l'article

2020 : la planète en surchauffe

Le rapport de l'Organisation Météorologique Mondiale montre que les concentrations des principaux gaz à effet de serre ont augmenté en 2019 et 2020. Une dynamique alarmante et à rebours des objectifs de l'Accord de Paris. Cinq ans après, l'urgence est toujours plus vive, tout devrait changer mais rien ne change. Manon Dervin, contributrice au Monde en Commun nous livre une analyse inédite de ce rapport.

Manon Dervin est contributrice au Monde en commun sur les questions écologiques. Elle est l'auteure du livre "L’Écologie populaire" aux Éditions 2031

Partager sur facebook
Partager sur twitter
Partager sur linkedin
Partager sur email
Partager sur telegram

L’Organisation Météorologique mondiale (OMM) a publié le 2 décembre un rapport provisoire sur l’état de la planète. Si les données doivent être confirmées en janvier, le bilan est d’ores et déjà critique. Cet article en deux volets s’inscrit dans le cadre du cinquième anniversaire de l’Accord de Paris, signé le 12 décembre 2015. Le deuxième abordera la nécessaire bifurcation écologique.

Accord de Paris : l’objectif s’éloigne

L’année 2020 se classe parmi les 3 années les plus chaudes dans le monde . Depuis 2015, toutes les années ont brisé les records. 2020 se classe deuxième, derrière 2016 et juste devant 2019. Mais les trois années sont au coude à coude. La décennie 2011-2020 sera la plus chaude jamais observée. La température moyenne de janvier à octobre 2020 a été supérieure de 1,2°C à celle de l’époque préindustrielle. Il y a désormais au moins 1 chance sur 5 que l’on dépasse les 1,5°C avant 2024, selon le secrétaire général de l’Organisation Météorologique Mondiale.

Pourtant, les États se sont engagés à limiter le réchauffement en deçà de +2 °C (et si possible à +1,5 °C) lors de la signature de l’accord de Paris sur le climat le 12 décembre 2015. Le cinquième anniversaire approche et l’objectif s’éloigne. Le ralentissement des émissions de GES en raison de la pandémie de Covid-19 n’est qu’un trompe-l’œil. D’après les estimations, les rejets de CO2 ont diminué en 2020 dans une fourchette de 4 et 7,5%. Mais les activités humaines continuent de rejeter bien plus de CO2 que ne peuvent absorber les puits de carbone que sont les océans et la végétation. En conséquence, la concentration de C02 dans l’atmosphère atteint des niveaux inégalés.

L’Arctique et les océans, première victimes du réchauffement

Ce surplus de C02 entraîne un surplus d’énergie. Ce surplus réchauffe l’atmosphère et les océans. Tous au long de l’année 2020, nous avons eu sous les yeux les conséquences de ce réchauffement. Tout d’abord, la fonte de l’Arctique s’accélère. Elle se réchauffe deux fois plus vite que le reste du monde. En septembre, la banquise a atteint son deuxième niveau le plus bas de l’histoire. La fonte des glaces entraîne dans le même temps une accélération de la montée des eaux.

Le niveau des océans s’élève chaque année de +3,3mm en moyenne depuis 1993. Cette vitesse est sans égal depuis 25 000 ans. Les océans stockent plus de 90% de l’énergie résultant de la concentration des gaz à effet de serre. En conséquence de l’augmentation globale des températures, plus de 80% des océans ont connu une vague de chaleur en 2020. L’acidification qui en résulte affecte considérablement le monde marin.

Des phénomènes extrêmes

Les effets du réchauffement sont déjà très concrets. L’année 2020 a été émaillée de phénomènes extrêmes. L’augmentation des températures provoque une plus grande évaporation et des précipitations plus intenses. Les inondations records en Afrique et en Asie en témoignent. Des milliers de déplacés, des morts et d’importants dégâts sont à déplorer au Niger, au Soudan, en Chine et au Vietnam. Les cyclones sont également plus nombreux, plus fréquents, plus intenses. Au 17 novembre, l’OMM a répertorié 30 cyclones dans l’Atlantique nord, soit deux fois plus que la moyenne.

Quand il ne pleut pas démesurément, le manque d’eau est également un problème.

Cette année, de graves sécheresses ont affecté l’Argentine, le Paraguay et le Brésil, occasionnant de lourdes pertes agricoles. Les incendies ont fait des ravages au Pantanal, écrin de biodiversité à l’ouest du Brésil. L’Australie, l’Amazonie et la Californie ont été le théâtre de méga-feux dévastateurs. Les fumées australiennes ont fait deux fois le tour du monde. Des records de températures ont aussi été battus un peu partout sur la planète. A titre d’exemple, il a fait 54,4°C dans la Vallée de la mort en Californie le 16 août. C’est la température la plus élevée jamais enregistrée à travers le monde depuis 80 ans.

Un emballement climatique aux conséquences dévastatrices

L’OMM fait état de conséquences humaines d’ores et déjà dévastatrices. Les phénomènes extrêmes ont fait 10 millions de déplacés climatiques au premier semestre 2020. Un autre rapport publié le 3 décembre vient compléter le panorama en tissant les liens entre santé et changement climatique. Aucun pays n’est à l’abri. Les évènements climatiques extrêmes provoquent également la recrudescence d’épidémies, telles que le paludisme, la dengue ou le choléra. Les vagues de chaleur ont quant à elles fait 300 000 morts à travers le monde en 2018. La France fait partie des pays les plus à risque en la matière.

Les systèmes de santé et de sécurité civile sont de fait mis à rude épreuve. Les bouleversements climatiques altèrent aussi les récoltes. Les conflits, attisés par les bouleversements climatiques, ont également un rôle. L’insécurité alimentaire est croissante. En 2019, 690 millions de personnes, soit 9% de la population mondiale, étaient sous-alimentées. 135 millions de personnes dans 55 pays étaient au bord de la famine la même année.

Voici le tableau du réchauffement climatique et de ses conséquences en chaîne. Les grands cycles de la nature sont perturbés. A dix jours du cinquième anniversaire de l’Accord de Paris, la planète est en surchauffe. Les engagements volontaires des états nous placent sur des trajectoires d’augmentation de la température qui pourraient aller au-delà des +3°C. La température moyenne n’a augmenté que d’1,2°C. Le résultat est déjà dévastateur. Plus que jamais, la bifurcation écologique s’impose.

En ce moment sur Le Monde en Commun

Les vidéos