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Écologie populaire

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Le vrai bilan écologique du CAC40

Cet article présente les données stupéfiantes contenues dans le « Véritable bilan annuel du CAC40 » publié par l’Observatoire des multinationales paru le 19 novembre 2020. Les 40 plus importantes capitalisations de la place parisienne polluent beaucoup, minimisent leur impact sur l'environnement, et manquent parfois de vigilance.

Manon Dervin est contributrice au Monde en commun sur les questions écologiques. Elle est l'auteure du livre "L’Écologie populaire" aux Éditions 2031

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Nous allons bientôt fêter le cinquième anniversaire de l’Accord de Paris. Mais la situation est loin de s’arranger. L’emballement climatique est déjà réel. L’érosion de la biodiversité atteint un rythme sans précédent. A qui la faute ? Les libéraux s’évertuent à « responsabiliser » les individus, ou plutôt à les culpabiliser. Mais à elles seules, 100 multinationales seraient responsables de 71 % des émissions globales de gaz à effet de serre à l’échelle mondiale. Le CAC40 n’est pas en reste. Les entreprises françaises ont pourtant intégré l’écologie. Du moins dans leurs discours. Leurs effets d’annonces et leurs vertes promesses permettent sans doute de doper leurs activités. Mais la réalité écologique derrière les slogans publicitaires est tout autre.

Le CAC40 : usines à gaz à effet de serre

Les émissions de gaz à effet de serre déclarées par le CAC40 représentent 5% des émissions mondiales. C’est l’équivalent des rejets annuels de la Russie. Beaucoup de ces déclarations semblent partielles ou sous-estimées. La baisse des émissions est un trompe-l’œil révèle l’Observatoire des multinationales. Les émissions du CAC40 ont baissé de 3,13% depuis 2017. Mais cette baisse est en grande partie du fait d’Engie. Si on met de côté les efforts fait par cette dernière, les émissions du CAC40 sont en réalité en hausse de +2,6% depuis 2017. On trouve de véritables usines à gaz à effet de serre au sein du CAC40. Le groupe pétrolier Total est le plus gros pollueur (+3,3% en deux ans). Le géant pétrolier émet à lui tout seul le tiers du total du CAC40, soit plus que le Brésil ou le Mexique. Le palmarès des plus grosses augmentations de C02 déclarées entre 2017 et 2019 est le suivant : Dassault + 242%, Unibail +104%, Vivendi + 55%, PSA +50%.

Le CAC40 champion des pollutions

Au-delà des émissions de C02, le CAC40 est aussi responsable d’une montagne de pollutions, également en augmentation. Malgré la partialité des données que de nombreux groupes ne communiquent pas, les chiffres sont effarants. 707 millions de tonnes de déchets ont été produits en 2019, soit une augmentation de +11,9% par rapport à 2017. C’est 68 000 fois le poids de la Tour Eiffel. Carrefour est à l’origine de 98% du total. Parmi ces déchets, la production de plastique monumentale : 800 000 tonnes pour Danone, 13 000 tonnes pour LVMH, 18 000 tonnes pour Vivendi, 1 065 tonnes pour L’Oréal. De quoi imaginer la pollution générée par les 36 entreprises qui n’ont pas communiqué leurs chiffres. Le CAC40 est également un gros consommateur d’eau. Il a utilisé l’équivalent de 300 000 piscines olympiques en une année. Sans compter Engie, dont la consommation est en baisse, la consommation est en hausse de +2,56 % entre 2017 et 2019.

Parmi ce classement de pollueurs, le groupe Danone, qui vient d’annoncer la suppression de 2000 emplois dont 400 en France, est un champion hors classe. Danone revendique une ambition de « neutralité carbone d’ici 2050 ». Pourtant, l’Observatoire des multinationales épingle l’entreprise : +26% d’émissions de GES en valeur absolue, +23% d’émissions de GES rapportées au chiffre d’affaires, +157% de déchets générés, +6% d’eau consommée, +74% d’huile de palme et dérivés, +7% de plastique utilisé.

Le CAC40 piétine le devoir de vigilance

La loi sur le devoir de vigilance de février 2017 oblige les entreprises de plus de 5.000 salariés à publier un plan censé prévenir les risques d’atteintes à l’environnement et aux droits humains dans le cadre de leurs activités en France comme à l’étranger. Mais les associations multiplient les alertes.

Deux procédures judiciaires sont en cours contre Total. Le groupe a été assigné en justice par 19 associations et collectivités au début de l’année 2020 pour son inaction sur le plan climatique. D’après leurs calculs, la stratégie de développement du groupe s’appuie sur un scénario impliquant entre +2,7 et +3,3°C de réchauffement. Dans un rapport intitulé Un cauchemar nommé Total plusieurs ONG alertent sur les conséquences de ses activités sur près de 100 000 personnes en Ouganda et en Tanzanie. Ce que Total récuse. Quatre rapporteurs spéciaux des Nations unies ont également interpellé les autorités françaises et ougandaises ainsi que le PDG de Total sur ce dossier. La justice française doit se prononcer le 10 décembre 2020. De son côté, EDF est assigné en justice pour ses activités au Mexique. L’entreprise est accusée de ne pas respecter les droits de la communauté autochtone qui possède les terres où elle souhaite implanter un parc éolien. Des mises en demeure ont aussi été adressées par diverses ONG à Suez sur le droit à l’eau au Chili et à Casino pour sa commercialisation de viande issue la déforestation en Amérique du Sud.

La réalité derrière le greenwashing

En 2019, une note de Carbone4 établissait que l’effort à faire pour réduire notre empreinte carbone et préserver nos conditions collectives d’existence était ¾ collectif et ¼ individuel. L’écologie souriante des petits gestes est une farce. Ces chiffres ne font que le confirmer. Les moyens de pression existent : le gouvernement français a distribué des milliards pour aider les entreprises à faire face aux conséquences du Covid19. Il aurait pu conditionner cette aide au respect par les multinationales de conditions sociales et d’un cahier des charges au service de la bifurcation écologique. Il l’a refusé. Il incombe plus que jamais aux états d’édicter les règles pour soumettre les multinationales au respect des limites planétaires. Tel est le sens de l’écologie populaire.

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