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Écologie populaire

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💧Des CĂ©vennes au Sahel, la guerre de l’eau est commencĂ©e

Des CĂ©vennes au Sahel, les grands cycles de l’eau sont mondialement perturbĂ©s. Trop d’eau ou trop peu, ces deux alternatives sont le point de dĂ©part de catastrophes en chaĂźne. La guerre de l’eau est commencĂ©e.

Cette analyse a été rédigée le 20 septembre 2020 par Manon Dervin, memebre du Monde en commun et auteure du livre "Abécédaire de l'écologie populaire".

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Épisodes cĂ©venols et bouleversements climatiques

Pluies diluviennes et violents orages dans les CĂ©vennes ont mis le Gardon et l’HĂ©rault en crue. Si on est habituĂ©s aux «épisodes cĂ©venols», celui-ci est d’une intensitĂ© rare. Le gardon d’Anduze est passĂ© d’un petit ruisseau de 15cm Ă  un torrent de 6 mĂštres en l’espace de deux heures.

Un tel niveau de pluies dans les CĂ©vennes survient en moyenne 1 fois tous les 50 ans !

Si ce phĂ©nomĂšne n’est pas nouveau, les bouleversements climatiques vont accentuer sa frĂ©quence et son intensitĂ©. Plusieurs Ă©tudes scientifiques montrent que les pluies extrĂȘmes dans les CĂ©vennes ont connu une augmentation d’intensitĂ© de 20% environ en 60 ans, et que cela est directement attribuable au changement climatique.

L’eau est le problĂšme numĂ©ro 1 de l’humanitĂ©

Cet Ă©pisode nous donne une idĂ©e de ce qui s’annonce Ă  l’échelle mondiale. La catastrophe jaillit Ă  l’intersection de deux phĂ©nomĂšnes. D’un part, la hausse globale des tempĂ©ratures augmente les masses d’air humide et chaud. Celles-ci se transforment en pluies torrentielles. D’autre part, la puissance des crues et des inondations est dĂ©multipliĂ©e par des sols et lits de riviĂšres quasi Ă  sec depuis des mois. Les activitĂ©s humaines n’y sont pas Ă©trangĂšres. L’artificialisation et l’urbanisation dĂ©bridĂ©e ainsi que l’agro-industrie achĂšvent de transformer des sols absorbant en dalles de pierre sur lesquels ruissellent des torrents.

Ainsi, dans toute la bande sahĂ©lienne, les pĂ©riodes sĂšches sont devenues arides et la mousson se traduit par des pluies courtes et violentes. Ces derniĂšres semaines, les pluies diluviennes ont fait dĂ©border les affluents du Niger. La crue du Nil est d’une ampleur elle aussi inĂ©dite. Les morts et sinistres sont nombreux.

Les inondations et les dégùts occasionnés font craindre une crise alimentaire majeure.

A Niamey, capitale du Niger, prĂšs de 6 000 hectares de cultures sont immergĂ©s, 448 greniers Ă  cĂ©rĂ©ales et 713 puits d’eau potable ont Ă©tĂ© dĂ©truits et au moins la moitiĂ© des rĂ©coltes de riz sera perdue, selon le dernier bilan gouvernemental. Des catastrophes qui n’ont plus rien de « naturel » et qui viennent se surajouter au grand dĂ©sordre provoquĂ© par le Covid19.

La guerre de l’eau est dĂ©jĂ  commencĂ©e

Ces dĂ©luges Ă©pisodiques cachent un grand risque de manque d’eau. Les deux tiers de la population mondiale risquent d’ĂȘtre confrontĂ©s Ă  des pĂ©nuries d’eau d’ici 2025. Mais la crise de l’eau est dĂ©jĂ  commencĂ©e. Elle concerne aussi les pays dĂ©veloppĂ©s qui se croyaient Ă  l’abri, Ă  commencer par le nĂŽtre. En 2020, en pleine crise sanitaire, des français n’ont pas accĂšs Ă  l’eau. Les habitants des outre-mers subissent depuis des mois des coupures d’eau qui rendent le quotidien insupportable.

En France, le manque d’eau revĂȘt aussi des aspects inattendus et non moins dangereux. Les centrales nuclĂ©aires sont mises Ă  l’arrĂȘt ou leur activitĂ© rĂ©duite parce que le dĂ©bit et la tempĂ©rature des fleuves ne permettent plus de les refroidir normalement. Ce sera la 17e fois depuis le 1er septembre pour la centrale de Saint Alban, situĂ©e le long du RhĂŽne. Le caractĂšre irrĂ©versible du changement climatique doit conduire la puissance publique Ă  engager une bifurcation Ă©cologique de nos modes de vie. RĂ©novation des rĂ©seaux comme transition Ă©nergĂ©tique en sont des grands chantiers incontournables.

Capitalisme financier et crise Ă©cologique : un cocktail explosif

Sur la voie de la bifurcation, les obstacles sont nombreux. On connaissait l’appĂ©tit des multinationales pour le commerce de l’eau en bouteille. Les traders anticipent aujourd’hui la guerre de l’eau et prĂ©voient d’en tirer profit.

Pour faire fortune, ils vont dĂ©sormais parier Ă  l’avance sur les soubresauts de sa valeur, fonction de sa raretĂ© Ă  l’aune de la crise climatique et Ă©cologique et de ses symptĂŽmes : canicules, sĂ©cheresses, incendies gĂ©ants, etc. Comme terrain de jeu, ils ont ciblĂ© un endroit particuliĂšrement concernĂ© dans la pĂ©riode : la Californie.

L’eau est au point de dĂ©part de phĂ©nomĂšnes d’engrenage conduisant Ă  des crises globales. Le capitalisme financier exploite, pollue, assĂšche et privatise ce qui reste. Cet accaparement privĂ© de la ressource et les bouleversements climatiques risquent de crĂ©er un cocktail explosif. Le rĂŽle de dĂ©tonateur jouĂ© par la question de l’eau dans les rĂ©centes rĂ©volutions citoyennes le dĂ©montre. Il est plus que jamais urgent de faire de l’eau un bien commun !

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