d’une minorité musulmane qui ne fait que s’aggraver.

Analyse d’Amnesty International

Le pouvoir birman est accusé par les ONG, Human Rights Watch en premier lieu, d’avoir organisé un nettoyage ethnique en laissant exister et exploser les violences subies par les Rohingyas. La prix Nobel de la paix (1991) Aung San Suu Kyi a régulièrement été pointée du doigt pour sa passivité dans cette crise : elle a à plusieurs reprises nié la gravité de la situation et refusé de condamner les violences et rejetait la faute sur les terroristes. En 2016, onze lauréats du prix Nobel de la paix accompagnés d’autres Nobel ont publié une lettre dénonçant cette situation, dans laquelle ils déploraient également l’inaction et le retrait d’Aung San Suu Kyi sur cette question. Le rapport du Haut-Commissariat aux Réfugiés publié le 18 juin 2020 a montré que de plus en plus de réfugiés au Bangladesh avaient abandonné l’espoir de retourner en Birmanie. 

725 000 Rohingyas seraient actuellement réfugiés à l’étranger.

Un projet de déplacement qui pose problème

Depuis 2018, soit un an après leur arrivée au Bangladesh, le gouvernement bangladais souhaite déplacer les Rohingyas. Ce projet demeuré lettre morte pendant deux années a été réactivé en décembre 2020, sans que l’ONU ou que des ONG ne soient prévenues en amont. Le gouvernement souhaiterait les déplacer sur l’île de Bhasan Char, dans le golfe du Bengale. Depuis le début de l’année 2021, plusieurs groupes ont déjà été déplacés. Ce projet pose problème à plusieurs titres. Il s’agit d’une île 40 kilomètres carrés de superficie qui s’est formée récemment sur la base d’une accumulation de limons. La soudaineté de la réactivation de ce programme déjà entamé pose la question des moyens de subsistance, de l’organisation des Rohingyas déplacés ou encore l’accès à des services de soin.

Il s’agit également selon les ONG d’une zone fragile qui pourrait être aisément balayée par la montée des eaux ou encore par les typhons ou les cyclones. Enfin, déplaces plusieurs milliers de personnes sur une île c’est également aller à l’encontre de leur liberté de mouvement : que faire sur une petite île à plus de 60 kilomètres des côtes ?

Après des années de maltraitance confinant au génocide, la situation des Rohingyas est de nouveau extrêmement préoccupante : un déplacement peu planifié sur un lieu en marge dont les conditions pour assurer la sûreté des personnes qui y résident ne sont pas réunies.

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